dimanche, 10 mai 2009

Le chant de Belinda

 

Belinda, je sens venir la mort ; et le froid

Je le sens, embaume peu à peu mon trépas.

 

 

Il est parti. Et tandis que le jour naissait

Toujours là, allongée, j’ai recompté mes plaies ;

Une à une les plaies du cœur, les déchirures

Et chaque instant mouillé de pleurs, et de fêlures.

 

 

Le soleil, en étirant ses rayons, chauffait

Mon corps endolori, meurtri et imparfait.

Au midi dépassé, j’avais cru me mouvoir,

J’ai longuement peiné – j’ai vu venir le soir.

 

 

Belinda j’ai faim, soif ; oui, je me fais mourir.

Mes pensées divaguant, mêlées de souvenirs,

Au plus profond de moi, me ravagent les chairs,

Rendant sombre ce qui jusque-là était clair ;

La blessure immobile envahissant mon âme :

Les sentiments diffus, parmi ceux que l’on clame,

Qui font que l’on déteste et que parfois l’on aime

La tempête amassée des vents qu’un jour l’on sème.

 

 

Vois, la Lune a blanchi. Et j’attendais alors,

Porté vers son pays, qu’on m’apporte son corps.

Au moment de passer sur un autre rivage,

Exsangue et harassé, dans un autre sillage,

Qu’il voie s’ouvrir le ciel, le soleil exploser :

Et dans le noir lointain d’un nuage irisé

Qu’il ne voie plus que moi, les peines qui m’affligent

Qu’il imagine au loin mon tombeau qui s’érige.

 

 

Non, Belinda, je n’en puis plus, et j’ai menti :

Je ne le veux pas mort, tout au plus étourdi

Je veux, quand vient le soir, que sa conscience veille

Que dans son désespoir il hurle et se réveille :

« Est-ce toi, le cœur sanguinolent, l’âme noire,

Que j’entrevois déchirer le présent ? Que croire ?

Je t’ai assassinée, j’ai souillé ton image,

J’ai maudis ton prénom, craché sur ton visage !

Reviens-tu me chercher, m’emporter dans le feu ?

Me désarticuler et m’arracher les yeux ?

Cent fois j’ai crains, j’ai vu, pressenti cet instant

Au lendemain déçu de mon premier serment. »

 

 

Tu fais bien d’avoir peur, ô merveilleux Enée

Tu n’as que trop bien vu dans quoi tu m’as traînée.

C’est bien de mes mains nues que j’ai bâti Carthage

Mais c’est par ton épée que j’en lave l’outrage ;

Je suis née Elissa, mais tu trahis Didon

Tu aurais pu m’aimer, tu choisis l’abandon.

 

 

Il n’est de libation où coulera mon sang,

Car je meurs dans ma couche aux couleurs de safran.

 

 

Belinda, que l’on m’apporte l’épée fatale

Qu’il a ici laissée, la faisant mon égale ;

Qu’en traversant mon cœur enfin se réunissent

Mon sort et son destin – Que dans l’histoire ils bruissent.

 

 

J*

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