mercredi, 08 avril 2009

Femme enceinte

Il y a un temps pour tout et, chers lecteurs, je le dis très solennellement, il est temps de dire du mal de Renan Luce – car non, malgré le titre de cet article, je ne vais pas parler de ma sœur qui attend une événement (dont l’heur est discutable, selon les points de vue), ni de mes brusques envies gastronomiques qui, en ce moment, passent invariablement du cassoulet aux écrevisses en passant par le steak tartare.

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(Remarquez que j’utilise, pour illustrer mon propos, une photo où il a l’air idiot. On a souvent l’air idiot quand on mange, ce n’est pas propre à Renan Luce.)

En réalité je ne vais pas critiquer Renan Luce, mais seulement sa chanson La Lettre. Analyse de texte.

« J’ai reçu une lettre, il y a un mois peut-être / Arrivée par erreur, maladresse de facteur »

Pour avoir été brièvement facteur, je peux vous assurer qu’on ne fait pas de maladresse aussi énorme. Si la lettre est adressée à Renan Luce, elle va chez lui. Bien sûr si elle adressée à Renaud Lace ou Melle Luce Renard Vve Renan, il peut y avoir confusion. Mais passons. (Oooh, je sens que je vais avoir dans les commentaires des gens qui vont se plaindre des services postaux…)

« Aspergée de parfum, rouge à lèvres carmin / J’aurai dû cette lettre, ne pas l’ouvrir peut-être » Si, mais avec des gants. Quelqu’un qui répand sur une lettre du parfum et du maquillage y a sûrement collé ses miasmes, voire, de l’anthrax.

« Mais moi je suis un homme qui aime bien se genre de jeu veux bien qu’elle me nomme Alphonse ou Fred c’est comme elle veut… c’est comme elle veut »

Donc là on présume que le destinataire s’appelait Alphonse ou Fred. L’expéditrice est donc soit gérontophile, soit lesbienne. J’ai connu deux filles qui s’appelaient Frédérique. La première était un genre de poupée de porcelaine avec d’immenses yeux bleus et des petites dents blanches. Elle détestait son prénom et refusait qu’on la surnomme Fred. La seconde me donnait l’impression d’avoir pour passe-temps la découpe bouchère d’animaux morts ou la maçonnerie. Elle avait les cheveux courts, portait des chemises à carreaux et préféraient qu’on l’appelle Fred.

Mais bref.

« Des jolies marguerites, sur le haut de ces i / Des courbes manuscrites, comme dans les abbayes »

Encore un qui a trop vu Le nom de la Rose et qui nous pond une synecdoque référentielle pars pro toto (que les profs de Français qui me lisent corrigent si je me trompe de figure de style). Puisque des courbes manuscrites, n’importe qui qui sait écrire à la main en fait. Plus ou moins réussies, certes, et ce n’est pas de l’onciale ou de la caroline, mais enfin ce sont bien des courbes manuscrites. Au demeurant, additionnées de marguerites sur le point des i, voilà qui éloigne fortement la possibilité que l’auteur de la lettre ait dépassé quatorze ans d’âge mental.

« Quelques fautes d’orthographe, une légère dyslexie / Et en guise de paraphe ma petite blonde sexy »

Voilà qui confirme mon précédent propos sur l’âge mental ou réel de l’expéditrice. En clair : c’est une adolescente un rien stupide qui trouve trop cool de dessiner une barbie en bas de ses lettres pour s’identifier. « Tu te rappelles de moi ? Mais siii, la blonde avec les nichons tout serrés dans mon t-shirt rose ! »

« Et moi je suis un homme qui aime bien se genre de jeu n’aime pas les nonnes et j’en suis tombé amoureux … amoureux »

Ben ça tombe bien pour les nonnes, cette histoire. Un type qui s’entiche d’une souillon qu’il ne connaît que par une lettre mal écrite, vaut mieux passer au large, quitte à entrer dans les ordres.

« Elle écrit que dimanche elle sera sur la falaise /Où je l’ai prise par les hanches » Ben c’est un fortiche le gars. Soit ils ont fait de l’escalade ensemble ce qui paraît faisable, soit il lui a mis sa zizouille dans son frifri, ce qui est envisageable également – pas forcément évident au bord d’une falaise – soit les deux en même temps, ce qui doit être spécialement inconfortable.

« Et que dans l’hypothèse où je n’aurais pas le tact d’assumer mes ébats / Elle choisira l’impact trente mètres plus bas »

Donc là clairement il n’est plus question de sport en altitude, mais d’avoir planter le piolet au mauvais endroit. « Assumer les ébats » = s’expliquer longuement en se prenant la tête dans les mains, pleurer, se faire pardonner et, éventuellement, remettre le couvert.

D’où bien sûr la menace. On reconnaît l’intelligence d’une fille à la valeur de ses arguments. « Si tu me recoinces pas popaul et/ou ne m’épouse pas, je me tue ! » Oh, ouais, voilà qui est percutant !... …trente mètres plus bas, donc. C’est bizarre d’avoir choisi le mot impact, ça fait penser un alunissage, genre, un truc qui se pose sur un autre d’une façon précise, selon des calculs précis.

« Et moi je suis un homme qui aime bien ce genre d’enjeux ne veux pas qu’elle s’assomme car j’en suis tombé amoureux… amoureux »

Mon garçon si elle fait une chute de trente mètres, elle s’assomme pas. Elle éclate comme un fruit pourri.

« Grâce au cachet de la poste d’une ville sur la Manche / J’étais à l’avant poste au matin du dimanche »

Résumons-nous : il y a trois cents kilomètres de côte sur la Manche mais notre troubadour, grâce au cachet de la poste de la missive, sait exactement où aller, tant il est évident que la gourde a posté la lettre depuis son patelin. Soit.

« L’endroit était désert, il faudra être patient / Des blondes suicidaires il n’y en a pas cent »

Un dimanche matin sur une falaise bretonne, tu m’étonnes qu’il y ait personne ! à part ces beaux vieux qu’on voit dans les pubs de Pleine Vie promener leur labrador pour vanter les mérites des conventions obsèques ou pour des couches. Forcément tu cherches une blonde suicidaire et tu te retrouves avec Jane Fonda, pieds nus et un pull sur les épaules qui t’explique comment sa nouvelle crème hydratante a changé sa vie, ça te fait drôle.

« Et moi je suis un homme qui aime bien se genre d’enjeux veut battre Newton car je suis tombé amoureux…amoureux »

Le chanteur n’en peut plus de nous rappeler quelle carence affective le fait tomber amoureux d’une inconnue ! Mais bon c’est le principe d’un refrain. Quant à battre Newton, mauvaise cible ! C’est la gravitation, qu’il faut tenter de combattre – et là je dis bon courage, parce que l’attraction terrestre vaut pour tant pour ta blonde que pour Jane Fonda.

« Elle surplombait la Manche quand je l’ai reconnue » Bon ben oui on a bien compris maintenant que ça se passait sur la côte, hein. Et il l’a reconnue parce que ? Mhm ?... Oui, parce qu’elle est blonde ! Merci aux deux qui suivent au fond de la salle.

« J’ai saisi par la manche ma petite ingénue » – Apprécions la rime d’une richesse confondante : Manche/manche.

« Qui ne l’était pas tant au regard du profil / Qu’un un petit habitant lui faisait sous le nombril »

Aaaah, voilà ! Belle litote pour dire que « l’ingénue qui ne l’est pas tant » est en réalité une cochonne qui s’est faite torpiller sans bouclier antinucléaire !

Bon, ensuite, on pourra discuter l’argument anatomique ; parce que si elle est enceinte sous le nombril, attention à la descente d’organes ! Mais passons, passons, c’est une facilité poétique. (Du même ordre que qualifier d’ingénue une fille facile qui se fait coincer un grumeau dans la Béchamel un samedi soir dans les toilettes du Makumba à Paimpol.)

« Et moi je suis un homme qui aime bien se genre d’enjeux veut bien qu’il me nomme Papa s’il le veut… s’il le veut. »

En voilà un qui aura bien compris tout l’intérêt de la nouvelle loi sur le statut du beau-parent !

Ah, Renan ! Tant de bonté te perdra !

J*

Commentaires

Merci de m'avoir bien fait rigoler dès le matin avant le boulot ;-) Bien que je ne comprenne pas ce que ton cul vient faire sur la commode...

Écrit par : Christine | vendredi, 10 avril 2009

excellent tout ça - et puis ça fait tellement de bien à lire :-)

Écrit par : Fabien | vendredi, 10 avril 2009

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