samedi, 17 octobre 2009
Presse-purée (2)
Nouvelle formule, 196 pages. Commençons cette revue de presse par une petite citation qui fera rêver les oisifs brimés et les rentiers en devenir : « Je ne travaille jamais. Je dis ça pour emmerder le monde, mais c’est vrai. Je n’ai jamais travaillé de ma vie. Je travaille, disons, trois ou quatre heures par ans », a déclaré Christian Boltanski au trimestriel Mouvement (n°53, octobre-décembre 2009, p. 121). Le magazine touche-à-tout évoque plaisamment David Sylvian et la lancée qu’il poursuit, après Blemish, dans la-musique-qui-n’en-est-pas-vraiment. Voilà qui renseigne un peu sur le personnage, que j’imaginais plus proche de la trentaine que de la cinquantaine, plus Jay-Jay Johanson que Nick Cave, moins dandy, peut-être, et sûrement un peu plus crasseux. Je vous renvoie à l’écoute préliminaire (avant d’acheter Manafon, son nouvel album) de Dead bees on a cake – tout un programme.
La difficulté d’un trimestriel, c’est de parler de trois mois d’actualité en écrivant encore un mois avant. A part annoncer la fiac, les programmations diverses de disciplines qui le sont autant (la biennale d’art contemporain de Lyon, de la danse en Poitou-Charentes, du fifre dans l’Aveyron – ok, j’exagère, mais on n’en est pas loin), Mouvement peine à voir devant soi. Raison de plus pour mettre l’accent sur des dossiers, au demeurant fort bien constitués : « L’art de transmettre », quoique imprimé sur fond rouge, entre dans le détail ; et l’hommage à Merce Cunningham a permis, avec le recul (puisqu’il a disparu fin juillet), de voir plus loin que l’éloge et, nettement, d’interroger son héritage. A lire donc.
A lire, également, le portrait d’Eliane Radigue, pour tous les férus de références pointues (limites absconses) en matière de musique contemporaine minimaliste.
Mammography update. Vogue (US) titre sur le « triomphe après la tragédie » de Michelle Williams, qui fait donc la couverture, et qui est, rappelons-le, une assez mauvaise actrice (en plus d’être la veuve de notre James Dean générationnel, Heath Ledger – d’où la tragédie susmentionnée). Mais le magazine titre surtout sur ce qu’il n’a pas eu le temps, ou la place, de mettre dans le numéro de septembre : les « touches finales » de l’automne, qu’on se le dise, sont les bottes au-dessus du genou (on dit « cuissardes ») et les ongles longs, limite trop longs, façon Eunice Barber (qui a gagné toutes ses titres en faisant peur aux autres concurrentes ; « si tu me laisses pas passer, j’te griffe ! ») (on peut dire no-fear nails) (oui c’est un peu pénible toutes ces parenthèses).
C’est aussi le mois de la mammographie chez les New-yorkaises, donc le magazine revient dessus en long, en large et en travers (avec notamment un article illustré par Irving Penn, auquel on devrait rendre – j’espère ! et ce serait bien la moindre des choses – un bel hommage dans le numéro de novembre). Même Jessica Simpson s’est résolue à donner des chaussures pour la bonne cause !
En up front, le magazine, sous couvert de critique littéraire, permet à l’auteur Tad Friend de s’étendre péniblement sur sa vie en retrouvant et en interrogeant ses exs. Sauf que voilà, le repentir (même sous forme d’autoanalyse) ne prend pas : blaireau tu es, blaireau tu resteras.
Ah ! le courrier des lecteurs de Vogue fait toujours (un peu) plaisir. On y trouve toujours quelqu’un qui partage sa propre opinion – ou son contraire. Ainsi, après qu’une demoiselle Sandra Cornelius nous dise tout le bien qu’elle pense de Sienna Miller (faire, à son sujet, un copier-coller de mon opinion sur Michelle Williams ; y ajouter : « aussi expressive qu’un veau marin endormi »), une autre Sandra renvoie la première dans ses cordes :
“I was disappointed to see that silly tart Sienna Miller on your cover. She is so tired, and her career has expired. Her useless mea culpas and the insincere banalities used by her actor friends to describe her personality fall flat, no matter how many exclamation points follow them.” (Pas besoin de traduire, hein.)
Là où le magazine est grandiose, c’est que les deux avis sont mis l’un à la suite de l’autre, histoire qu’on se fasse son opinion ; mais surtout, c’est que quelques pages plus loin, on trouve un article relatant la projection de The september issue au Moma – dans lequel, outre Anna Wintour et Grace Coddington (que leurs noms soient psalmodiés dans les limbes !), on voit cette silly tart (traduisez par « tarte folle », juste pour rire) de Sienna Miller dont le seul mérite est d’être habillée par Thakoon Panichgul (également présent dans le film, qu’il faut voir, surtout pour Anna Wintour et Grace Coddington – que leur image soit enluminée dans les livres d’heures de la mode !).
Agnès Varda à la Frieze Art Fair. Le mensuel anglais Art Review vend certes du papier facilement en faisant sa couverture sur le Sophie Calle britannique (comprendre : le faire-valoir d’une nation qui peine à exporter ses artistes), à savoir Damien Hirst, il fait aussi un bel article sur Takashi Murakami, exposé jusqu’au 17 janvier à la Tate Modern de Londres, et propose un manifeste sous forme d’encart, signé Agnès Varda (Les plages d’Agnès est sorti le 2 octobre au Royaume-Uni).
Pressentant, peut-être, le foin médiatique qui précède la sortie de la Genèse dessinée par Crumb (vantée lundi matin sur France Inter, mardi soir au Grand Journal – on peut le dire, Crumb devrait bien se vendre en France), Martin Herbert évoque bien le nouveau travail du dessinateur, mais dans le cadre d’une exposition qui lui est consacrée au Hammer Museum de Los Angeles (24 octobre - 7 février). Merci de m’envoyer une photo si vous y allez.
La clairvoyance du Financial Times. En pleine lecture du machiavélisant The Suit, de Nicholas Antongiovanni (la mode pour homme vu d’un œil stratégique), je ne peux m’empêcher de citer un article du Financial times repiqué dans le Courrier international n°985 (« Oh ! là, là ! La France et son art de vivre vus d’ailleurs »), intitulé Le Parisien sans peine (et sans reproche). Les deux journalistes, sans le savoir, donnent plusieurs conseils très justes (que vous n’avez pas besoin de suivre : si vous lisez ce blog, vous êtes déjà quelqu’un de goût) : « Ne vous promenez pas en tenue de sport, avec un tee-shirt arborant un gros logo ou une casquette sur la tête. » Conseils suivis d’une anecdote : « Récemment, nous avons croisé dans le métro un homme à l’air étonnamment français coiffé d’une casquette, mais un examen plus attentif a fini par nous révéler qu’il souffrait de troubles mentaux. » Anecdote précédent la conclusion : « Ne passez pas non plus six heures à vous habiller. Les Parisiens (remplacez ici Parisiens par lecteurs de waltermalldwight.com) cherchent à être impeccables sans en avoir l’air. [ils choisissent] des vêtement appropriés à [leurs] morphologie, âge et style. »
*
| Lire | Ecouter | Voir | |
| Lately | Nouveaux Indiens, Jocelyn Bonnerave | Symphonie n°3, Henryk Gorecki Neptune City, Nicole Atkins | District 9, Neill Blomkamp* Julie & Julia, Nora Ephron |
| Now and then | The suit, N. Antongiovanni |
Antidotes, Foals Break up, S. Johansson & P. Yorn | Mères et Filles, Julie Lopes-Curval The Lineup, Don Siegel** |
| Coming soon! | Dissolution, C.J. Sansom | Bon Iver, The Gossip… J’hésite | Des idées ? |
* Voir post de la semaine dernière.
** Dans le cadre du festival Lumières 2009, Lyon. J’en parlerai la semaine prochaine.
J*
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Commentaires
Hem, très intéressant, oui vraiment et même cela me donne l'envie de te faire une suggestion...pourquoi ne tentes- tu pas une carrière de critique ...d'art, évènementiel, littéraire( non pas littéraire car tu ne lis pas assez de romans), cinématographique, de mode, musical, bref, tu as tous les éléments pour être bon: l'oeil et la plume! avec toi je ne dépense pas d'argent à acheter des revues car en te lisant je suis au courant de l'essentiel. Merci.
Vivement la semaine prochaine pour le festival Lumières.
Ecrit par : mum | samedi, 24 octobre 2009
Tout à fait d'accord avec vous pour la carrière de critique!!
Et je vois que tu cites CJSansom, aurais-tu commencé?
Ecrit par : Christine | samedi, 24 octobre 2009
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