vendredi, 28 novembre 2008
Mélange de genres
Parlons de choses légères et sérieuses.
Style et substance. Coton et cachemire. H&M et Bompard.
Premier sujet : le rapport de la commission parlementaire sur la justice des mineurs et une de ses propositions, la responsabilité pénale fixée à douze ans.
Rappelons brièvement que depuis qu’elle a été établie en 1945, l’ordonnance relative à « l’enfance délinquante » – formule désuète qui nous fait imaginer une répression spéciale du vol à l’étalage ou de l’inscription injurieuse sur le mur d’enceinte d’une école ; « parigots, têtes de veaux ! » – a subi un peu plus de quarante modifications, dont la dernière (et pas des moindres), autorise que certains mineurs de 16 à 18 ans soient jugés comme des adultes (cf. la loi d’août 2007 sur la récidive).
Je n’ai pas toutes les clés en main pour en parler de façon exhaustive, je vais donc rédiger au débotté. Dans un premier temps, l’âge de douze ans aurait été avancé par l’ONU – c’est ce que j’ai entendu à la radio de la bouche d’un pro. Les anti ne manqueront pas, j’espère, de chercher cette prétendue recommandation, et d’en dénoter le contexte afin de faire toute la lumière sur ce propos. J’ai pour ma part du mal à imaginer que l’ONU fasse ce genre de proposition d’une part et tente de désarmer des enfants-soldats pour les (re)scolariser d’autre part.
Car oui, c’est tout le propos de l’ordonnance de 45. Le texte affirme on ne peut plus clairement que si les enfants sont acteurs d’actes délictueux ou criminels envisagés par le droit pénal, ils sont soumis à une justice spécifique, basée sur un principe fondamental : la primauté de l’éducation sur la répression.
J’arrive donc au second temps de ce propos, et je me permettrai un parallèle. Pénaliser un enfant (j’entends, le soumettre aux mêmes exigences pénales qu’un adulte – nous parlons ici de responsabilité) revient à le priver des repères fondamentaux nécessaires à sa construction personnelle ; repères familiaux (s’ils existent), repères scolaires (heureusement obligatoires jusqu’à seize ans), repères psychologiques : le passage effectif de l’adolescence à l’âge adulte n’est pas aussi simple qu’une loi qui fixe la majorité à 18 ans. Il en va de même pour le passage de l’enfance à l’adolescence – car enfin, nous nous engageons sur une pente drôlement glissante : si l’on admet qu’un chauve est une personne qui n’a pas de cheveux, qu’en est-il des personnes qui ont, par exemple, une dizaines de cheveux ? Elles ne sont pas chauves stricto sensu, mais elles ne sont pas davantage chevelues. De la même façon, certains enfants sont plus à même de comprendre la nature de leurs actes – et d’en assumer la responsabilité – avant douze ans, tandis que d’autres, pour des raisons psychologiques, sociales, familiales (ou tout ce que vous voulez – simplement, des raisons propres à la personnalité de chacun) sont conscients un peu plus tard de leurs actes, de leurs portées. On a tous en tête des séries télé où des enquêteurs ou policiers sont confrontés à des très jeunes psychopathes terrifiants ; peut-être certains d’entre mes lecteurs ont lu La nuit des enfants-rois de B. Lenteric ; mais dans tous les cas, ces surdoués machiavéliques qui échafaudent des plans terribles, n’appartiennent-ils pas qu’à la fiction ?
Je ne dis pas que les enfants sont purs comme des petits zagneaux qui gambadent gentiment dans de vertes prairies – simplement, ne peut-on pas laisser à l’enfance le temps qu’il lui faut pour se dérouler pleinement, sans devoir déjà la plomber d’une menace pénale ? A douze ans ? Vous vous imaginez à douze ans devant un substitut du procureur pour vous entendre dire un rappel à la loi ? A un enfant on dit que ce qu’il a fait est « mal », et on tâche de lui expliquer pourquoi afin qu’il ne recommence pas – c’est tout le sens de l’ordonnance de 45. Devrons-nous, bientôt, devoir dire à des gamins que boxer ses petits camarades à la récré « c’est mal, en vertu de telle loi modifiée par tel décret ?... »
*

Voilà une petite image pour répondre à la remarque complètement idiote d’une gribouilleuse de Métro, que je vais citer (les deux) : il s’agit donc de Talia Soghomonian, qui écrit qu’« à l’écoute de ce nouveau disque, un peu trop sage, on en viendrait presque à regretter la Britney qui se rasait la tête dans un salon de tatouage sous le regard ébahi des fans et des paparazzi. »
Donc, chère mademoiselle Soghomonian, je me permets plusieurs commentaires. D’abord Britney ne s’est pas rasé la tête chez un tatoueur, mais chez une coiffeuse, ce qui fait sens, vous le noterez. Je crois d’ailleurs que ladite coiffeuse avait refusé de le faire elle-même, mais avait tout de même récupéré les cheveux pour les vendre sur eBay. Ensuite, oui, Britney est allée chez le tatoueur. Et devinez ce qu’on fait chez le tatoueur ? Mhmm ? Oh pardon, je vais trop vite ?... Reprenons : coiffeur = se faire couper les cheveux. Ayé, on est bon ? Alors tatoueur = se faire tatouer. Donc oui, elle s’est fait tatoué le bas du ventre d’on ne sait quoi – et je n’ai pas peur de dire qu’on s’en tape – sous le regard non pas ébahi, mais avide, des paparazzis. Les fans, s’il y en avait, n’ont pas dû comprendre pourquoi tout le monde photographiait une chauve qui se fait raturer le minou.
Ensuite, petite madame, vous conviendrez qu’on ne regrette pas qu’une fille comme Britney, qui est il faut le reconnaître une aimable courge (à sa décharge, sa mère l’exploite depuis le plus jeune âge ; difficile d’être convenablement scolarisé dans ces cas-là), se soit un peu calmée. Je ne vois pas d’autre intérêt, sinon mercantile (et encore je parle de presse à scandale, puisque en termes de ventes, ses frasques n’ont pas aidé la chanteuse à vendre plus d’albums), que celui de revoir la jeune fille péter à nouveau les plombs. Je ne sais pas si vous avez vu ces images où la boulotte chauve défonce le rétro d’une voiture (celle d’un paparazzi, étonnamment) à coup de parapluie, mais personnellement, je trouve ça plus flippant que rigolo-lol.
Voilà pour l’introduction. Venons-en au fond : cet album sorti hier, ou aujourd’hui, ou demain, bref la date on s’en cogne, tout le monde l’a déjà écouté.
La première question qu’on est en mesure de se poser, c’est : pourquoi un album si près du précédent, qui était tout de même très convenable ? D’accord, Gimme more n’était pas une idée pour faire un single, mais Piece of me ou Toy Soldier étaient assurément destinés à faire un carton. Demi-succès pour Piece of me (dont le clip cependant nous montre un Britney toujours capable d’autodérision, au même titre que Paris Hilton dont je ne saurais que trop vous recommander le dernier chef-d’œuvre), succès d’estime pour Toy Soldier. Break the ice a donné lieu à un clip façon manga assez hermétique, ou une blonde court dans tous les sens pour finalement traverser un plafond de verre et atterrir au milieu d’une réception – dommage, car la chanson n’est pas mal, tout comme Freakshow, pourtant pas promue. Preuve s’il en est que le précédent album a été mal exploité, on retrouve sur le nouveau le Radar qui, peut-être, était destiné à faire un single. (Du coup quand « Metro recommande Unusual you, Womanizer et Radar », ça fait tarte. On se renseigne, Taliachou, avant d’écrire de la bouillabaisse dans un gratuit.)
On ne se trompe pas vraiment quand on peut lire, ici et là, qu’elle – du moins, son staff, qui assurément connaît son affaire – a repris quelques bribes de succès passés. Sans vouloir disséquer l’album, j’ai relevé malgré moi quelques occurrences que je vous laisserai le soin de vérifier… Et que je vous livre avec une vague critique généraliste, qui donnera peut-être des idées pour la critique musicale (n’ayons pas peur des mots) de Métro, dénommée je le rappelle Talia Soghomonian. Un petit copier-coller sympa pour Google : Talia Soghomonian.
Womanizer, déjà, reprend cette tonalité volontaire de vieux tubes ; Crazy ou Stronger, par exemple (alors que le clip mélange différents rôles interprétés dans d’autres clips ; la James Bond Girl de Toxic, la dominatrix de Crazy, la chaudasse de I love rock’n roll). Chanson efficace puisque je me suis levé ce matin en susurrant (avec quand même la voix virile du mec qui sort du lit) Boy don’t try to front ah I know just just what you are ah ah… Bref.
Voyons Circus, où elle demande let me see what you can do, qui rappelle le I wanna see what you can do exigé dans Slave for you. Ensuite le refrain I killed the Lights (Pure) The Lights (Satis) The Lights (Faction) / I kill the Lights (Lights) The Lights (Camera) The Lights (Action) dont les césures (ok, bien grand mot je l’avoue) rappelle les hachés multivocaux de Overprotected. Les thèmes (discursifs, pas musicaux) de Circus et Kill the lights rappellent bien sûr Lucky, What it’s like to be me, Piece of Me, et Kill the lights qui clôt – pour le moment – le storytelling « Britney et le reste du monde » : « Je suis riche et célèbre, bouhouhou mais tellement seule à l’intérieur » (Lucky) ; « c’est dur d’être une star donc me les brise pas, chéri » (What it’s like to be me) ; « T’en as pas marre de me voir dans Voici et Closer toutes les semaines ? Tu veux me bouffer en brochettes ? » (Piece of Me) ; « Ok, je reviens, mais c’est moi qui gère tout – Total control Queen » (Kill the lights). Queen (of Pop) d’ailleurs proclamée dès l’intro (par Danja, collaborateur de Timbaland), prête à détrôner Madonna ?... Vu le style, les poses et les allures qu’elle prend dans les premières images du clip Circus qui circulent déjà sous la forme d’un teasing de trente secondes, c’est de plus en plus certain. Après le duo In the Zone qui sonnait comme une « donation du vivant », le bisou mouillé qu’elles avaient échangé lors de je ne sais plus quelle cérémonie qui tendait à l’« inceste », complété par l’apparition de la demoiselle au Dodger Stadium le 6 novembre dernier, lors du show à L.A. de la Diva, qui tient lieu de « dernière réunion de famille » (avec Justin T., le fils homosexuel caché dans les coulisses prêt à entrer pour 4 minutes), Circus annonce le régicide… Ou la retraite. Maintenant queen, Britney relègue Madonna au rang de Queen Mum.
Circus demande, au même titre que In the Zone, que tout le monde la rejoigne pour faire dudit circus – où elle est, encore et toujours, la bête de foire ; celle que l’on a déjà croisée dans le très sautillant Freakshow – un dancefloor – où elle pourra se fondre dans la masse.
Shattered Glass (aucun rapport avec Philip) ressemble à la suite de Kill the light, comme un extended mix. La chanson en soi ne vaut pas grand chose. If you seek Amy (subtil jeu homophonique qui donne F-U-C-K-ME, jeu qu’auront bien sûr détecté les ex-utilisateurs d’ICQ) fait penser à une chanson de Rihanna (Disturbia pour l’intro, SOS pour les couplets).
L’album bien sûr charrie son lot de slows dégoulinants, où il n’est que question d’amour, de good-bye, de forever, de dream et de reality ; subtil mélange de bouhouhou et de hihihi ; le côté « je suis triste et mal aimée et seule » de Walk on by conclu par le « bon finalement ça va pas si mal, ptêt bien que j’ai un peu dramatisé et que l’avenir sera porteur » de When I found you.
Bref en deux mots, c’est un bon album, qui devrait s’accompagner d’une promo dévastatrice. Ceux des fans qui ont vu les photos du booklet apprécieront de voir notre chère Brittany sourire.
Juste pour le ranking, une dernière fois pour la route : Talia Soghomonian.
J*
mardi, 04 novembre 2008
Another day, another dollar
Salut à toi, lecteur, qui vient rafraîchir ton esprit desséché à la source de mon intarissable faconde.
Alors bon, j’avoue, c’est un peu tard pour vous donner de mes nouvelles.
J’ai soutenu mon merveilleux mémoire intitulé « L’expression de la nature morte chez Caravage ». Je me suis fait aimablement démolir par mon jury, dont un membre à déclaré quelque chose comme « certaines pages sont passionnantes, mais, tout à coup, vous partez dans des explications qu’on peine à suivre et on se dit : "bon, laissons-le délirer, on finira bien par reprendre le fil. " »
Un autre de me demander : « …et pourquoi vous appuyer sur le Merleau-Ponty des dernières années que sur celui de la Phénoménologie de la Perception ? »
J’veux dire, il sait qui je suis, lui ? D’où il me casse les bonbons sur un auteur que je pratique, pour ainsi dire, depuis que je suis pubère ?... La question suivante, c’est quoi ?, « êtes-vous sûr d’avoir écouté les œuvres majeures de Philip Glass ? » ; « pourriez-vous vraiment chanter, en entier et dans deux langues, C’est la fête / Be our guest tiré de La Belle et la Bête de Disney ? » ; « Et votre prénom, vous êtes certain que c’est le bon ?... »
Restons sérieux. C’est pas une équation de Schrödinger, c’est L’Œil et l’Esprit, quoi. Il espérait vraiment me coller en me demandant d’expliquer mon « choix éditorial » ?...
Bon.
14, une mention bien, mais une heure et demie de soutenance, quand même.
Alors me voilà engagé pour un M2. C’était l’idée. Avec un nouveau sujet de mémoire à circonscrire d’après quelques idées que j’ai déjà, à faire valider par mon futur directeur de mémoire, qui n’est autre que l’ancien, c’est-à-dire le même, et qui m’a déclaré : « Si vous voulez que je vous dirige (Ksh ! ksh ! – bruit de fouet), il faudra revoir votre méthode de travail.
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Autre nouvelle de poids : j’ai trouvé un job. Peut-être pas le job étudiant de mes rêves (je sens comme une contradiction dans cette expression, un peu comme dans « la charcuterie rêvée d’un végétarien » ou « la démocratie idoine d’un nord-coréen »), mais enfin, ça me beurrera l’épinard. Mais quoi, vous demandez-vous ? Ah ! Je ne peux pas trop en dire. Si je veux vous régaler prochainement d’anecdotes absolument délicieuses, il me faut garder un minimum de discrétion. Je suis vendeur dans un magasin d’objets de décoration et de linge de maison, voilà comment nous le dirons.
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Connaissez-vous cet homme ?

Vous allez prochainement le vouloir dans votre lit. (Ou votre cuisine, ou les deux.)
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Enfin, un peu de piapiapia sur Philip Glass, au sujet d’un nouvelle interprétation de célèbres compositions / transcriptions pour piano.
Philip Glass, The Piano Music par John Lenehan.
Je suis de ceux qui apprécient de connaître plusieurs versions d’une même composition pour en préférer une. Mais voilà. Lenehan nous livre une compilation pianistique éminemment dispensable, quand on le compare à de précédents enregistrements. Pour le détail :
1. Glasswork, Opening. Outre la version originale que l’on trouve sur l’enregistrement Glassworks (1982), Alessandra Celletti (Metamorphosis, 2005) en fait une reprise très appréciable du point de vue de la qualité d’enregistrement… Et de l’interprétation. C’est doux, c’est plaisant, ça donne envie de faire des bisous à l’Italienne. Lenehan : au tas. Interprétation étouffée (ce qui vaut pour tout le reste de l’album), molle du cul.
Trilogy Sonata. 2. Einstein on the beach : knee play n°4 ; 3. Satyagraha : conclusion act 3 ; 4. Akhnaten : scene 3, dance.
Déjà, c’était une drôle d’idée d’adapter des ptits bouts d’opéra pour en faire une sonate (1998, par Riesman et Muhly). Mais soit, car le résultat est réussi, surtout dans l’interprétation de Paul Barnes (The Orphée Suite for Piano, 2003). (Steffen Schleiermacher a pour sa part raté son coup en 2006 dans son album Dances and Sonata, du moins, pour la partie Sonata.) Mais voilà, En écoutant Lenehan, on se demande comment il a déchiffré la partition. Je propose : avec un œil fermé et en écoutant autre chose. Il joue piano quand on lui demande forte, staccato quand on lui demande legato, etc, etc.
The Hours, 4-14.
Alors là, c’est le pompon. Plus inutile qu’une anthologie de Clayderman. C’est mal joué, voilà ! Je ne vois pas quoi dire de plus. Michael Riesman, qui est l’auteur de la transcription pour piano, avait réalisé un enregistrement parfait de l’intégralité de la transcription (Music from the Hours, 2004), et Alessandra Celletti avait magnifiquement repris Dead Things et The Poet Acts.
Bref, si vous le voyez en magasin, au demeurant à un prix scandaleux, ne l’achetez pas. A la rigueur, en occasion sur internet, pour vous faire une idée.
Prochainement je ferai un commentaire beaucoup plus aimable sur les Songs and Poems pour violoncelle interprétés par Wendy Sutton.
J*
19:10 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : glass, sutton, lenehan











