samedi, 05 janvier 2008

« Il pleut sur Nantes…

 

...donne-moi la main... »

J’avoue, c’est facile de citer Barbara en parlant de Nantes, surtout quand il pleut dessus.

 

Je quitte Nantes et de bien chers amis, et j’ai le coeur un peu serré. Mes dernières plaisanteries à base de poulpe et de suggestions hasardeuses (et si, finalement, Stan n’était qu’une part de gâteau déguisée ?) ne m’ont pas fait rire – moi qui suis d’ordinaire si bon public.

 

J’écris ces quelques mots dans un carnet rouge, je suis dans le TGV qui me ramène à Lyon. Comment voulez-vous que je parvienne à aimer Lyon alors qu’à chaque fois que j’y vais, c’est comme un militaire à demi blessé qui gagne une base de repli, comme un naufragé dont l’île n’a ni ombre ni eau douce, où comme si j’allais chez un très vieil oncle auquel on doit rendre visite pour lui souhaiter ses voeux ?...

J’aimerais envoyer mes voeux à Lyon par la poste, pour ne pas avoir à m’y rendre et n’en recevoir, malgré mes efforts et mes sourires polis, qu’une bise sèche et un regard méfiant.

 

J’ai l’air triste, comme ça, mais c’est tout le contraire. J’ai peu dormi, j’ai faim, et mon tempérament mélancolique, lorsqu’il pressent la solitude d’un voyage, reprend naturellement le dessus ; alors je vais peut-être donner l’impression de parler de ces derniers jours comme de cérémonieuses funérailles, mais non, vraiment, c’est tout le contraire dans mon esprit.

Car, quels délicieux moments. Et toute cette nourriture ! Je peux commencer un régime avec la certitude d’avoir pris mes derniers repas hypercaloriques de 2007 (et les premiers de 2008) avec les bonnes personnes, au bon endroit, aux bons moments.

 

Mais soyons sérieux un instant. J’avais décrété l’année dernière que 2007 rimerait avec pouêt, et ça n’a pas vraiment été le cas. J’exige donc que 2008 soit l’année du pouêt, ce qui vous évitera de vous masser les tempes à deux mains en vous inquiétant de savoir ce que j’oserai faire rimer avec huit (et les rimes en -uite ou -ite ne sont pas celles qui manquent, encore qu’elles sont féminines, donc normalement pas valables... bref). Je note qu’il a été suggéré que 2009 soit l’année de la meuf – idée abandonnée ; après tout, il y a déjà un jour de la femme, la fête des mères, des grands-mères et des secrétaires une fois par an, ça compense – et 2013 l’année... Euh, disons, pas de la fraise.

 

Je crois que si je suis maussade – outre le fait de quitter ma brillante compagnie pour voir, demain matin, trop tôt, le visage abasourdi d’un électricien devant l’étendue des travaux qu’il aura à faire chez moi – c’est parce que je ne suis pas encore bien certain d’avoir enfin abandonné 2007. J’ai l’impression de partir sur la pointe des pieds, alors que c’est avec fracas que je devrais claquer la porte. C’est le contraste avec ce charmant début de 2008 qui m’inquiète, comme si le soir du 31 où tous les gens étaient soit gentils, drôles, beaux et intelligents (et souvent les quatre en même temps) n’était qu’un hasard, ou la concession de l’an 2007 mourant.

Même la ragnole de Stan – oui, lorsqu’un chien tient dans un sac, on peut difficilement le qualifier autrement – même cette ragnole donc, pourtant très éloignée de mon type canin de prédilection (le genre gros chien noir au regard humide et protecteur), a su s’attirer ma sympathie, voire une certaine affection.

Il était donc parfaitement évident qu’au matin du 1er janvier, ce fut moi qu’elle vint chercher (je note ici que je m’étais couché trois heures plus tôt, quelque chose comme ça) pour faire son petit pipi matinal. Pour Nolita (oui, outre avoir une taille ridicule, ce chien, qui est d’ailleurs une chienne, porte un nom à la con), il était normal que la main qui la caressait la veille, qui la faisait jouer, qui lui faisait lécher en douce une assiette à dessert encore enduite de glacage au chocolat, était aussi celle qui devait tenir sa laisse.

Et donc, idem ce matin (j’y ai échappé hier pour cause de porte de chambre fermée) ; j’ai répété les mêmes gestes, qui ont consisté à rassembler des vêtements et chaussures qui ne m’appartiennent pas forcément – ou pire, qui ne me vont pas – pour descendre dans le jardin avec ce quart de chien, rendu à moitié hystérique par le besoin pressant dicté par sa vessie, laquelle (ai-je présumé en voyant l’animal pisser guère plus que l’équivalent d’une des vodka-caramel si magnifiquement ingérées par certains le 31) ne dépasse probablement pas la taille d’une noix. (Comme, paraît-il, le cerveau des diplodocus. Pardon, c’est une digression de plus.)

Tout ça pour dire que rien ne saurait entamer vraiment, j’espère et je crois, toutes les pensées et ondes positives qui m’ont fait commencer 2008, l’année de la... De la frite, tiens.

 

Chers lecteurs, je présume que c’est ici, après un article long comme un repas de Noël et indigeste comme son dessert, que je dois vous souhaiter mes voeux. Normalement, je les écris sur une jolie carte et les envoie dans une enveloppe assortie, mais à chaque lecteur, ça ferait beaucoup, alors je vais devoir généraliser.

 

Je vous souhaite une année pleine de protéines essentielles, de bonheurs pas trop fugaces, de baisers doux, de grande musique, de chagrins restreints, de samoussas végétariens (sisi, j’insiste), de voyages lointains et proches, de nuits courtes et de matins tendres, de poésie contemporaine compréhensible (oui, j’exagère un peu), de silences courtois, de rires francs – des choses vraies, du sentiment honnête et libéré, de la conscience sincère et du poulpe al dente.

Non, décidément, ça ne prend pas cette histoire de poulpe.

 

J’aime les biscuits ! Et je conclus par un boléro à quatre mains. Ce n’est pas ce qu’ont joué Jean-Yves (en gris) et Eric (en noir) de plus joli, mais c’est le seul que j’ai filmé en entier... (Pardonnez leurs erreurs, ils déchiffrent en même temps qu’ils jouent.)

  

 


*Ecrit le 3 janvier vers 16h.30*

 

Sincerely yours,

 

J*

Commentaires

Merci pour ce moment immortalisé maintenant... Le pire, c'est que je n'en éprouve aucune honte : que le plaisir de ce matin pas frais, de la musique à la bonne franquette. Sans arrière-pensée. Bientôt les photos ?

Écrit par : JY | jeudi, 17 janvier 2008

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