mardi, 05 octobre 2010
Rien
Oui bon alors je m’étais dit que j’allais faire un album avec mes photos de Chypre. Ensuite je me suis dit que j’allais largement évoquer mes nouveaux projets professionnels, histoire de vous faire saliver – puisqu’il s’agit de nourriture. Attention, pas de la restauration collective. Du bon. Du beau. Du BG dans l’assiette. Bon comme c’est encore partiellement en gestation, je pensais faire une critique littéraire du style : « pourquoi je ne lis jamais de romans et pourquoi j’ai raison, la preuve :… » Alors la preuve ne suit pas parce que sur les trois romans que j’ai lu en quelques jours au bord de la piscine, chez mes parents, au moins un était bon. (Un roman, pas un parent. Mes parents sont bons. Naturellement. Entre l’inné et l’acquis, je leur dois un gros bout de ce qui constitue mon être fabuleux.) Le bon, selon moi, c’était : Le kabbaliste de Prague, de Marek Halter. J’ai acheté ce livre parce que je connais le bonhomme de nom, que je le trouve plutôt posé et que, n’ayant rien lu de lui, il était temps. Alors voilà, c’est bien. (Bon, somme toute je suis bien en train de faire une critique littéraire.) Halter fait du neuf avec du vieux, ou comment dire : il nous rappelle que la sagesse trouve parfois ses propres limites, que la connaissance engendre la puissance et que cette puissance peut dégénérer. On bidouille pas un Golem sans conséquence, hop, et de la vérité à la mort, il n’y a qu’un pas, ou plus précisément, qu’une lettre. (Cinq, en fait, mais je parlais du mot hébreu. Me saoulez pas, il est six heures du mat’, j’ai le nez pris et mon café est trop fort, il est monté directement au cerveau sans prendre le temps de me réveiller convenablement. Franchement, vous n’imaginez pas sérieusement que je mettrais autant de choses entre parenthèses si j’étais complètement réveillé ? Si ? Bon. En fait vous avez raison.) L’autre livre que j’ai acheté en même temps pour un aussi bon motif que « j’ai jamais rien lu d’Halter », c’est La ville et le tableau de Robert Freeman Wexler, au motif de « je connais pas mais la couverture est jolie » : bon comme quoi l’emballage est souvent trompeur. Par exemple, les produits pâtissiers pros sont emballés façon matériel clinique ou drogues de substitution. « CHOCOLAT NOIR 82% - RESPECTER LA DOSE PRESCRITE ». « COLORANT ALIMENTAIRE TURQUOISE ; NE CONVIENT PAS POUR LES CHEVEUX. » etc. Bref la couverture était belle, mais le propos du livre, prout. C’est bien simple au milieu du truc on dirait que l’auteur s’excuse de nous rabâcher un poncif : « oui l’artiste dénigre la société de consommation dans laquelle, pourtant, il trouve son compte en lui vendant ses œuvres, je demande pardon au lecteur, j’ai rien inventé mais mon éditeur m’a fait une grosse avance pour ce manuscrit, et vous comprenez faut bien nourrir sa famille et le chinchilla de ma petite dernière. » Le côté fantastique s’émousse trop vite malgré deux-trois trouvailles mal exploitées, et la traduction est gnan-gnan. Ça se passe à New York, le monstre, la Ville dans le titre (La ville et le tableau, suivez un peu), le Léviathan immobilier, et pourtant, même pas peur, non, j’ai toujours envie d’y aller. L’évocation du tableau est molle, on n’y croit pas, on dirait le texte d’un audioguide écrit par Stephanie Meyer ou une parodie d’Anne Rice se moquant d’elle-même (ce qu’elle a très bien fait avec son dernier livre, L’heure de l’ange, mauvais, très mauvais !). Bon. Sinon hier soir j’ai fini Quelle famille ! de Tom Sharpe, référencé comme l’auteur anglais qui fait du lol au-dedans par un vieux numéro de Marianne. (Oui, on peut lire Vogue, Marianne et Le monde diplomatique sans avoir mal au cœur.) Bon le début est très drôle parce qu’il y a un vieux monsieur indigne qui parle très mal à ses employés, mais ça s’arrête vite et au moins, dans Tatie Danielle, le scénario tient la route. Voilà. Sinon en ce moment je picore l’Encyclopédie capricieuse du tout et du rien de Charles Dantzig. C’est à dessein que je dis que « picore », je me sens con comme un pigeon devant ce bouquin ; je l’ouvre, le bouquine, le referme, j’y reviens, bon, je ne sais pas encore trop quoi en penser, pour le moment j’aime bien mais c’est un très gros livre et j’ai le temps de changer d’avis. Inversement ça me fait pas ça avec un Chateaubriand. C’est très épais mais je suis toujours certain d’arriver au bout. (Il y a un jeu de mots, attention, cherchez.) Là sinon j’en suis à me demander si je travaille mon mascarpone froid avec un espresso chaud pour faire la seconde couche de mes tartelettes au chocolat, ou si j’utilise les deux à températures. Je me dis que dans vingt ou trente ans, je verrai toujours dans les limbes le visage des gens que j’aime, qui ont disparu, et qui m’engueulent. Mon père sortirait sa grosse moustache d’un ciel coruscant aux nuages d’or et de bronze (un peu comme dans le Roi Lion, mais pas pareil) et sa voix d’éternel dirait : « bah alors t’es con ? Si la recette dit rien, tu travailles tous tes ingrédients à température ambiante. » La semaine prochaine je vous raconte la différence entre la meringue française et la meringue italienne, et non, ce n’est pas de l’architecture. C’est marrant je venais d’écrire archictecture et je voyais pas le C de trop. Sinon j’ai retrouvé cette photo, je suis canon dessus, ok y’a beaucoup de cheveux et de poils, elle est méchamment retouchée et je suis maquillé comme sur la pochette d’un mauvais cd mais bon, chui glamour.

J*
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