dimanche, 09 juillet 2006

Cronaca romana XXXVIII. Au revoir, mademoiselle Tarte américaine (titre provisoire)

Comme vous le savez en lisant ces chroniques avec la régularité qui font de vous mes lecteurs préférés, les semaines que je vous raconte commencent généralement le dimanche.

 

Ainsi dimanche dernier, après avoir passé l’après-midi à buller dans quelque parc romain, tout en extériorisant férocement ma joie dominicale (ou ma sueur, selon votre préférence), j’ai rejoint sur le tard Chiara, Giovanni, Giacomo, Daniela, Felice, et un petite brune dont le ventousage hermétique à Felice m’a laissé penser qu’il s’agissait d’une proche amie, pour aller assister à un concert qui avait lieu à San Giovanni, du moins sur la place, tout à côté de la basilique. Nous sommes arrivés fort tard, soit en même tant que le groupe Black Eyed Peas, qui nous a rabâché ce qu’on entend toute l’année en boîte. Hormis le fait qu’il n’y avait pas de piste de danse, l’accès de celle-ci aurait été rendu difficile au milieu des amoncellements de bouteilles de bières, de gobelets, de papiers gras divers, offrant un curieux contraste avec un public composé majoritairement d’adolescents ou post-adolescents gonflés à l’hormone estivale, complètement « lookés » comme seuls les Italiens savent le faire et, pour ceux que la chaleur rendait souffreteux (température extérieure à 23h. : 34°), à demi-nus, montrant scandaleusement à qui voulait bien le voir des torses nerveux, secs, musclés mais pas trop, imberbes mais pas trop non plus (et puis aussi bedonnants et flasques, mais ceux-là on se concentre moins dessus).

Bref je suis reparti très vite, non sans avoir écouté un moment la dame toute gonflée – non pas, cette fois, d’hormones sexuelles mais plutôt de collagène ou autre botox – chanter des absurdités très fort.

 

Mon lundi aurait été bien plat s’il n’y avait pas eu une autre grandiose soirée, cette fois-ci proposée par Nino. Il faut savoir apprécier, avec Nino, tout le déroulement d’une soirée, notamment la première partie, qui consiste à trouver l’endroit où il veut nous emmener. Ainsi lui, Rolando et moi avons crapahuté dans la jungle urbaine presque une heure pour retrouver, dans les bas-fonds du quartier de Centocelle (et plus loin encore, non que cette information vous soit de grande utilité), un théâtre inconnu programmant une pièce d’un auteur inconnu, avec des comédiens inconnus et par ailleurs, laids. Après avoir patienté quarante minutes, enfin, la pièce a commencé. Nous avons pu apprécier la richesse de la scénographie qui consistait en deux chaises, une table et deux bougies, ainsi que le travail de la costumière : un treillis et une chemise de nuit. Oubliez immédiatement le sujet (les dernières heures d’une supposée sorcière), traité avec tous les poncifs du genre (la gentille innocente qui ne sait pas que c’est mal de danser nue la nuit dans les cimetières, le méchant inquisiteur qui la menace diversement), et avec lui le texte, nous rebattant, dans un effet voulu tragique, des tirades abstraites sur l’innocence de celle en chemise et de nuit et la méchanceté de celui en treillis, d’une platitude si consternante que même Robert Hossein, pourtant spécialiste du genre, en aurait retiré son sonotone pour s’en épargner l’audition. Le tout était servi, entre chaque interruption scénique, par une odieuse musique prétendument moyenâgeuse, genre Era (exunt le chant monodique, le motet, ou tout autre musique vraiment moyenâgeuse).

Et puis la pièce a pris fin. Les spectateurs qui n’étaient pas morts ou endormis ont mollement applaudi, puis sont partis en courant et en s’entravant dans les corps de ceux précédemment cités.

Il a s’agit ensuite de trouver où se restaurer, cela a fini dans une « tavola calda » de Termini, un quartier moyen-bof le soir (et d’ailleurs, même la journée), si bien que j’ai tiré un peu la gueule. Puis glace et, pendant la glace, j’ai reçu un texto de Nino (assis en face de moi) me demandant gentiment de quitter à mon tour la scène afin d’infliger un aimable monologue à Rolando seul, au cours duquel il lui a probablement répété ce qu’il lui a déjà dit une dizaine de fois, que oui, il est bien avec lui, blablabla, mais que non, c’est pas possible, blablabla, du moins pour le moment, blabla.

 

J’ai pris le 105 direction Grotte Celloni, d’ailleurs un jour faudra que j’aille au terminus pour voir s’il y a vraiment des grottes. Bref. Un charmant jeune homme m’a fait la discussion après m’avoir prétextement demandé l’heure ; nous sommes descendus au même arrêt, mais il allait dans un sens et moi dans l’autre, et pour tout dire même si on avait été dans le même sens, j’aurai été à un moment donné bien embêté parce que j’aurai dû lui servir, moi aussi, du « alors oui, mais non, parce que blablabla ».

Younès dormait déjà, du moins tentait : sous la fenêtre de notre chambre les Espagnols s’amusaient follement à faire tourner une bouteille et à donner des gages à qui serait malheureusement pointé par elle. Le pire gage du jeu de la bouteille, si vous deviez le faire avec les Espagnols de ma résidence, ne serait sûrement pas d’embrasser le cul d’un teckel (la chose est rendue compliquée parce qu’il n’y a pas de teckels à disposition, mais enfin si ce n’est que le cul d’un chien, le voisinage est bien fourni) mais plutôt d’embrasser Ouin-Ouin sur la bouche et, pour corser le tout, les yeux ouverts, c’est-à-dire en le fixant droit dans les deux globes gélatineux qui lui permettent de procéder à la reconnaissance visuelle du monde extérieur (qu’on peut diviser en deux catégories : Espagnol / Hispanophile / Hispanophone OU Non-Espognol / Hispanophobe / autrelanguedumondephone).

Vers une heure et demie, le portier est venu râler et rappeler tout ce beau monde à l’ordre.

 

Je me suis réveillé le lendemain matin très tôt, vers six heures et demie. J’ai eu très envie de me lever et d’aller pousser la porte d’une sortie de secours, juste pour déclencher l’alarme et réveiller tous les Espagnols qui ont prolongé la soirée jusque fort tard, dans la résidence. Quant aux autres qui ne sont pas Espagnols, oui, certes, cela les aurait réveillé aussi mais enfin, ils sont en examens et un lever tôt leur aurait permis de correctement réviser.

Et puis non, parce que j’ai eu la flemme.

 

Mardi, j’ai passé l’après-midi avec Sandra et Adeline, également connues dans ses lignes sous les surnoms de La Courge (c’est odieux et c’est de moi) et Adrénaline (c’est mignon et c’est pas de moi). Après un petit pique-nique qui a surtout consisté à écouter, dans une ponctuation de « Oh ! Ah Oui ? Tiens ! Vraiment ? », les derniers non-événements de la vie de Sandra et les audacieux commentaires d'Adeline sur le repas des pigeons avec nos restes de chips, nous avons fait une petite promenade dans le Pincio, puis découvert de quelques églises, ce qui fut pour moi l’occasion de joliment étaler mes connaissances sur divers sujets (mes connaissances étant très approximatives, mes interventions paraissaient d’autant plus naturelles). Le soir, match de foot Italie-Allemangne à l’Angelo-Maì, un centre social installé dans un ancien monastère (plus précisément, j’ai cru comprendre qu’un groupe de jeunes gens avait envahi un monastère abandonné pour en faire un endroit où danse, on chante, on fume des herbes magiques ; ceci expliquant les quelques messages moyennement aimables adressés par voie de tags à M. Veltroni, actuel maire de Rome). On avait installé pour l’occasion un écran géant, et, pour répondre aux exigences de l’Italien lambda, un stand proposait des pizzas et un autre, des Peroni, bière officielle de l’équipe d’Italie, qui fait sur ses joueurs pousser des abdos par huit tout en leur épilant stratégiquement le torse (cf. les dernières publicités Dolce&Gabbana).

L’Italie, comme vous le savez, a gagné, ce qui a donné lieu à un chouette bordel. Alors que je filmais inopinément l’endroit à des fins ethnologiques, mon objectif s’est arrêté sur l’écran géant au moment du but marqué contre l’Allemagne. C’est à ce moment-là que, moi aussi, comme Robert Hossein, je voudrais avoir un sonotone, pour le plaisir de l’éteindre.

 

Bref, je suis rentré par le 105, comme la veille. Comme toujours, le bus est un endroit propice à moult anecdotes, et ça n’a pas raté, puisqu’en partant du cour Vittorio Emanuele, personne ne m’a demandé l’heure mais le bus – et la circulation – ont été arrêtés par une meute de jeunes hommes torses nus, qu’on eut dits tout droit sortis d’une salle de muscu, d’un club de strip-tease ou d’une pub bitchy pour Calvin Klein underwear. Charmant spectacle, qui m’a donné quelques secondes l’impression d’être, dans mon 105, un poisson rouge dans un aquarium, ou pire encore, d’être au régime et de voir passer d’énormes parts de Tiramisu ou de Forêt noire (deux desserts qui, je le souligne, sont très difficiles à faire, et que je préfère (je l’indique à toutes fins utiles) très peu alcoolisés).

Et dodo.

 

Le lendemain, scène similaire mais cette fois, avec une très grosse concentration de Français, la plupart du temps de mauvaise foi quand il s’agissait de juger du jeu des Portugais. Bon en même temps, un pays qui n’a pas d’économie ne devrait pas être autorisé à avoir une équipe de foot. Quand on sait, au demeurant, que Ronaldo a été naturalisé il y a cinq mois… Bref, n’entrons pas dans le jeu des mauvaises langues, et notons que l’équipe portugaise, certes, joue beaucoup sur les fautes, mais joue quand même pas si mal. Quitte à être de mauvaise foi, on pourrait largement plus parler de cet arbitre péruvien, uruguayen, bref je ne sais plus quel pays pauvre d’Amérique du Sud (encore que dire d’un pays d’Amérique du Sud qu’il est pauvre, c’est un peu redondant) qui sifflait de fausses fautes à la France et oubliait les vraies du Portugal. (Quand je me relis et constate que je parle de foot, je me sens pris de vertiges – et encore, j’ai parlé de stratégie et de sélection pendant une bonne demi-heure avec Sophie et Annabelle, blondes de surcroît, mais ce n’est pas grave).

Ensuite, nous sommes allés faire un tour vers Campo dei Fiori, boire un verre avec Mathilde, qui partait le lendemain. Quelques Erasmus, déjà, sont partis. Et dimanche, Sophie. J’ai repensé en rentrant (cette fois par le bus de nuit) à mon arrivée à Rome : je me réveillais parfois en pensant « Bordel, je suis à Rome » avec une petite accélération cardiaque ; en peinant à me rendre compte de ma chance. Depuis quelques temps cette accélération revient, mais marque plutôt la mesure d’une légère angoisse, du « Bordel, je ne veux pas partir ».

 

            Vendredi j’ai retrouvé un peu du courage qui m’avait manqué jeudi pour aller voir une exposition consacrée à la Rome Baroque, logiquement proposée au Castel Sant’Angelo, qui date de l’ère Hadrienne (ainsi que le souligne, à l’intérieur, un panonceau qui met en garde les visiteurs sur le pavement qui est d’époque ; en clair, levez les pieds). Exposition assez intéressante mais tout de même un peu décevante, en même temps il ne fallait pas s’attendre à ce qu’on rassemble Sant’Agnese, San Giovanni, San Carlo ed Ambrogio, les Galeries du Palazzo Chigi, etc., en un seul endroit – ce parcours, autant le faire avec un plan en main dans la ville. Quelques maquettes très intéressantes des projets de Bernini notamment pour la Piazza Navona, ou encore, de Sant’Ivo nella Sapienza ; de nombreux dessins de Borromini, son ennemi juré, et de Pietro da Cortone, un contemporain actif en sculpture et peinture.

            Après une hasardeuse visite à Sainte Brigitte ou des religieuses d’un ordre suédois (ça ne s’invente pas) célébraient la messe dans leur drôle de langue, j’ai retrouvé Sophie un peu plus tard devant un caffè latte, avec plein de mousse, parce que j’aime bien, voilà. Je suis rentré le soir pour écrire, ce qui en soit, quand on me connaît, est très original.

 

            Il était prévu le samedi un concert à la Villa Médicis, du genre contemporain. Quoique un peu refroidi par l’expérience que je mentionnai en alexandrins il y a quelques temps, j’ai proposé à Nino, Chiara et Michela de se joindre à moi. Au dernier moment finalement seul le Sicilien s’est présenté au rendez-vous.

Programmation intitulée « Des mains et des instruments », ou le pourquoi du comment sur les rapports des premières avec les seconds. Je craignais le pire, je ne me trompais pas ; mais c’était moins abominable et plus inventif que la dernière fois (notamment la Musique pour tables de Thierry de Mey, sauf qu’on lui a pas dit que les tables n'étaient pas des instruments  ou encore le Vortex de Jean-François Laporte, qui consiste à faire tournoyer au bout d'un fil des récipients en alu munis d’un aileron), mais ce n’était pour autant pas de la musique, tout au plus une interrogation scénographique sur le sujet.

 

Pour un sujet quelconque je me suis fâché avec Nino, et j’ai donc rejoint comme je l’avais prévu Sophie et tout une joyeuse troupe multiethnique qui célébrait avec elle son départ du lendemain en faisant des jeux à boire, tel le célèbre « pierre-pomme-caillou », inventé par Annabelle une heure plus tôt, son esprit saturé de droit international public n’arrivant plus à lui restituer autre chose que de la jurisprudence (alors oui, pour ceux qui n’avaient pas compris, c’était… Euh… « pierre-feuille-ciseaux », c’est ça ?). J’ai rejoint ensuite Nino, qui a la mémoire courte, et nous sommes allés boire un verre dans un endroit où nous avons nos habitudes et où, fatalement (évidemment fatalement, puisque mon surnom pourrait être M. Coïncidence), j’ai retrouvé Alessandro (pas celui évoqué dans de récentes chroniques mais l’autre, dont je parlais encore avant, dans de lointaines chroniques, notamment la XXème pour ne citer qu’elle) et des amis à lui, un Antonello (qui ressemble furieusement à Eric, c’est-à-dire qu’il plairait furieusement à Em) et un Fabrizio (dont personne ne se rappelait le prénom). Tout ce beau monde était déjà bien guilleret, et au final, nous avons décidé de regarder le match France/Italie tous ensemble le lendemain soir, c’est-à-dire ce soir. Bref, ce n’est pas certain, étant donné l’état d’ébriété des susmentionnés, mais enfin c’est l’intention qui compte…

 

            Oui, pour ceux qui s’inquiètent, j’ai prévu une armure et mis à jour mes volontés testamentaires. Quel que soit le résultat…

 

J*

Commentaires

VIVA ITALIA

Ecrit par : LA GARCE | dimanche, 09 juillet 2006

T AS VU JE SAVAIS QUE L ITALIE GAGNERAIT!!!MDR
TU DOIS AVOIR ENVIE DE METTRE DES BOULES QUIES
CA VA ETRE L'ORGIE A ROME.....
CALDO
OOOOOOOO

Ecrit par : LA GARCE | lundi, 10 juillet 2006

Et oui mon cher fils, il va falloir rentrer à la moisue...Toutes bonnes choses ont une fin et puis si cela durait plus longtemps tu n'apprécierait plus et tomberait dans la routine et le quotidien...Tu vas découvrir à nouveau Clermont- Ferrand avec tous ses travaux, sa pollution.....chic! le coté positif, retrouver aussi un bel appartement et les anciennes connaissances.....et puis tu pourras tojours retourner à Rome! Dis toi que peut etre tu aurais pu ne jamais y aller!!! Allez va, moi je suis bien contente que tu rentres, cela fait au moins une personne , et puis je peux bien te le dire il y en a d'autres qui t'attendent avec impatience...
Bisous, sois fort...
Mum

Ecrit par : mum | lundi, 10 juillet 2006

Aie aie, il y a des fautes, et commeje te connais tu dois dejà frémir, donc je corrige:

apprécierais, tomberais; toujours...

je t'aime
maman

Ecrit par : mum | lundi, 10 juillet 2006

Moi aussi ca me fais ca de temps en temps, les battements de coeur quand je me dis "Pas croyable, je suis VRAIMENT a Prague !" Mais j'ai quand meme hate de rentrer. Je me suis peut etre fait moins d'amis que toi. C'est tout un art, la sociabilité...

Ecrit par : Nataka | mercredi, 12 juillet 2006

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