jeudi, 01 octobre 2009
A propos de septembre
Le mois est passé bien vite, et je n’ai pas eu le temps de vous écrire ; pourtant j’avais à dire à propos de ELLE, Dieu et les cacahuètes, du cinéma, de la chute du mur de Berlin, de mes maximes… Essayons.
Alors voilà, nous sommes le 1er octobre. J’en suis encore à prendre les bonnes résolutions qu’on se fixe le 1er janvier, ou après le jour de l’an – mais, manifestement, je ne suis pas fait pour ce genre de discipline, la meilleure restant, en ce qui me concerne, celle qui s’impose d’elle-même, pour mon bien et surtout, pour celui des autres (même qu’elle s’accompagne de comportements parfois extrémistes). On n’a finalement pas tant méjugé de mon comportement en le considérant immuable (« la raison dans la répétition »), et on le juge d’autant moins s’il est prescriptif, mélange de subversion (« pas de nuances,…) et de principes aux origines diverses (…que de la demi-mesure »).
Que diable, que ça ne vous empêche pas d’être autonome. Tenez-vous à ce point à bêler ? Parce que Biba vous dit de vous promener avec le nouveau it bag Vuitton en forme de poche à caca, allez-vous le faire ? Si vous aimez Muse, allez-vous acheter le dernier album contre vents et marées ? (Alors que Pierre Siankowski recommande de chopper la grippe A plutôt que de seulement l’écouter, concluant : « Le tout s'appelle The Resistance, et vient de rentrer premier des ventes en France, avec la même facilité que le maréchal dans un bâtiment de Vichy. ») Si on vous dit que le surimi, c’est maaaaal !, allez-vous arrêter d’en manger ?...
Les commandements des prescripteurs n’ont qu’une limite : le libre-arbitre. Contre tout extrémisme, c’est tout ce qui reste ; politique, religion, mode, mode de vie : les limites se fixent d’elles-mêmes du moment qu’on se demande ce qu’on est prêt à endurer (et qu’on envisage d’aller au bout). On avance mieux avec une canne que scié aux genoux. Entre 1. le nutritionniste hystérique d’un magazine féminin qui vous conseille d’abandonner le gras, voire, de prendre un alli en même temps que chaque comprimé de levure de bière ; 2. le cuisinier qui vous conseille de cuire au beurre et à l’huile « parce que c’est meilleur » ; 3. le journaliste scientifique qui, au terme de son dossier sur le jeûne, ne le recommande pas plus de vingt-quatre heures, où vous placez-vous ?...
ELLE m’énerve
L’avantage qu’a le magazine ELLE sur moi, c’est qu’il est hebdomadaire et que l’époque où j’écrivais, avec la régularité d’un coucou suisse, un article chaque dimanche, est révolue. Dans mon délire de persécution, ELLE est hebdomadaire pour ne pas me laisser le temps de le critiquer ; à peine ai-je fini de lire le numéro 3324 que le 3325 est déjà sorti. Ahah ! je ne vais pas me laisser faire.
François Nourissier avait déjà compris ce qu’il fallait voir dans ELLE (une ode au « tout nouveau, tout beau, tout ira bien madame, fûtes-vous humiliée au travail par un patron qui en outre vous pelote, ou battue par votre mari au sujet de la cuisson du veau marengo »), puisqu’il écrivait en 1956 : « […] l’Italie à inventé la vespa et le café express. La France a inventé le style Elle. C’est-à-dire un immense "bon magique" tiré à un million d’exemplaires qui permet à la Toulousaine de ressembler enfin à la Lilloise ; à toutes les adultères, à toutes les trompées, à toutes les trompeuses de revêtir enfin l’uniforme rigoureux de la femme souriante. » (Les chiens à fouetter, pp. 117-118.)
Parlons-en, de ce numéro 3324 (semaine du 11 septembre), qui recommande les « accessoires de l’automne ». Je vais vous donner mon avis, clair, précis, injuste. 1. Le léopard : non. Pas d’imprimés animaux, arrêtons-là, s’il vous plaît. Givenchy a fait de léopard rose tout récemment, mais c’est Givenchy. Le faux léopard des 3 Suisses, ça ne prend pas. 2. Les lunettes : bien sûr. Par tous temps, en toutes saisons, des lunettes, darl’. Pas de « pop, flashy, fluo », en revanche : je vote le dégradé ou le fumé sur une monture sobre. A moins bien sûr que vous soyez un(e) adulescent(e) bien décidé(e) à revendiquer la permission de minuit. (Minable.) 3. La semelle crêpe : non, je regrette, la Clarks, c’est fini, on est adulte. (Quoi, Kickers est la meilleure vente de spartoo.com ? Mais je m’en brosse le nombril au pinceau de l’indifférence, voyez-vous !) 4. Les cuissardes : si vous voulez, mais ça n’engage que vous (ou pour être exact, votre libre-arbitre : êtes-vous prête, madame, à ne pas vous asseoir ni faire pipi le temps de les porter ?) 5. Les gants : c’est comme les lunettes. Je chéris les jours anciens où l’on portait des gants en toutes saisons. 6. Le rouge : oh ouais ! On a vu le bleu Klein dans presque tous les défilés, et ELLE nous vend le rouge comme « le nouveau noir ». Newsflash pour tous les magazines féminins : le noir reste le noir. Rien ne s’y substitue. Essayez voir de porter « l’indispensable petite robe noire » en rouge, pour voir. Elle aura l’air beaucoup moins indispensable. 7. Les bottes de pluie : non, ce n’est pas une « tendance classique », c’est juste ridicule ! C’est quand même drôle de vendre les bottes de pluie en 7. et de célébrer le retour des escarpins en 8. ! Et là, je cautionne complètement. 9. Le sac nylon, ça rime avec « non ». Non, vraiment. 10. La grosse bague, soit, mais pas en plastique. 11. Le sac à chaîne, il faut juste assumer, mais sur le principe pourquoi pas. 12. Les mocassins, non, c’est comme les bottes de pluie ou les cuissardes. Il arrive un moment où la femme doit cesser les emprunts à l’homme, surtout lorsqu’ils concerne les tenues de pêches ou le look « vacances au Touquet 1971 ». Pourquoi pas avec les glands dessus, aussi ? Lorsque Coco Chanel empruntait à Boy Capel ses grands gilets en cachemire, c’était un trait de génie. Les mocassins, même avec une boucle dorée ou un détail dit féminin dessus, sont des chaussures pour hommes, à la seule exception Gucci près, punto. 13. Ok pour le ceinturon. 14. Ok pour le sac polochon. (n.b. : non, ce n’est pas « trop, trop chic d’assortir la couleur de ses gants à celle de son sac ». C’est ce qu’on appelle couramment une évidence.) 15. Va pour le cloutage des chaussures et des sacs, mais restons modérés – au demeurant, les clous ne passeront pas deux saisons. 16. Le gros collier d’accord, s’il va avec la grosse bague (cf. 10). 17. On aurait pu agréer l’écharpe imprimée, mais non : les exemples (LiLo, Cotillard, Kylie) sont plus des dont’s que des do’s. 18. Ah ben non, pardon, ça s’arrête à 17.
Dieu et les cacahuètes
J’ai fait ce rêve très étrange dans lequel je suis avec quelques amis à la campagne, et nous jouons à un genre de chasse au trésor : il faut retrouver des cacahuètes, qui vont par deux, et à chaque fois qu’on les retrouve, elles disparaissent et changent de place. Il y a aussi un gros van beige Volkswagen qui passe de temps en temps et qui fait des dérapages dans le gazon près de la volière. (Oui, ça se passe chez mes parents.)
Tout ceci étant un message de Dieu pour nous démontrer qu’il n’existe pas. (Le paradoxe était magnifiquement révélé dans mon rêve, mais il ne me reste, au réveil, que la chasse aux cacahuètes.)
Le vaisseau rémanent
Vous allez voir que j’emploie exagérément l’adjectif rémanent. Rémanent : se dit d'un phénomène qui subsiste après que sa cause a disparu.
Avec District 9, le réalisateur Neill Blomkamp ne propose pas une métaphore de l’apartheid, mais presque ; il ne fait pas un documentaire, mais pas loin ; il ne voyage pas dans l’espace à la vitesse de la lumière, mais bientôt. Passe-t-il à côté de quelque chose ? Justement pas. En évitant la science-fiction, il fait du documentaire caméra à l’épaule ; en contournant la critique sociale, il fait de la fiction pure ; en prenant pour personnage un antihéros lambda (trop bête pour être attachant), il déplace l’intérêt (et la compassion, fatalement, qu’il appelle) du spectateur vers un autre personnage.
De quoi parle-t-on, au fait ?
Un vaisseau spatial reste, depuis quelques années, coincé au-dessus de Johannesburg. Les Sud-Africains y découvre des aliens morts de faim et malades : ils les font descendre et les soignent, les nourrissent et finalement… Les parquent dans un campement façon Darfour. Ah voilà, on n’évite pas les comparaisons, c’est certain. Quand j’ai vu la première image des « crevettes », je me suis dit : « Reviens, Lovecraft, ils violent Cthulhu ! » Mais en fait non.
Donc, voilà trente ans que les et sont coincés dans le District 9 et forcément, ce qui s’y passe dégénère : drogue, prostitution, contrebandes diverses. De cette fange certains tentent de survivre, mais on ne le sait qu’incidemment, quand le antihéros initial (celui que bon, finalement, on n’aime pas trop) se retrouve coincé psychologiquement : pas moralement, non non. Il ne se pose pas vraiment de questions. La plupart du temps, les choses honteuses dont il prend conscience, c’est par rapport à ce que lui vit. Il est coincé dans une réalité qui n’est pas la sienne, mais ça l’ennuie seulement parce que ce n’est pas la sienne – pas parce qu’elle est atroce, violente, révoltante.
Une ombre plane tout le long du film – la même ombre que celle du vaisseau sur la ville ; vaisseau qu’on voit un peu au début, un peu à la fin, mais finalement pas trop ; il est persistant, il reste là bien tranquille, et on n’en finit pas de se demander : mais quand est-ce qu’il repart ? On regarde le « documentaire » et on ne souhaite qu’une chose : que les aliens reprennent leur vaisseau et s’en aillent, puisqu’ils font du mal aux humains, qui le leur rendent bien. On se sent dans cet état d’esprit bâtard, mélange de victimisation et de peur qui font dire à certains : « Je suis pas raciste, mais… » Et tout est dans ce mais, tout se justifie par les raisons du mais.
Un film à voir, donc, pour réfléchir – mais pas trop, de craindre de trop y voir, et surtout de trop interpréter.
Mentor a retrouvé Télémaque
…ou, pour être exact, Lagerfeld s’est levé un minot : deux guest editors, deux couvertures pour le numéro d’octobre de Wallpaper*. Karl donnez-moi-un-verre-d’eau-vide-je-suis-au-régime Lagerfeld (© Daniel Morin pour le nickname) fait des photos de son cover boy Baptiste Giacobini, à Rome. Voilà bien longtemps que les vieilles pierres n’avaient pas accueilli une belle paire de fesses. Passons sur les photos, et parlons du fond, et notamment d’un article de l’astrobiologiste André Brack qui évoque la possibilité de la vie sur Mars (passée peut-être, future éventuellement). L’article ne nous apprend rien de plus que le dernier numéro des Dossiers pour la Science, mais enfin, il nous permet de conclure cet article trop long par une citation :
« Nous savons très bien que demain une autre, une meilleure explication pourrait apparaître et rendre caduque celle que nous mettions en avant aujourd’hui. »
Il en va de la vie sur Mars comme des bottes de pluie.
J*
11:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note









Commentaires
ouf, la volière a eu chaud! Chez nous , pas de cacahuètes mais des pistaches...
Ecrit par : mum | samedi, 10 octobre 2009
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