vendredi, 29 mai 2009

Quatre jours plus un

 

Qui font cinq. Quatre jours au vert, un jour en ville.

 

J’ai vu la bande-annonce de Vincere (Marco Bellochio) et j’y ai clairement reconnu la musique d’Akhnaten (Scène 3 de l’acte I, The Window Of Appearances, permettez-moi de préciser) de Philip Glass, quoique la fiche imdb donne Riccardo Giagni. Je ne sais pas si vous vous rappelez de la bande-annonce de Benjamin Button, mais c’est la musique de Danny Elfman pour Edward Scissorhands qui avait été utilisée (à la place de l’assez mauvaise musique d’Alexandre Desplat qui ponctue le film). J’avais déjà vu ça avec L’ivresse du pouvoir de Chabrol, ou un ptit bout de la symphonie n°2 de Philip Glass s’était glissée dans la BO de… Matthieu Chabrol, et La Moustache d’Emmanuel Carrère dans lequel, de mémoire, avait été remployée une autre musique de Glass, composée pour le film – me semble-t-il – The secret Agent (Christopher Hampton). Procédé également employé pour Sunshine (Danny Boyle), film pas si mal avec Chris Evans, pas si mal non plus… Bref, passons…, puisque, bien que se targuant d’une BO originale, il s’agit d’une resucée de la musique que Clint Mansell avait composée pour Requiem for a dream (et interprétée à l’époque par le merveilleux Kronos Quartet).

 

J’ai bronzé en lisant un bouquin sur la découverte de la perspective à la Renaissance – ou l’inverse, j’ai lu en bronzant – et puis l’orage est arrivé. J’ai rangé le transat, sorti un savon et pris ma douche sous la pluie. Mais il pleuvait pas beaucoup alors je me suis fini au tuyau d’arrosage.

 

Heroes, saison 3, c’est fini. Je vis un drame. Heureusement, il me reste la saison 2 de Torchwood a finir. Moins ambitieux mais ça m’occupera un bout quand même.

 

Je tente d’apprendre la troisième partie de la Trilogy Sonata de Philip Glass. J’en chie.

 

Dorothée et Julien sont venus me rendre visite. On s’est cuité avec mon voisin – que Dorothée, pour des raisons qui lui appartiennent, a surnommé toute la soirée « le beau bizarre » – en faisant un scrabble un peu spécial. Le principe : former des mots-valises (à l’orthographe douteuse) ou lointainement voisins de mots déjà connus. Exemples : « cultokée » : fille à la fois cultivée et un peu différente ; « zoiseaux » (assez clair…) ; « raclar » : raclure de connard ; « cafelint » : châtelain qui, par la force des choses, a fait profession de cafetier, « Tjouquer » : ennemi de Batman avec un fort accent ; qui a donné ensuite « Tjouquero » : mauvais chanteur italien.

L’équipe Dorothée/Julien devance de dix points l’équipe Charles/moi-même pour un score final de 551 à 541.

 

J’ai pris le train pour rentrer. Un chevreuil a eu le mauvais goût de se faire tamponner… Train arrêté, retard ; train reparti, lentement ; train arrêté dans une gare inconnue sur la carte. Ambiance Texas chainsaw massacre, lumière tremblotante, regards inquiets. Un autre train – en provenance de Nantes – nous récupère, ballote, remmène. Sensation d’être un bestiau allant à l’abattoir.

 

Puis, la ville.

 

J*

lundi, 18 mai 2009

Anges et Démons et Merveilles. Ou pas

 

Mes lecteurs les plus anciens et les plus fidèles (c’est-à-dire principalement Mum, Jtf et Did***) se rappellent peut-être d’un ancien article dans lequel je tapais sur le premier volet du Monde de Narnia (c’est par ici).

Que mes lecteurs passés et actuels se rassurent : s’ils pensaient avoir vu le plus mauvais film du monde avec Narnia (et sa suite), qu’ils aillent voir (ou plutôt, qu’ils le téléchargent illégalement) Anges et Démons, un chef-d’œuvre d’ironie et de soixante-douzième degré.

C’est donc possible : le plus mauvais film de la Création existe. A la fin on ne sait toujours pas si Dieu existe mais, si c’est le cas, Il doit avoir sacrément les boules qu’on fasse des guignolades comme ça dans Sa maison (certes, reconstituée en image de synthèses, faute d’accord de la part du Vatican pour tourner sur place – sans blague, je sais pas vous, mais moi j’imagine mal Papa Ratzinger autoriser une scène d’immolation dans la crypte de Saint Pierre de Rome). A moins, bien sûr, qu’il ne s’agisse d’une blague cosmique qui ne fasse rire que Lui (cf. le propos du Père Maxi dans South Park, « Dieu a un sens de l’humour bizarre »).

 

Que le film soit mauvais, soit. Après tout, on pouvait s’y attendre après la pantalonnade que fut Da Vinci Code. Que Tom Hanks ait renoncé à jouer convenablement depuis Philadelphia et le sur mesure Forrest Gump, passe encore (je mets de côté La guerre selon Charlie Wilson où sa performance était rehaussée par celle, conjointe, d’Amy Adams et Philip Seymour Hoffman). Que Dan Brown jouisse d’un succès populaire, j’admets péniblement (ce qui va devoir m’obliger à augmenter le nombre d’admissions dans mon top 10 des gens-qui-vendent-des-livres-sans-faire-profession-d’écrivain, où l’on retrouve Christine Angot, ou encore Marc Lévy).

MAIS QUE

sous couvert de modestes contributions culturelles et références scientifiques, le romancier l’auteur le bandit scribouillard tienne pour acquises des prémisses de commencement d’hypothèses, affirme pour sûres des théories qui ne sont pas passées au crible de l’expériences ;

QU’EN OUTRE

il se sente obligé de verser dans la plus navrante invention (ouuuh la vilaine conspiration antipapale ! Allez, la science contre la religion, paf, on déterre Copernic et Galilée) pour pallier à son manque de crédibilité tant en matière d’historien des religions que d’aspirant physicien (« oh oui tiens je vais parler du collisionneur du CERN, ça va faire bien » ; « antimatière ça claque comme mot ! ») ou d’historien de l’art (« Bernin et Raphaël, j’aime bien, m’en vais te les coller à toutes les sauces ») ;

QU’AU DEMEURANT

il verse dans la plus abêtissante, la plus ahurissante simplification de deux millénaires de christianisme pour prêter ensuite un vague propos d’intellectuel à son héros, Langdon, qui n’est au final – et j’aimerais que ce soit bien clair – qu’un gros con borné ;

 

Là, je dis non. Et même, je m’offusque.

Ce film ne fait pas que véhiculer des idées incorrectes, il diffuse également des informations fausses.

Non, on ne peut pas stocker pendant des heures des ptits bouts d’antimatière dans un thermos sur batterie : les antiatomes n’existent que l'espace d’environ 40 millionièmes de seconde, parcourant, dans le LEAR – la machine qui existant avant le LHC et qui a été la première à permettre la collision des antiprotons avec des atomes d’un élément lourd – une dizaine de mètres à une vitesse proche de celle de la lumière avant de s'annihiler au contact de la matière ordinaire. (A ce propos, Mickael, je m’excuse au sujet de l’information que je te donnai sur la vitesse de la lumière à la possibilité d’atteindre sa vitesse. Je te repréciserai ce que je voulais dire – non non, j’avais pas tort, me suis mal expliqué.)

 

Non, Bernini n’était pas le grand chambellan ou le premier ministre ou que sais-je encore des Illuminati. Pas plus que Galilée, donc. Ils avaient probablement d’autres choses à faire. Pourquoi faut-il toujours que Dan Brown adhère à des idées de sociétés secrètes, de conspirations, de fin du monde pour étayer ses dommageables idées ?

 

Non, Jean-Paul II n’est pas un pape qui a uni la science a la religion. Le premier a avoir tenté, c’est Pie XII qui, en 51, devant l’Académie pontificale des sciences, tente de faire concorder les avancées cosmologiques de l’époque (Big bang et tout ce qui s’ensuit) avec le fiat lux initial ; mais suite à une conversation avec l’abbé-physicien Georges Lemaître, il se retracte un an plus tard devant l’Union astronomique internationale.

 

Et ainsi de suite, j’en passe, notamment sur ce que le film donne à voir de Rome. La consternation qui m’habite au moment où j’écris ces lignes n’a d’égale que ma beauté – spectaculaire, donc.

 

J*

 

Le conseil lecture de Tonton Malldwight sur les sujets évoqués :

« Le big bang ; révélations sur l’origine de l'Univers » – Les Dossiers de la Recherche, trimestriel, mai 2009, n°35 (6€).

Bonnefoy (Y.), Rome, 1630, Paris, Flammarion (coll. Champs), 2001.

Klein (Y.), Les secrets de la matière racontés en famille, Paris, Plon, 2008.

 

 

dimanche, 10 mai 2009

Le chant de Belinda

 

Belinda, je sens venir la mort ; et le froid

Je le sens, embaume peu à peu mon trépas.

 

 

Il est parti. Et tandis que le jour naissait

Toujours là, allongée, j’ai recompté mes plaies ;

Une à une les plaies du cœur, les déchirures

Et chaque instant mouillé de pleurs, et de fêlures.

 

 

Le soleil, en étirant ses rayons, chauffait

Mon corps endolori, meurtri et imparfait.

Au midi dépassé, j’avais cru me mouvoir,

J’ai longuement peiné – j’ai vu venir le soir.

 

 

Belinda j’ai faim, soif ; oui, je me fais mourir.

Mes pensées divaguant, mêlées de souvenirs,

Au plus profond de moi, me ravagent les chairs,

Rendant sombre ce qui jusque-là était clair ;

La blessure immobile envahissant mon âme :

Les sentiments diffus, parmi ceux que l’on clame,

Qui font que l’on déteste et que parfois l’on aime

La tempête amassée des vents qu’un jour l’on sème.

 

 

Vois, la Lune a blanchi. Et j’attendais alors,

Porté vers son pays, qu’on m’apporte son corps.

Au moment de passer sur un autre rivage,

Exsangue et harassé, dans un autre sillage,

Qu’il voie s’ouvrir le ciel, le soleil exploser :

Et dans le noir lointain d’un nuage irisé

Qu’il ne voie plus que moi, les peines qui m’affligent

Qu’il imagine au loin mon tombeau qui s’érige.

 

 

Non, Belinda, je n’en puis plus, et j’ai menti :

Je ne le veux pas mort, tout au plus étourdi

Je veux, quand vient le soir, que sa conscience veille

Que dans son désespoir il hurle et se réveille :

« Est-ce toi, le cœur sanguinolent, l’âme noire,

Que j’entrevois déchirer le présent ? Que croire ?

Je t’ai assassinée, j’ai souillé ton image,

J’ai maudis ton prénom, craché sur ton visage !

Reviens-tu me chercher, m’emporter dans le feu ?

Me désarticuler et m’arracher les yeux ?

Cent fois j’ai crains, j’ai vu, pressenti cet instant

Au lendemain déçu de mon premier serment. »

 

 

Tu fais bien d’avoir peur, ô merveilleux Enée

Tu n’as que trop bien vu dans quoi tu m’as traînée.

C’est bien de mes mains nues que j’ai bâti Carthage

Mais c’est par ton épée que j’en lave l’outrage ;

Je suis née Elissa, mais tu trahis Didon

Tu aurais pu m’aimer, tu choisis l’abandon.

 

 

Il n’est de libation où coulera mon sang,

Car je meurs dans ma couche aux couleurs de safran.

 

 

Belinda, que l’on m’apporte l’épée fatale

Qu’il a ici laissée, la faisant mon égale ;

Qu’en traversant mon cœur enfin se réunissent

Mon sort et son destin – Que dans l’histoire ils bruissent.

 

 

J*

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