lundi, 26 octobre 2009

Les réponses à dix questions qu’on ne m’a jamais posées

Non, je j’ai jamais été à Disneyland.

Mes sonates préférées de Scarlatti sont les n° 95, 113, 137, 140, 141, 274, 309, 420, 531, 547. Ce fut un travail difficile de sélectionner parmi les 555  existantes. Pendant un an, j’ai régulièrement fait tourner sur mon lecteur mp3 les 34 cd de l’intégrale enregistrée par le merveilleux Scott Ross, pour finalement arriver à cette liste. Mais bon c’était en 2005, faudrait sûrement que je recommence.

La dernière fois que j’ai fait un « oooooh ! » de surprise, c’est quand j’ai inopinément écouté une version de I love Paris par Ella Fitzgerald, et que j’ai trouvé une très nette ressemblance entre l’introduction de cette chanson (la grande envolée de violons) et le thème d’une B.O. de Craig Armstrong, Love actually. Comparez ladite chanson au thème susmentionné (allez directement à 1:00 min. dans la vidéo).

J’aimerais remarquer ici, puisqu’on ne me le demande pas, que Love actually est probablement la meilleure comédie romantique jamais réalisée jusqu’à ce jour. On y trouve un Hugh Grant au sommet de sa forme, plein d’acteurs britanniques qu’on aimerait voir plus, et puis Colin Firth y parle portugais, et Keira Knightley a encore de la viande sur les os.

Les derniers produits culturels que j’ai achetés : ben voilà, on est lundi, et le lundi, une des premières choses que je fais, c’est traîner sur les sites de vente en ligne (amazon étant mon préféré) : j’achète un cd et un dvd chaque lundi matin (l’occasion, ça a du bon). Alors voilà, ce matin, c’est Partie traumatic de Black Kids et Arsenic et vieilles dentelles de Capra. Jamais vu, il est temps. Et puis je vais peut-être bien acheter le dernier Biolay, pour voir - demandez-moi lundi prochain !

En revanche, les livres, la plupart du temps, je les achète neufs, et j’aime bien les feuilleter avant...

Ce dont je vais déjeuner à midi : aucune idée, mais quelque chose de léger. J’ai fait gras ce weekend.

La dernière invitation que j’ai reçue, c’est pour fêter les trois ans de Ninja [art] magazine à la Générale en Manufacture. J’ai moyen envie de courir à Sèvres pour voir trépigner Georgette Kala-Lobé et des gens se faire tatouer, mais j’enverrai un ptit mot de remerciement.

En ce moment, j’écoute France Inter.

Être Français, selon moi, c’est assurément, M. Besson, ne pas s’arroger le droit de réécrire la constitution. Être Français, c’est être habité de certaines qualités (pas forcément toutes, restons humbles) qui ne sont pas fournies en pack avec le privilège de la naissance.

Le dernier vrai objet que j’ai acheté, qui n’est pas un livre, un cd ou un dvd, c’est un beurrier.

Cet après-midi, je vais bosser sur Caravage. Enfin, sur son œuvre, et probablement prendre un café (ou un thé, tiens) avec un nami.

J*

samedi, 17 octobre 2009

Presse-purée (2)

Nouvelle formule, 196 pages. Commençons cette revue de presse par une petite citation qui fera rêver les oisifs brimés et les rentiers en devenir : « Je ne travaille jamais. Je dis ça pour emmerder le monde, mais c’est vrai. Je n’ai jamais travaillé de ma vie. Je travaille, disons, trois ou quatre heures par ans », a déclaré Christian Boltanski au trimestriel Mouvement (n°53, octobre-décembre 2009, p. 121). Le magazine touche-à-tout évoque plaisamment David Sylvian et la lancée qu’il poursuit, après Blemish, dans la-musique-qui-n’en-est-pas-vraiment. Voilà qui renseigne un peu sur le personnage, que j’imaginais plus proche de la trentaine que de la cinquantaine, plus Jay-Jay Johanson que Nick Cave, moins dandy, peut-être, et sûrement un peu plus crasseux. Je vous renvoie à l’écoute préliminaire (avant d’acheter Manafon, son nouvel album) de Dead bees on a cake – tout un programme.

La difficulté d’un trimestriel, c’est de parler de trois mois d’actualité en écrivant encore un mois avant. A part annoncer la fiac, les programmations diverses de disciplines qui le sont autant (la biennale d’art contemporain de Lyon, de la danse en Poitou-Charentes, du fifre dans l’Aveyron – ok, j’exagère, mais on n’en est pas loin), Mouvement peine à voir devant soi. Raison de plus pour mettre l’accent sur des dossiers, au demeurant fort bien constitués : « L’art de transmettre », quoique imprimé sur fond rouge, entre dans le détail ; et l’hommage à Merce Cunningham a permis, avec le recul (puisqu’il a disparu fin juillet), de voir plus loin que l’éloge et, nettement, d’interroger son héritage. A lire donc.

A lire, également, le portrait d’Eliane Radigue, pour tous les férus de références pointues (limites absconses) en matière de musique contemporaine minimaliste.

Mammography update. Vogue (US) titre sur le « triomphe après la tragédie » de Michelle Williams, qui fait donc la couverture, et qui est, rappelons-le, une assez mauvaise actrice (en plus d’être la veuve de notre James Dean générationnel, Heath Ledger – d’où la tragédie susmentionnée). Mais le magazine titre surtout sur ce qu’il n’a pas eu le temps, ou la place, de mettre dans le numéro de septembre : les « touches finales » de l’automne, qu’on se le dise, sont les bottes au-dessus du genou (on dit « cuissardes ») et les ongles longs, limite trop longs, façon Eunice Barber (qui a gagné toutes ses titres en faisant peur aux autres concurrentes ; « si tu me laisses pas passer, j’te griffe ! ») (on peut dire no-fear nails) (oui c’est un peu pénible toutes ces parenthèses).

C’est aussi le mois de la mammographie chez les New-yorkaises, donc le magazine revient dessus en long, en large et en travers (avec notamment un article illustré par Irving Penn, auquel on devrait rendre – j’espère ! et ce serait bien la moindre des choses – un bel hommage dans le numéro de novembre). Même Jessica Simpson s’est résolue à donner des chaussures pour la bonne cause !

En up front, le magazine, sous couvert de critique littéraire, permet à l’auteur Tad Friend de s’étendre péniblement sur sa vie en retrouvant et en interrogeant ses exs. Sauf que voilà, le repentir (même sous forme d’autoanalyse) ne prend pas : blaireau tu es, blaireau tu resteras.

Ah ! le courrier des lecteurs de Vogue fait toujours (un peu) plaisir. On y trouve toujours quelqu’un qui partage sa propre opinion – ou son contraire. Ainsi, après qu’une demoiselle Sandra Cornelius nous dise tout le bien qu’elle pense de Sienna Miller (faire, à son sujet, un copier-coller de mon opinion sur Michelle Williams ; y ajouter : « aussi expressive qu’un veau marin endormi »), une autre Sandra renvoie la première dans ses cordes :

“I was disappointed to see that silly tart Sienna Miller on your cover. She is so tired, and her career has expired. Her useless mea culpas and the insincere banalities used by her actor friends to describe her personality fall flat, no matter how many exclamation points follow them.” (Pas besoin de traduire, hein.)

Là où le magazine est grandiose, c’est que les deux avis sont mis l’un à la suite de l’autre, histoire qu’on se fasse son opinion ; mais surtout, c’est que quelques pages plus loin, on trouve un article relatant la projection de The september issue au Moma – dans lequel, outre Anna Wintour et Grace Coddington (que leurs noms soient psalmodiés dans les limbes !), on voit cette silly tart (traduisez par « tarte folle », juste pour rire) de Sienna Miller dont le seul mérite est d’être habillée par Thakoon Panichgul (également présent dans le film, qu’il faut voir, surtout pour Anna Wintour et Grace Coddington – que leur image soit enluminée dans les livres d’heures de la mode !).

Agnès Varda à la Frieze Art Fair. Le mensuel anglais Art Review vend certes du papier facilement en faisant sa couverture sur le Sophie Calle britannique (comprendre : le faire-valoir d’une nation qui peine à exporter ses artistes), à savoir Damien Hirst, il fait aussi un bel article sur Takashi Murakami, exposé jusqu’au 17 janvier à la Tate Modern de Londres, et propose un manifeste sous forme d’encart, signé Agnès Varda (Les plages d’Agnès est sorti le 2 octobre au Royaume-Uni).

Pressentant, peut-être, le foin médiatique qui précède la sortie de la Genèse dessinée par Crumb (vantée lundi matin sur France Inter, mardi soir au Grand Journal – on peut le dire, Crumb devrait bien se vendre en France), Martin Herbert évoque bien le nouveau travail du dessinateur, mais dans le cadre d’une exposition qui lui est consacrée au Hammer Museum de Los Angeles (24 octobre - 7 février). Merci de m’envoyer une photo si vous y allez.

La clairvoyance du Financial Times. En pleine lecture du machiavélisant The Suit, de Nicholas Antongiovanni (la mode pour homme vu d’un œil stratégique), je ne peux m’empêcher de citer un article du Financial times repiqué dans le Courrier international n°985 (« Oh ! , là ! La France et son art de vivre vus d’ailleurs »), intitulé Le Parisien sans peine (et sans reproche). Les deux journalistes, sans le savoir, donnent plusieurs conseils très justes (que vous n’avez pas besoin de suivre : si vous lisez ce blog, vous êtes déjà quelqu’un de goût) : « Ne vous promenez pas en tenue de sport, avec un tee-shirt arborant un gros logo ou une casquette sur la tête. » Conseils suivis d’une anecdote : « Récemment, nous avons croisé dans le métro un homme à l’air étonnamment français coiffé d’une casquette, mais un examen plus attentif a fini par nous révéler qu’il souffrait de troubles mentaux. » Anecdote précédent la conclusion : « Ne passez pas non plus six heures à vous habiller. Les Parisiens (remplacez ici Parisiens par lecteurs de waltermalldwight.com) cherchent à être impeccables sans en avoir l’air. [ils choisissent] des vêtement appropriés à [leurs] morphologie, âge et style. »

*

Lire

Ecouter

Voir

Lately

Nouveaux Indiens,

Jocelyn Bonnerave

Symphonie n°3,

Henryk Gorecki

Neptune City,

Nicole Atkins

District 9,

Neill Blomkamp*

Julie & Julia,

Nora Ephron

Now and then

The suit,

N. Antongiovanni

 

Antidotes, Foals

Break up,

S. Johansson &

P. Yorn

Mères et Filles,

Julie Lopes-Curval

The Lineup,

Don Siegel**

Coming soon!


Dissolution,

C.J. Sansom

Bon Iver, The Gossip… J’hésite

Des idées ?

* Voir post de la semaine dernière.

** Dans le cadre du festival Lumières 2009, Lyon. J’en parlerai la semaine prochaine.

J*

jeudi, 08 octobre 2009

L'influence de Ned Flanders sur la porcelaine de qualité

 

Lorsque l’un de mes agents m’a informé, de source sûre, qu’un site de production de Villeroy & Boch allait fermer en Belgique – le groupe, sur l’exercice du premier semestre 2009, enregistre une baisse de 19,8% de son chiffre d’affaire – j’ai eu une pensée émue pour cet éminent porcelainier qui, depuis des lustres, nous accompagne de la table aux toilettes – depuis l’assiette à décor Brindille dessiné en 1770 (toujours reproduit maintenant sous le nom de Vieux-Luxembourg) à la découverte du grès sanitaire en 1899.

Je n’ai toutefois avec V&B pas que des souvenirs de bidets et de lavabos classieux. Qu’on se le dise, la porcelaine stylée a été révolutionnée par Ned Flanders, le voisin horripilant des Simpson dans la série éponyme qui fête ses vingt ans.

 

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Ned Flanders tient le Leftorium, le magasin pour gauchers de Springfield. On y trouve donc des tasses pour gauchers, ce qui est bien sûr un gag : une tasse pour gaucher, c’est une tasse pour droitier à laquelle on fait opérer une révolution pour que l’anse se trouve à gauche.

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Sauf que, chez Villeroy & Boch, la désormais très célèbre série NewWave Caffè nous vend des tasses dessinées de telle sorte que seuls, définitivement, les droitiers peuvent utiliser.

 

 

Je crie au scandale. Je m’insurge. Je bois en Gien, Haviland, Habitat – des tasses dont l’anse peut se gauchiser. Et soudain, le miracle.

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La tasse pour gaucher. La même que celle pour droitier ! même design, mais à gauche !

Gloria !

 

 

 

 

*

Quand j’ai descendu Elle au sujet des « dix-sept accessoires de l’automne », que le magazine nous vend le rouge comme « le nouveau noir », je m’attendais (sisi, un peu quoi) à ce quelqu’un me parle du Vogue de septembre, titrant : Red is the color. Ça n’a pas manqué.

 


Qu’on en soit certain : je ne vais pas me battre contre Vogue et sa rédactrice en chef ; d’abord parce qu’ils ont toujours raison, ensuite parce que je ne remettrai pas en question le storytelling de Grace Coddington qui nous propose une Nadia Vodianova en Petit Chaperon Rouge – pour la bonne raison que je parlais d’accessoires, et que le photoshooting dont nous parlons nous vend, manifestement, des vêtements. Au demeurant Vogue nous propose le rouge depuis le numéro de mai, tandis que the september issue – celui dont nous parlons – nous vend du bleu Klein en bottes Versace, en vernis à ongles Chanel, en sacs Ceci, en chaussures Cela, etc.

Pour conclure j’évoquerai le supplément du International Herald Tribune numéro 39360, s’intitulant “True blue: Yves Klein would be proud”. On n’y parle que d’accessoires – pour homme – et il ne s’agit que de bleu. Ceinture Lanvin, cravate Gucci, chaussures Vuitton, gants Ferragamo, … Qu’on se le disequ’Elle se le dise : l’accessoire, cette année, est bleu.

J*

 

jeudi, 01 octobre 2009

A propos de septembre

 

Le mois est passé bien vite, et je n’ai pas eu le temps de vous écrire ; pourtant j’avais à dire à propos de ELLE, Dieu et les cacahuètes, du cinéma, de la chute du mur de Berlin, de mes maximes… Essayons.

 

Alors voilà, nous sommes le 1er octobre. J’en suis encore à prendre les bonnes résolutions qu’on se fixe le 1er janvier, ou après le jour de l’an – mais, manifestement, je ne suis pas fait pour ce genre de discipline, la meilleure restant, en ce qui me concerne, celle qui s’impose d’elle-même, pour mon bien et surtout, pour celui des autres (même qu’elle s’accompagne de comportements parfois extrémistes). On n’a finalement pas tant méjugé de mon comportement en le considérant immuable (« la raison dans la répétition »), et on le juge d’autant moins s’il est prescriptif, mélange de subversion (« pas de nuances,…) et de principes aux origines diverses (…que de la demi-mesure »).

Que diable, que ça ne vous empêche pas d’être autonome. Tenez-vous à ce point à bêler ? Parce que Biba vous dit de vous promener avec le nouveau it bag Vuitton en forme de poche à caca, allez-vous le faire ? Si vous aimez Muse, allez-vous acheter le dernier album contre vents et marées ? (Alors que Pierre Siankowski recommande de chopper la grippe A plutôt que de seulement l’écouter, concluant : « Le tout s'appelle The Resistance, et vient de rentrer premier des ventes en France, avec la même facilité que le maréchal dans un bâtiment de Vichy. ») Si on vous dit que le surimi, c’est maaaaal !, allez-vous arrêter d’en manger ?...

 

Les commandements des prescripteurs n’ont qu’une limite : le libre-arbitre. Contre tout extrémisme, c’est tout ce qui reste ; politique, religion, mode, mode de vie : les limites se fixent d’elles-mêmes du moment qu’on se demande ce qu’on est prêt à endurer (et qu’on envisage d’aller au bout). On avance mieux avec une canne que scié aux genoux. Entre 1. le nutritionniste hystérique d’un magazine féminin qui vous conseille d’abandonner le gras, voire, de prendre un alli en même temps que chaque comprimé de levure de bière ; 2. le cuisinier qui vous conseille de cuire au beurre et à l’huile « parce que c’est meilleur » ; 3. le journaliste scientifique qui, au terme de son dossier sur le jeûne, ne le recommande pas plus de vingt-quatre heures, où vous placez-vous ?...

 

ELLE m’énerve

L’avantage qu’a le magazine ELLE sur moi, c’est qu’il est hebdomadaire et que l’époque où j’écrivais, avec la régularité d’un coucou suisse, un article chaque dimanche, est révolue. Dans mon délire de persécution, ELLE est hebdomadaire pour ne pas me laisser le temps de le critiquer ; à peine ai-je fini de lire le numéro 3324 que le 3325 est déjà sorti. Ahah ! je ne vais pas me laisser faire.

François Nourissier avait déjà compris ce qu’il fallait voir dans ELLE (une ode au « tout nouveau, tout beau, tout ira bien madame, fûtes-vous humiliée au travail par un patron qui en outre vous pelote, ou battue par votre mari au sujet de la cuisson du veau marengo »), puisqu’il écrivait en 1956 : « […] l’Italie à inventé la vespa et le café express. La France a inventé le style Elle. C’est-à-dire un immense "bon magique" tiré à un million d’exemplaires qui permet à la Toulousaine de ressembler enfin à la Lilloise ; à toutes les adultères, à toutes les trompées, à toutes les trompeuses de revêtir enfin l’uniforme rigoureux de la femme souriante. » (Les chiens à fouetter, pp. 117-118.)

Parlons-en, de ce numéro 3324 (semaine du 11 septembre), qui recommande les « accessoires de l’automne ». Je vais vous donner mon avis, clair, précis, injuste. 1. Le léopard : non. Pas d’imprimés animaux, arrêtons-là, s’il vous plaît. Givenchy a fait de léopard rose tout récemment, mais c’est Givenchy. Le faux léopard des 3 Suisses, ça ne prend pas. 2. Les lunettes : bien sûr. Par tous temps, en toutes saisons, des lunettes, darl’. Pas de « pop, flashy, fluo », en revanche : je vote le dégradé ou le fumé sur une monture sobre. A moins bien sûr que vous soyez un(e) adulescent(e) bien décidé(e) à revendiquer la permission de minuit. (Minable.) 3. La semelle crêpe : non, je regrette, la Clarks, c’est fini, on est adulte. (Quoi, Kickers est la meilleure vente de spartoo.com ? Mais je m’en brosse le nombril au pinceau de l’indifférence, voyez-vous !) 4. Les cuissardes : si vous voulez, mais ça n’engage que vous (ou pour être exact, votre libre-arbitre : êtes-vous prête, madame, à ne pas vous asseoir ni faire pipi le temps de les porter ?) 5. Les gants : c’est comme les lunettes. Je chéris les jours anciens où l’on portait des gants en toutes saisons. 6. Le rouge : oh ouais ! On a vu le bleu Klein dans presque tous les défilés, et ELLE nous vend le rouge comme « le nouveau noir ». Newsflash pour tous les magazines féminins : le noir reste le noir. Rien ne s’y substitue. Essayez voir de porter « l’indispensable petite robe noire » en rouge, pour voir. Elle aura l’air beaucoup moins indispensable. 7. Les bottes de pluie : non, ce n’est pas une « tendance classique », c’est juste ridicule ! C’est quand même drôle de vendre les bottes de pluie en 7. et de célébrer le retour des escarpins en 8. ! Et là, je cautionne complètement. 9. Le sac nylon, ça rime avec « non ». Non, vraiment. 10. La grosse bague, soit, mais pas en plastique. 11. Le sac à chaîne, il faut juste assumer, mais sur le principe pourquoi pas. 12. Les mocassins, non, c’est comme les bottes de pluie ou les cuissardes. Il arrive un moment où la femme doit cesser les emprunts à l’homme, surtout lorsqu’ils concerne les tenues de pêches ou le look « vacances au Touquet 1971 ». Pourquoi pas avec les glands dessus, aussi ? Lorsque Coco Chanel empruntait à Boy Capel ses grands gilets en cachemire, c’était un trait de génie. Les mocassins, même avec une boucle dorée ou un détail dit féminin dessus, sont des chaussures pour hommes, à la seule exception Gucci près, punto. 13. Ok pour le ceinturon. 14. Ok pour le sac polochon. (n.b. : non, ce n’est pas « trop, trop chic d’assortir la couleur de ses gants à celle de son sac ». C’est ce qu’on appelle couramment une évidence.) 15. Va pour le cloutage des chaussures et des sacs, mais restons modérés – au demeurant, les clous ne passeront pas deux saisons. 16. Le gros collier d’accord, s’il va avec la grosse bague (cf. 10). 17. On aurait pu agréer l’écharpe imprimée, mais non : les exemples (LiLo, Cotillard, Kylie) sont plus des dont’s que des do’s. 18. Ah ben non, pardon, ça s’arrête à 17.

 

Dieu et les cacahuètes

J’ai fait ce rêve très étrange dans lequel je suis avec quelques amis à la campagne, et nous jouons à un genre de chasse au trésor : il faut retrouver des cacahuètes, qui vont par deux, et à chaque fois qu’on les retrouve, elles disparaissent et changent de place. Il y a aussi un gros van beige Volkswagen qui passe de temps en temps et qui fait des dérapages dans le gazon près de la volière. (Oui, ça se passe chez mes parents.)

Tout ceci étant un message de Dieu pour nous démontrer qu’il n’existe pas. (Le paradoxe était magnifiquement révélé dans mon rêve, mais il ne me reste, au réveil, que la chasse aux cacahuètes.)

 

Le vaisseau rémanent

Vous allez voir que j’emploie exagérément l’adjectif rémanent. Rémanent : se dit d'un phénomène qui subsiste après que sa cause a disparu.

Avec District 9, le réalisateur Neill Blomkamp ne propose pas une métaphore de l’apartheid, mais presque ; il ne fait pas un documentaire, mais pas loin ; il ne voyage pas dans l’espace à la vitesse de la lumière, mais bientôt. Passe-t-il à côté de quelque chose ? Justement pas. En évitant la science-fiction, il fait du documentaire caméra à l’épaule ; en contournant la critique sociale, il fait de la fiction pure ; en prenant pour personnage un antihéros lambda (trop bête pour être attachant), il déplace l’intérêt (et la compassion, fatalement, qu’il appelle) du spectateur vers un autre personnage.

De quoi parle-t-on, au fait ?

Un vaisseau spatial reste, depuis quelques années, coincé au-dessus de Johannesburg. Les Sud-Africains y découvre des aliens morts de faim et malades : ils les font descendre et les soignent, les nourrissent et finalement… Les parquent dans un campement façon Darfour. Ah voilà, on n’évite pas les comparaisons, c’est certain. Quand j’ai vu la première image des « crevettes », je me suis dit : « Reviens, Lovecraft, ils violent Cthulhu ! » Mais en fait non.

Donc, voilà trente ans que les et sont coincés dans le District 9 et forcément, ce qui s’y passe dégénère : drogue, prostitution, contrebandes diverses. De cette fange certains tentent de survivre, mais on ne le sait qu’incidemment, quand le antihéros initial (celui que bon, finalement, on n’aime pas trop) se retrouve coincé psychologiquement : pas moralement, non non. Il ne se pose pas vraiment de questions. La plupart du temps, les choses honteuses dont il prend conscience, c’est par rapport à ce que lui vit. Il est coincé dans une réalité qui n’est pas la sienne, mais ça l’ennuie seulement parce que ce n’est pas la sienne – pas parce qu’elle est atroce, violente, révoltante.

Une ombre plane tout le long du film – la même ombre que celle du vaisseau sur la ville ; vaisseau qu’on voit un peu au début, un peu à la fin, mais finalement pas trop ; il est persistant, il reste là bien tranquille, et on n’en finit pas de se demander : mais quand est-ce qu’il repart ? On regarde le « documentaire » et on ne souhaite qu’une chose : que les aliens reprennent leur vaisseau et s’en aillent, puisqu’ils font du mal aux humains, qui le leur rendent bien. On se sent dans cet état d’esprit bâtard, mélange de victimisation et de peur qui font dire à certains : « Je suis pas raciste, mais… » Et tout est dans ce mais, tout se justifie par les raisons du mais.

Un film à voir, donc, pour réfléchir – mais pas trop, de craindre de trop y voir, et surtout de trop interpréter.

 

Mentor a retrouvé Télémaque

…ou, pour être exact, Lagerfeld s’est levé un minot : deux guest editors, deux couvertures pour le numéro d’octobre de Wallpaper*. Karl donnez-moi-un-verre-d’eau-vide-je-suis-au-régime Lagerfeld (© Daniel Morin pour le nickname) fait des photos de son cover boy Baptiste Giacobini, à Rome. Voilà bien longtemps que les vieilles pierres n’avaient pas accueilli une belle paire de fesses. Passons sur les photos, et parlons du fond, et notamment d’un article de l’astrobiologiste André Brack qui évoque la possibilité de la vie sur Mars (passée peut-être, future éventuellement). L’article ne nous apprend rien de plus que le dernier numéro des Dossiers pour la Science, mais enfin, il nous permet de conclure cet article trop long par une citation :

« Nous savons très bien que demain une autre, une meilleure explication pourrait apparaître et rendre caduque celle que nous mettions en avant aujourd’hui. »

Il en va de la vie sur Mars comme des bottes de pluie.

 

J*

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