mardi, 03 juillet 2007

Du plong-plong malgré le splatch-splatch

Ces deux onomatopées vous indique que je vais parler de piano (plong est également, d’après moi, le bruit que produit une guitare) et de pluie.

 

C’est un début juillet à longuement parler de Philip Glass. Je préviens mes lecteurs, je vais m’étaler longuement sur lui – j’entends, à son sujet, pas sur lui à proprement parler – sur ce blog et ailleurs.

 

 

Mais résumons brièvement depuis le samedi.

 

 

Je suis donc arrivé samedi matin à l’aéroport de Lyon où Jtf m’avait réservé une voiture pour le récupérer à Grenoble. Une BM, une série 1, bonne surprise donc, puisqu’il y le GPS (de série, je crois) dont je connaissais le fonctionnement (en rentrant de Rome avec B. l’été dernier, c’était avec une autre BM (mais plus grosse) qui disposait du même). Bien pratique, ce truc. Bref.

 

J’ai retrouvé Jtf à Grenoble donc où il finissait de se dépatouiller de clients argentins, et après avoir fait un tour chez lui pour récupérer quelques affaires, nous sommes repartis à Lyon. Après un rapide passage à l’hôtel il a s’agit de déjeuner avant de nous lancer dans les soldes, ce que nous avons fait avec le brio que l’on nous connaît (mais si). Visite surprise à R., dans sa Fnac Pardieuenne, puis retour à l’hôtel, pour sieste.

 

Car oui.

 

J’étais levé depuis cinq heures, et Jtf à peu près pareil ; nous nous apprêtions à passer une longue nuit, donc sieste, courte, une demi-heure, de quoi remettre le facteur sur le vélo, comme dirait ma tante avant l’apéro.

 

 

Et donc dîner en ville. Ici devrait suivre une chronique gastronomique mais j’ai perdu la carte de visite du restaurant, et dans ma mémoire, aucun nom ne fait surface. Je serai donc bref en disant que le service était minable, et que la cuisine était tolérable, surtout largement arrosée d’un Graves comme nous l’avons fait.

 

R. m’a appelé pour me dire que sa soirée s’éternisait et qu’il aurait voulu qu’on se voie plutôt le lendemain après-midi.

 

 

Retour à l’hôtel, puis sortie nocturne qui s’est évidemment conclue dans quelques errements dont le récit n’a un intérêt que très relatif.

 

 

Dimanche matin, Bob l’Eponge. Oui. Puis re-dodo. Puis toc-toc-toc, une femme de ménage que je qualifierais de peu accorte nous a exprimé en termes peu aimables son souhait de "faire" la chambre. Jtf m’a assuré qu’il ne quitterait pas l’endroit sans avoir pris une douche et s’être lissé les cheveux.

 

 

Retour au musée des Beaux-Arts dont j'ai déjà parlé  ici, puis déjeuner, puis pause crêpes, chocolat, écran géant et plat, Thriller, il était pas mal le Mickael fut un temps, quand même.

 

 

Et de la pluie, des seaux, des trombes, des hallebardes, des cordes. Je commençais à émettre de réelles angoisses sur le maintien du concert le soir même... Car oui, ah oui, tiens, je ne vous avais pas dit ? Je suis allé voir Philip Glass aux Nuits de Fourvière. Sur le conseil avisé de Mum et à la faveur d’une courte éclaircie, nous sommes allés sur place pour vérifier ; pas d’informations sur le sujet mais quand même, la surprise de voir Philip (oh, Philip), en séance photo dans l’Odéon où le concert devait avoir lieu (s’il vous plaîîîît) quelques heures plus tard.

 

 

Nous avons dîné indien et sommes arrivés sous des torrents de flotte à Fourvière, suite à d’exécrables rebondissements qui m’ont donné des envies de meurtre sur certaines personnes du staff.

 

Arrivés à la billetterie, des notes, le concert est maintenu ; c’est Mad Rush, Philip Glass joue Mad Rush et je ne suis pas au premier rang ; Philip Glass joue et je suis trempé comme si je sortais du grand bain ; on me demande si j’ai un appareil photo, Ducon, tu crois que je fixe ma vie au lavis, mon destin au fusain, mon désespoir au pochoir et mes rêves à l’aquarelle ?... Tache ! Evidemment que j’ai un appareil photo, et je vais pas te le dire, comment je prendrais le Philou en photo sinon ?...

 

 

Une jeune fille aimable nous donne des ponchos de secours, une autre des planches de mousse dure qu’elle appelle scandaleusement des coussins. On va mariner à l’étuvée mais au moins, on ne se mouillera pas davantage.

 

 

Et là, paf, une image : comme le collage entre l’image romantique éculée d’un pianiste qui joue au clair de Lune (enfin, au clair des projecteurs), et les deux ou trois cents spectateurs, encapuchés, emmaillotés dans des imperméables de toutes les couleurs, ressemblant, ainsi groupés sur les gradins, à la vague terrible d’un océan pollué de sacs plastiques.

 

 

Voici donc le menu du concert et mes annotations à son sujet.

 

 

Premier morceau : Mad Rush, donc. Pièce initialement écrite pour orgue électrique en 1979, et qui apparaît parmi les Early keyboard Music, sur le Cd du même nom. Cette transcription pour piano, qui figure sur le Cd Solo piano, dure environ une minute de moins (j’ai vérifié hier soir). C’est un morceau important, au même titre que Wichita Sutra Vortex (qu’il a joué l’instant d’après) ; éloignés tous deux de la forme des Metamorphosis. Mad Rush cependant perd un peu au piano ce qui le rend si entêtant (ou exaspérant, selon les points de vue) à l’orgue. Wichita Sutra Vortex, que Philip Glass a annoncé (en Français, s’il vous plaît) Wichita Vortex Sutra, est, dans le même ordre d’idée, une mise en musique d’un poème qui constitue un tout cohérent (album : Solo piano).

 

 

Il a ensuite interprété les Metamorphosis 1 à 4, toutes liées. J’ai trouvé ça dommage pour deux raisons.

 

D’abord, elles n’ont en commun qu’une vague structure, il n’y a pas de vraies liaisons mélodiques entre chacune. Ensuite, s’il avait voulu constituer un ensemble, il aurait dû jouer également la n°5, qui est une redite de la 1 : la boucle aurait été bouclée.

 

Néanmoins quel délice ; mes préférées sont la 2 et la 4. J’informe ceux qui ne liront pas cet article que la n°2 a été adapté pour orchestre pour faire partie de la BO de The Hours.

 

Je dois faire un aparté ici sur l’interprétation.

 

Philip Glass m’a donné une nouvelle fois – la première était à Frascati, l'année dernière – l’impression de  vouloir aller trop vite. Il n’est pas si rare qu’il s’emmêle les pinceaux ou qu’il change le rythme à sa convenance (la principale difficulté à ce sujet étant qu’il alterne, ou mélange, binaire et ternaire). Comme il s’en rend compte, et que de toute façon il ne peut pas produire le travail parfait d’un enregistrement studio, il utilise un truc : pour se donner le temps de poser deux accords, complètement opposés sur le piano (et ce qui l’oblige à croiser les mains quand il joue), il ajoute un triolet ou quartolet – bref, un groupe de notes, quelle que soit sa valeur – supplémentaire qui n’est normalement pas écrit. Alors oui, c’est le compositeur, donc il fait bien ce qu’il veut, je vous l’accorde ! Mais pour un auditeur qui connaît parfaitement la partition, du moins d’oreille (c’est moi), c’est un détail troublant.

 

Second aparté, au sujet de l’interprétation des Metamorphosis cette fois.

 

Si vous ne voulez que l’original, Philip Glass les interprète sur l’album dont je parlais plus haut, Solo piano ; sinon, la pianiste Alessandra Celletti en fait une interprétation tout à fait remarquable ; c’est au demeurant une femme charmante que vous pouvez joindre très facilement sur son myspace !... Sur l’album Metamorphosis, on trouve également deux remarquables transcriptions pour piano de The Poet Acts et Dead Things, tirés de la BO de The Hours, ainsi qu’un morceau appelé Opening, dont je reparlerai plus bas.

 

 

A la suite de ces quatre morceaux, Il a interprété les Etudes 1, 2, 4, 6 et 10 ; encore une fois tout d’une traite... Et encore une fois, d’une façon que je ne trouve pas SI judicieuse, pour la  bonne raison que, dans la version albums, ne sont faites pour se suivre que les études 5 et 6 (alors que là, hop, la 5 saute). Les Etudes sont, au demeurant, les pièces pour piano que j’aime le moins. Glass les a écrite dans les années 90 pour perfectionner son jeu, et sans dire que ça se sent – car on trouve de toute façon, et comme toujours, une réelle invention mélodique – on a parfois l’impression qu’il révise son Déliateur ; n’était-ce que certaines réussites mélodiques, donc, on pourrait reprocher l’excès de technique aux dépens de l’interprétation.

 

 

Vint ensuite une adaptation pour piano de A Night at the Balcony, l’une des Thirteen melodies for saxophone (1995), écrites je crois pour une pièce de Jean Genêt traduite par Prisoner Of Love et montée en 1995 par Joanne Akalaitis. (Informations à vérifier.)

 

Je ne connaissais pas ce morceau. Je peux donc seulement dire qu’il m’a plu, je ne peux pas aller plus loin ; je ne connais pas la version originale.

 

 

Le concert s’est fini avec un morceau intitulé Closing up, sur lequel il faut éclaircir un point.

 

En effet, dans ses premiers Glassworks, Glass avait écrit une ouverture pour piano intitulée Opening, à la fin de laquelle un petit orchestre intervenait (le temps d’une note et peut-être deux mesures, grands maximum !) pour lier cet Opening au morceau suivant (Floe). Après Islands, Rubric, Façades, les Glassworks se concluent par un morceau intitulé Closing, qui est rigoureusement (aux deux mesures près dont je parlais) la transcription pour orchestre de l’Opening pour piano.

 

En clair, il nous a joué un Closing up qui était un Closing dans la mélodie mais un Opening pour le support (je fais références aux Glassworks), et qui est jouée comme tel par Alessandra Celletti sous le titre... Opening. Voilà, vous pouvez commencer de vous arracher les cheveux.

 

 

Au milieu des splatch splatch de la pluie sur nos peaux plastifiées et des clap clap des applaudissements, notre gentil dépressif à quand même dû écouter un rappel. Il s’est réinstallé au piano et, dans son français so charming, a déclaré qu’il allait jouer une adaptation de Knee 5, conclusion de l’opéra Einstein on the Beach.

 

Je me suis tourné vers Jtf, du nez duquel, tel une gouttière de cathédrale, s’écoulait un filet d’eau de pluie – je rappelle ici au lecteur compatissant qu’il n’a pas cessé de pleuvoir – et je lui ai dit, en deux mots, ce que je vais répéter ici : de toutes les oeuvres de Glass que je connais (c’est à dire, modestie à part, quand même un bon nombre), Einstein on the Beach est probablement l’une des plus difficiles (avec, notamment, North Star, si cela évoque quelque chose à quelqu’un – c’est un exemple parmi d’autres, et cela reste par ailleurs très subjectif). On peut lire dans les revues spécialisées et sur certains forums que Philip Glass est un artiste populaire, parce que sa musique est accessible (ce que dément formellement mon père) ; et que d’avoir été commandé pour le Festival d’Avignon de 76 (par Michel Guy, secrétaire d’Etat à la Culture sous Giscard) en est une preuve (la critique aura estimé à son sujet que ce n’est pas de Glass son oeuvre la plus radicale) : je considère pour ma part que c’est une oeuvre qui exige tout à la fois détachement et concentration. Difficile à expliquer. Einstein on the Beach m’épuise, mais ne me laisse pas complètement anéanti de satisfaction, comme c’est le cas notamment pour Akhnaten ou la Symphonie n°5 (deux oeuvres également très puissantes) : je suis presque content quand ça s’arrête.

 

 

Ce Knee 5 est normalement écrit pour un choeur de femmes et un orgue électrique. Vers le milieu de la composition un violon soliste – Einstein – intervient en même temps qu’un récitant qui relate l’aventure de deux amoureux (pour les intéressés, voir le livret de Robert Wilson).

 

Au piano, ce morceau sonne autrement : j’ai retrouvé la richesse de l’inspiration, servie par l’habituelle et spectaculaire technique ; un vrai moment de découverte et de plaisir, unique, juste pour cette fois.

 

 

 

Et voilà, c’était fini.

 

Dans une série télé, le scénariste ajouterait : « à la fin de cette scène, la pluie s’arrête ».

 

Mais là, non.

 

Il n’a pas cessé de pleuvoir jusqu’au lendemain matin. Je me suis levé hier à quatre heures pour tenter d’arriver au boulot pas trop tard, même si j’avais déjà prévenu mon chef de cette éventualité. Et finalement, une heure et demie de retard seulement, et la surprise sur le visage dudit chef (même si la surprise fut brève et tout au plus caractérisée par un haussement de sourcil : « Oh », fit-il. « Déjà là ? »).

 

 

Hier soir ma voisine du dessus n’a pas manifesté plus d’étonnement lorsque je l’ai reçue à demi-nu (oui, je cuisinais) alors qu’elle venait me demander une pince et un tournevis.

 

 

J*

Commentaires

Ta voisine n'a pas été surprise de te voir à demi-nu? C'est étonnant...
Mais tu étais à demi-nu du haut ou à demi-nu du bas? Parce que ça change tout.
(Navré de ne commenter que le dernier malheureux paragraphe de ce récit pourtant fort intéressant, mais à propos duquel il m'est impossible d'écrire une phrase assez pertinente pour retenir ton attention.)

Ecrit par : Rhum Raisin | jeudi, 05 juillet 2007

Demi-nu du haut ; et ça change quoi ?
Et puis tu sais, tu peux commenter le reste hein ! Tous mes commentaires ne sont pas non plus SI pertinents ^^

Ecrit par : Willywalt | vendredi, 06 juillet 2007

ben moi je suis soufflé par ta critique musicale! Moi qui suis un inculte de Philip Glass mais grand amateur de musique, tu me conseillerais de le découvrir par quel bout (artistique j'entends)? :-p

Ecrit par : phan | mardi, 10 juillet 2007

Mhm, c'est une question qu'on m'a déjà posé...

Alors je propose de commencer par du piano justement, les Metamorphosis (et, autant que possible, l'interprétation d'Alessandra Celletti ; même si l'album Solo piano a l'avantage de présenter une transcription pour piano de Wichita Sutra Vortex). Pour de l'orchestre, la symphonie n°3 est un bon début, ainsi que la Low Symphony - Heroes (dite aussi Heroes Symphony). Pour un instrument solo ou majeur, je recommande son concerto pour violon ou encore, le concerto pour violoncelle et orchestre (album : The concerto project, vol. I).
Pour une OST, il y a The Hours qui est très abordable, Mishima et sa touche sooo 80's ! Il y a aussi Notes on a Scandal, dont je parle dans mon Moment critique #0 ici : http://wildwildwalt.blogspot.com ; ou encore Dracula, (préférer pour cette dernière l'interprétation du Kronos Quartet).

Pour du vocal, les Songs for liquid days sont une approche, différente bien sûr d'un opéra - mais l'opéra, c'est une autre étape je pense (même si certaines parties d'Akhnaten, ou Satyagraha, sont très appréciables isolément).
(Il existe pour la trilogie un album intitulé Songs from the trilogy : le choix des morceaux n'est pas forcément judicieux mais permet d'avoir une idée des trois opéras.)
Il y a également la Symphonie n°5, mais il faut je crois un peu attendre avant de s'y lancer, tout comme la n°6 (orchestre et soprano solo).

Les musiques pour ballet ou 'performances' sont pour ainsi dire pas ou peu abordables pour une première écoute, à l'exception de The Photographer, certaine Dances ou Les enfants terribles (qui a fait l'objet d'une remarquable adaptation pour deux pianos / quatre mains). (Album à privilégier : Dancepieces, qui comporte cinq danses de In the Upper Room et deux Glassworks abordables.)

Bien sûr je précise que ces titres sont purement indicatifs, et infimes et arbitraires dans une discographie très importante - mais je pourrais te proposer d'autres choix une fois que tu auras écouté cela ^^


Voilà. Il faut oublier, du moins pour le moment, les Glassworks (très inégaux), Einstein on the Beach (qui est pourtant très cité), les Early keybord music (également trop variés), North Star, A descent in the Maesltröm.
Je ne conseille pas les "best of" ou autre "essential". Les choix sont trop catégoriques et subjectifs, et ne rendent pas compte de l'évolution des compositions.
En revanche, en terme de compilation, il en existe une qui s'apppelle je crois "Minimalists" et qui permet, d'un certain point de vue, de recadrer le travail de Glass (présenté sur cet album : Company) par rapport à ses contemporains (Adams, Reich, Heath). (A ce sujet je chroniquerai prochainement "On the Transmigration of Souls" de John Adams.)

Voilàààààà !

Ecrit par : Willywalt | mercredi, 11 juillet 2007

Il est dommage que tu aies oublié, concernant les OST "The Music of Candyman". Je pense que c'est l'une de ses meilleures BO...

Ecrit par : Starblood | samedi, 14 juillet 2007

Exact ! Pour être totalement honnête, la référence m'est complètement sortie de la tête au moment de rédiger le commentaire...
Merci d'avoir réparé l'oubli, Nicolas ^^

Ecrit par : Willywalt | samedi, 14 juillet 2007

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