mercredi, 21 novembre 2007
« C’est formidable, une carotte. »
Nous devons cette réflexion formidable à P.-A., mon voisin lyonnais. « Tu la coupes, tu la cuis ou même pas, et tu la manges », a-t-il déclaré et Jtf et moi-même, dimanche dernier, au petit déjeuner (et tandis que Jtf se gavait de croissant, après avoir répondu « quelle drôle d’idée ! » lorsque P.-A. lui avait proposé du muesli).
Les carottes, en effet, sont formidables, et les petits pois, qui leurs sont parfois associés, sont très aimables.
J’ai fini le droit.
Je veux dire, mes études de droit. C’est officiel depuis 16h.15, depuis que Mme V.-V., avec sa voix douce comme un bonbon au miel, m’a dit – après que j’ai soutenu mon rapport de stage – « je vous dis votre note mais vous la gardez pour vous le temps de proclamer les résultats ». Alors bon, je ne peux pas vous la dire, mais je peux vous donner des indices : elle est supérieure à la moyenne, mais inférieure à 20 (ooooh ?... Eh si.) Supérieure à ma note de droit budgétaire de L2 (1/20) mais inférieure à ma note de droit du contentieux administratif de L3 (18/20).
Je pourrais multiplier les indices mais, amis juristes, c’est fini, nous en reparlerons peut-être.
La fac de droit de Clermont m’aura fait vivre, indirectement, mes plus beaux moments, et directement, quelques-uns des pires. Non, je ne suis pas amer comme un fond de théière, simplement réaliste. J’ai rencontré dans ses amphis quelques-uns de mes meilleurs amis, j’aurai dû faire enfermer dans ses sous-sols quelques exs. Il en ressort un sentiment mélangé ; dubitatif sur la qualité de mes diplômes, incertain sur mon futur (surtout quand le Medef veut abolir la durée légale du temps de travail), soulagé d’en finir, encore un peu plus déprimé de voir que le temps passe encore plus vite, que mes idéaux s’émiettent avec le droit constitutionnel de la Vème République, tandis que mes espoirs croissent comme la jurisprudence en matière de droit des contrats spéciaux.
Non, ce n’est pas un genre d’oraison, juste un état des lieux. J’ai peiné, aimé, haï, ri ; entendu des professeurs médire sur d’autres ou sur leurs étudiants et des étudiants, flatter des profs ou les conspuer. J’ai écouté des conférences, dormi pendant, mangé et picolé après.
Et tout ça pour vous dire : oui, les carottes sont formidables, mais les juristes aussi – accrochez-vous, les petits ; oui, on veut vous éliminer, oui, on pense que vous êtes bon à n’être « que » des étalagistes ou des caissières à Leclerc (© Doyen actuel). Et puis, un après-midi de novembre, une dame qui pourrait être votre grand-mère vous serre la main et vous dit, avec un ton las, un peu triste peut-être, « je ne crois pas que nous nous reverrons, vous êtes parti pour de bon je présume » ; et poursuit « ce fut un plaisir de vous avoir eu en cours, et je souligne une fois la qualité de votre travail et votre implication pour l’association du master ». Elle sourit, elle a un chicot de travers mais c’est mignon ; on imagine qu’elle a des cheveux filasses mais on voudrait y passer la main ; on voudrait serrer son petit corps de moineau contre soi – mais pas trop fort, sinon ça va craquer. On voudrait boire un coup avec elle, mais elle ne boit sûrement que des tisanes fortes, ou des vins vieux avec un peu de chances, et parfois, peut-être, un armagnac dans lequel elle trempe un sucre – et là, non, ce n’est pas possible, restons chacun dans notre rôle, serrons-nous sobrement la main ; je reviendrai, je reviendrai.
J*
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dimanche, 11 novembre 2007
Chronique mixte : le Lyonnais refoulé et l’adolescence perdue
…heureusement ! Heureusement perdue. J’éprouve finalement un vague contentement à avoir le front moins gras, le verbe moins suraigu, le cheveu long, propre, souple et coiffé (vs. court et destructuré / mi-long et sale).
Evidemment si je vous dis que la semaine dernière, j’ai assisté à un concert de Justice, ces déclarations font tout de suite sens, sisi. Moyenne d’âge : 14/17 ans ; moyenne d’âge mental : 10/12 ans ; looks : de néo-hippie à Tectonik (1) ; mots-clé : acné, bière, Converse, débiles légers/profonds ; questions principales : t’as vu ma nouvelle coupe de cheveux / mes nouvelles chaussures ? Tu me rapportes une bière si tu vas t’en chercher une ? C’est qui la meuf trop chaude qui s’agite sur le beat comme à un concours de tassepé ? Ca finit quand la première partie ? Elle est où la croix ?...
Voilà. Ajoutez à cela, dans la fosse, la pression régulière de gros demeurés qui pogotaient (ou qui, du moins, reproduisaient ce qu’ils avaient vu faire sur youtube (oui, c’est fini, la télé)), vous aurez compris qu’à minuit et demie, j’étais dans mon lit. (A noter que les personnes qui se trouvaient devant moi n’ont que peu souffert de la poussée pogotante, puisque étant moi-même parfaitement stable et d’une densité ahurissante, je faisais le tampon entre les débiles qui poussaient et les gens qui tentaient de vraiment profiter du concert. Ah oui, j’ai appris que des gens qui passent des vinyles en les tripotant et en buvant de la bière ne font pas des « concerts », ils font du « spectacle » ; un peu comme l’opéra, mais pas pareil.)
Comme j’ai regretté, l’espace d’un instant, de porter une paire de Converse. Comme j’ai apprécié d’avoir le cuissot trop large pour seulement envisager, dans un avenir proche ou lointain, de porter un jean Slim ! Non, pas la peine d’y penser. Dans une jambe de mes pantalons, on met deux ou trois crevettes de celles mentionnées plus haut.
Notez bien que si on devait courir après un de ces petits cons, on les rattraperait vite. Le Slim n’est pas étudié pour faire autre chose que des pas rapprochés. Pourquoi croyez-vous qu’ils agitent les bras dans tous les sens ? Parce que les jambes, il ne faut pas y penser. Et on entendra parler, dans quelques années, de la baisse du taux de fertilité pour cause de compression de roustons – fallait y penser plus tôt, les gars ! Le spermatozoïde a besoin de place pour se dégourdir la flagelle !...
Sinon, je vis toujours une existence merveilleuse, quoique récemment ponctuée, je l’avoue, de quelques journées de merde, largement imputables aux Lyonnais, à leur absence de sens des conventions, leur inconstance crasse et accessoirement, leur sentiment coupable d’être des provinciaux consanguins tout en habitant la plus grosse ville de France, après la capitale. C’est ce qu’on appelle couramment de la masturbation de cerveau, et si ce n’était pas aussi chronophage, ce serait presque touchant, comme un enfant autiste qui vous fait un dessin qu’on hésite à intituler « Monochrome blanc et traits rouges ». C’est ici un Petit Paris, là un Petit Louvre ; et dans leurs phrases, « c’est comme à Paris », « on fait pareil (qu’)à Paris » ; et je suis touché : ma prof d’art contemporain est de Paris IV.
J’ai un directeur de mémoire, c’est officiel. Il a commencé par me dire qu’une partie du sujet que je lui proposais était minable, que j’enfoncerais probablement des portes ouvertes et que non, Caravage n’avait pas peint qu’une seule nature morte (2). Je vous en dirai plus quand j’avancerai dans mes recherches.
J’avoue que j’ai du mal, ces derniers temps, à structurer mes posts et à en écrire des pleines pages comme à une époque pas si lointaine. Je vais tâcher de m’y remettre sérieusement. Je renouerai d’ailleurs prochainement avec la « cronaca romana »… Vous verrez.
A très bientôt, lecteur, toi qui a remarqué que les albums de septembre et octobre étaient en ligne.
J*
(1) Comment ce terme, qui désigne les mouvements des plaques du manteau asthénosphérique, en est venu à désigner un rituel social d’adolescents gesticulant sur ce qu’il convient d’appeler de la pollution sonore ? Le mystère reste entier. (La question vaut pour le terme Ténia, qui désigne un long ver parasite de l'intestin, sauf pour la firme Libra, qui a donné ce nom à une de ses serviettes hygiéniques.)
(2) Stricto sensu, si. Une seule, authentifiée en 1920 comme peinte par Caravage. Après, reste à faire toute une distinction entre les natures mortes avec homme in praesentia ou in absentia. Dans un vieux catalogue, j’en ai trouvée une autre, qui cessa d’être authentifiée à partir des années 30.
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