mardi, 17 novembre 2009

Cronaca romana – Allitérations en fricatives

« La route est longue, et le ciel est immense », avais-je dit un jour à Michela – ou plutôt, une nuit, alors qu’elle m’appelait pour me demander de lui « dire quelque chose qui me passe par la tête. »

J’ai repensé à cela ce matin alors que je faisais le tri dans les photos que j’ai prises la semaine dernière à Rome. D’ailleurs tenez, je vais les numéroter, comme ça vous saurez de quoi il retourne. Les numéros entre parenthèses renverront donc aux numéros des photos proposées dans l’album photo ci-contre, et comme je suis un être bon, je vais faire ça de façon chronologique. (« Vertige de la liste », dirait Machin.)

La route est longue, donc, la strada è lunga, e il cielo è immenso (1) ; il me semble avoir déjà chroniqué sur le sujet.

Allitération en fricatives, disais-je. Allitération : « Répétition exacte ou approximative d'un ou de plusieurs phonèmes (surtout consonantiques) à l'initiale des syllabes d'un même mot, au commencement ou à l'intérieur de mots voisins dans une même phrase », fricative : « [En parlant d'une consonne] Qui donne une impression de frottement du fait que l'expiration de l'air, dans la production de ce son, se fait à travers le passage resserré du canal vocal. » (Définition du TLF.) Le son « fff », quoi.

FLOU, FEU, FONTAINE, FUMEE… FUCK !

Il pleuvait quand je suis arrivé. Le Pincio en était tout reverdi (2) et les fontaines en dégoulinaient de trop-plein (3), les chevaux marins faisant leur office (4 et 5), et le soleil reparu éclairait ironiquement les flaques qu’elle avait formé autour (6). Dans la cime des arbres il faisait se distinguer un cavalier (7), vert aussi, de bronze cette fois (8) ; et il creusait à ces arbres des ombres dans les rivages de la pelouse (9). Bêtement posé là, un nain de jardin (10) semblait me narguer. J’étais trempé, du moins, des pieds – j’avais acheté un parapluie à un vendeur à la sauvette, de ceux qui adaptent leur offre au climat : parapluie par temps de pluie, lunettes de soleil devinez quand, gadgets lumineux à la nuit et roses aux terrasses des restaurants. La chaleur du soleil faisait s’évaporer, de l’écorce des arbres pris dans ses rayons, l’eau de pluie qui avait détrempé leur écorce (11). En levant le nez j’ai immédiatement pensé à G.B. – « every cloud has a silver lining », derrière chaque nuage, le soleil ; après la pluie, le beau temps, quoi (12).

Dans l’immensité de la cathédrale du Latran – San Giovanni in Laterano – je me suis retrouvé surpris par des détails. Les mosaïques (13) des colonnettes du cloître (14), les ornements de chasubles cardinalices (15), d’autres fragments colorés encore (16) et encore d’autres fils d’or parant de papaux atours (17). Le Saint-Pierre de Bernini (18) garde toujours ses clés (19). Qui croire.

Le soir alors que j’attendais devant Sant’Agnese deux comparses pour aller dîner, un restaurant a pris feu. La foule s’est bêtement amassée devant l’entrée, alors qu’une épaisse fumée noire sortait de l’entrée principale (20).

Et puis dîner.

Le lendemain matin j’ai vu l’armée réviser ses couleurs, trois avions, trois couleurs (21) ; au-dessus des frères Cairoli, si bien que la fumée verte semble envelopper Enrico (ou Giovanni, allez savoir, tiens) (22). J’allais faire une petite visite à Santa Maria del Popolo, mais j’aurais dû prévoir que le tableau que je voulais y voir était à l’exposition conjointement consacrée à son auteur et Bacon – j’y reviendrai dans u moment. D’ailleurs sur la porte de l’église, on nous prévient : « Le Saint Paul de Caravage – La conversion de Saul – est dans l’immédiat exposé à la Galerie Borghese (et il faut payer pour le voir !) » (23). A l’intérieur une sibylle, une angelotte ou qui que ce soit (24) regardait de haut, avec une indulgence teintée d’ennui, une autre dame que le recueillement semblait terrasser (25), prête à laisser s’échapper son âme, distorsion de l’objectif, déjà sortie d’elle (26). Je m’en suis allé, en bonne logique, à la Galerie d’Art moderne de Rome. (Borghese attendra.) Les tortues, comme d’autres chevaux marins avant elles, sont là (27).

L’autoportrait, ou tout l’art du « tu n’avais qu’à le faire toi-même si ça ne te convient pas ». Après les autoportraits dans l’atelier de l’artiste, chez sa Maman, au café, j’ai vu plus grand : l’autoportrait à la galerie d’Art moderne (28), où se tenait une exposition retraçant les grandes expositions mises au point par Palma Bucarelli, conservateur dans les années 50-60. Intelligente et apprêtée (29), mélange de Pierre Restany pour le bouillon et de Grace Kelly pour le physique (à laquelle d’ailleurs la fondation Memmo rend hommage ces jours-ci dans son musée Via del Corso (30)).

Je ne conseillerai jamais assez d’aller dans ce musée. L’entrée est relativement abordable (ah oui, surtout quand on a un certificat de scolarité mentionnant « histoire de l’art ») et il est relativement peu visité (sauf qu’au moment où je m’y trouvais, un car d’Allemands se faisait promener). (Quand c’est deux fois relatif, ça doit s’annuler, comme deux fois plus ou deux fois moins.)

Le Nu assis d’Alberto Vianni (1953-54) n’a pas changé de place (31). Il restait quelques-unes des œuvres au catalogue Il museo come avanguardia, tel le Continuel lumière-mobile de Julio le Parc (1963) présenté devant le Lux de Nicolas Schöffer (1958) (32), dont voici, d’ailleurs, trente secondes de pur plaisir :

 

Un dernier aperçu au Luminoso mobile 135/B de Nino Calos (créé en 1966) (33) et nous revenons à l’exposition permanente ; les Songes de Vittorio Corcos (1896), tableau récemment rendu populaire pour être apparu en couverture d’un livre (34) ; la Résurrection de Bargellini (v. 1911) (35). Vous trouverez aussi les Trois âges de Klimt, le Portrait d’Irene de Cesare Tallone (1897) (36), les Constructeurs d’Arturo Tazzi (bronze de 1907), dans leur effort (37.1), rappellerons le Raising the flag on Iwo Jima de Joe Rosenthal (37.2) et la Nature morte de Francesco Trombadori (v. 1923) (38), la seule connue de Caravage. Dans d’autres salles, on s’appliquait à dessiner in situ des œuvres que rien ne prédisposait à la postérité estudiantine (39, et 40 pour le détail). Avant de partir j’ai repris dans l’œil les couleurs de Tancredi (A propos de Venise, 1958-59) (41), et salué le corps d’un homme, mort peut-être, mais qui en bronze semble dormir (42).

Alors qu’en France on se chamaille sur l’identité nationale, l’azione studentesca fait ses revendications au nom de « l’orgueil italien » (43). Passons. Le soir j’ai retrouvé Nino qui m’a amené voir le nouvel Ara Pacis, sauf qu’il s’agit du musée que je connais depuis trois ans – raté. J’en ai profité pour faire quelques photos du jeune homme, moins adolescent, et surtout plus calme devant l’objectif (44, 45, 46). Incursion Pixar et Ratatouille, nous sommes passé prendre l’apéro chez Gusto.

Encore un matin, et je suis en route, en passant par la via di San Francesco de Paola (47), pour l’église San Pietro in Vincoli, vide à cette heure (48), vide toujours peut-être, du moins de ses fidèles ; à moins que ce soit par souci écologique que l’eau bénite est disposée dans un saladier riquiqui plutôt que dans l’immense bénitier lui-même (49). Les anges qui gardent la crypte (50) ne sont pas précisément intéressés par ce qui s’y trouve : les supposés chaînes de Saint Pierre (51), les vincoli qui donnent le nom à la basilique. (52 : les nuages sont toujours ourlés de soleil.)

Des siècles d’architecture s’empilent à San Clemente, dont le petit cloître (53) et la fontaine (54) nous accueillent modestement. Du classique (Renaissance, quoi) (55), du médiéval : le cul-de-four (non, ce n’est pas un gros mot) révèle des mosaïques (56.1) qui rappellent celles de Santa Maria in Trastevere (56.2) – ou d’ailleurs il y avait une foule furieuse, désireuse de picorer son ostie, au moment où j’y suis passé (57). C’est même plus que médiéval, puisqu’il y reste même une schola cantorum (on ne le voit pas sur mes photos, c’est un genre d’enclos au sol réservé aux moines pendant l’office), transportée de la basilique initiale du VIème siècle à celle, rénovée, du XIIème. Je ne vais pas vous noyer sous les détails, mais c’est un genre de jubé, comme on l’a connu en France (bien qu’au cours du temps, et avec le détachement des communautés monastiques des édifices auxquelles elles étaient attachées, cet élément ait sauté pour faire plus de place aux fidèles). Voilàvoilà.

Bon sinon il y a même un gros morceau de baroque au plafond : caissons dorés, peintures (58), n’en jetez plus. La photo 59, c’est cadeau, j’ai acheté un plan de l’église pour vous faire l’article, mais là, maintenant, j’ai la flemme… C’et une chapelle latérale avec une statue, voilà.

Bon et sinon, sachez que les pigeons sont à Rome ce que les rats sont à Paris : nombreux, répugnants et gourmands. (A ceci près qu’un pigeon, c’est crétin.) Ici, rien ne se perd, pas même le fond de votre assiette de la veille dans laquelle il a aussi plu dans la nuit (60). Le Triton de la fontaine éponyme boit la même eau depuis des années, lui (61). Je rejoignais Luigi en passant par le Colisée ou une statue de Deredia y est songeuse (62), le regard tourné direction via dei Fori imperiali. L’art du remploi : un sarcophage sert ici de fontaine (64). La nuit à Rome, les ruines sont des monuments lovecraftiens qui se taisent sur des gloires passées (65), ici et là, quelques points lumineux d’habitats troglodytes (66) desquels émerge une tour digne de Tolkien, qui semble dévorée par les flammes (67). Ici l’éclairage est orange, et la lune, bien au-dessus, fait pâle figure (69).

En remontant la via, je remonte aussi le temps : dans mon dos le Colisée, devant moi, le Vittoriano, qui n’a plus l’air en travaux mais coincé dans un emballage néoréaliste d’Arman (70). Et marcher, toujours marcher, monter des marches et les redescendre (71), chercher les palais derrières les grilles (72).

Je suis allé voir This is it, et je suis ressorti du cinéma convaincu de deux choses : 1. que M.J. (comme ils disent) était bien un génie ; 2. qu’un génie peut l’être sans forcément savoir s’habiller (et ça, c’est rassurant pour nombre de chercheurs). Franchement. Mettez ce grand échalas, physique de Sigourney Weaver, dans le costume de Klaus Nomi, ajoutez un pantalon orange, et vous y êtes. MJ donne cette impression, un peu comme Karl Lagerfeld, qu’on a amidonné plus que le col de leur chemise. Petite pensée pour Mum et Michael Douglas : la scène d’ouverture ressemble à s’y méprendre à celle de Chorus Line ; des dizaines de danseurs en rangs d’oignons, éliminés peu à peu par un assistant, tandis que le King of pop donne son avis depuis les gradins vides. (One ! Singular sensation, every little step she takesTululululululu… Pardon.)

Des Espagnols me demandent leur chemin, je les induis en erreur et m’enfuis avant qu’ils ne se rendent compte que mes explications les envoient à l’opposé de ce que leur indique leur plan.

Rejoint le vendredi par J.-F sous une pluie fine et déplaisante. Les flaques ont tôt fait de devenir des mares et les caniveaux, des torrents. Cette sensation d’appartenir à Rome, d’être possédé, après l’avoir possédée. Nous avons retrouvé ses nièces, la plus jeune est le prototype de la fillette que je crains : petite, blonde, des yeux clairs, prête à attaquer. Elle a déjà attrapé son oncle (73) dans un tournoiement rose, se fixe brièvement (74), je saintgeorgise et terrasse le dragon (75). 76, image de la mère avec sa plus grande. Le repas est fini, n’en restent que ses reliefs (77 à 80), natures mortes, vestiges. Le lendemain Persée (81), pas bougé de son jardin, pas plus que la colonne de Trajan (c’est bien Trajan, mhm ?) (82).

Nous sommes allé déjeuner à la limonaia de la Villa Torlonia, architecture (83), nature (84), maison de Berlus… Pardon, de Mussolini (85), où un chat à ses habitudes avec une promeneuse (86). Le dragon terrassé se fait malaxer par sa sœur (87). Le soir, en sortant de l’exposition Caravage/Bacon de la galerie Borghese, J.-F fait en photo la synthèse des deux : le clair-obscur calme et posé de Caravage (88), le mouvement inquiet, l’anamorphose presque, de Bacon dans l’instant qui suit (89). Je pose une première fois (90), je suis flou la seconde (91). Un fêtard s’est oublié viale Washington (92).

Je n’ai bientôt plus de batterie sur mon appareil photo ; que faire ? Tout raconter ?

Plus tard Nino nous a rejoint avec son habituel retard (qui consiste à prendre du retard sur le retard déjà prévu). Apéro, dans un endroit où j’ai eu mes habitudes ; endroit plus connu que l’imaginais puisque nous y avons rencontré une photographe française qui travaille à la nouvelle édition d’un guide que j’avais dans mon sac – « édition de 2005 », s’est-elle amusée, « on y trouve surtout des adresses d’antiquaires et de merceries ». Désagréable. Nous avons rejoint Campo de Fiori, et il nous a soudainement semblé à Nino et moi que J.-F parlait comme Mikael. Bond en arrière. Que fait le suisse ami ? Aux dernières nouvelles de la physique nucléaire en Arabie Saoudite.

Nous avons changé d’endroit une bouteille plus tard, direction un autre locale près du forum ; la clientèle est dehors, il n’y a dedans que la place pour quelques tables et le bar. Nino est déjà brillo, mais je l’enjoins à suivre le mouvement. Il siffle une vodka-citron en cinq minutes. Je croise Luigi et Carlo. Nino a retrouvé des camarades, nous présente. J.-F se fait taxer une cigarette par un inconnu. Trois grosses filles gloussent. Marco fait semblant de se fâcher quand je l’appelle Carlo. Nino nous explique que Gian Marco est le fils du ministre de je ne sais plus quoi et que son grand plaisir consiste à faire le tour de Rome dans la voiture officielle de Papa. Nous prenons un taxi et laissons Nino à Termini pour qu’il prenne son notturno. Le chauffeur nous arnaque avec le sourire, je n’ai plus la force de protester.

Dans la nuit qui a suivi, j’ai rêvé que mon oncle me donnait deux tubes d’aspirine immenses. Dans le rêve suivant me rejoint Mme M…, ma prof d’option Histoire de l’art durant ma dernière année de droit (l’Histoire de l’art pour les nuls, mais en plus concis et écrit plus gros). Elle me donne deux heures de colle, pour un motif probablement injuste. Et clairement je me dis « chouette, deux heures d’études, je vais pouvoir faire ceci ou cela, mais non, la vilaine m’a donné, en plus, une dissertation à faire.

Je suis dimanche allé me promener. J’ai attendu que l’office finisse à San Vitale (93) pour faire quelques photos, en attendant j’ai remarqué que les chapiteaux des colonnes sont grignotés par le temps et la pollution (94). L’intérieur (95) a été laissé aux bons soins de quelque fresquiste fou qui a tout recouvert d’épisodes bibliques et de trompe-l’œil (96). Je me promène toujours, une fontaine rabotée propose son ravitaillement directement au tonneau (97). Je vais dans le Trastevere en passant par le pont Garibaldi, je vois au loin une statue de l’hôpital Fatebenefratelli (« faites bien, mes frères ! ») qui semble, d’où je suis, posée sur la canopée des arbres l’entourant.

Je vais déjeuner chez Zi’ Umberto, place Saint Giovanni della Malva. Il y a plus de touriste qu’avant. L’oncle Humbert s’est péniblement mis à l’Anglais, a étiré ses prix mais pas ses portions. Vabbè, la mozzarella de bufala est extrafraîche et les raviolis sont toujours faits maison. Le tiramisù me donne des envies de mariage blanc. Je pense tout à coup à MP qui voulait voir Rome mais qui avait décrété qu’après sont dernier voyage à Biarritz, il n’y en aurait plus.

J’ai envie de rester, ou de partir ailleurs, mais pas de rentrer. Je pense à Hemingway qui écrivait debout, à J~ qui le déteste, je rêve de funérailles grandioses, genre Eva Peron ou Lady Di.

Il était question d’aller voir la vue panoramique depuis le Vittoriano, mais je n’ai plus de batterie sur mon appareil photo, d’ailleurs je n’en ai plus non plus sur mon téléphone, et je crois que

J*

lundi, 26 octobre 2009

Les réponses à dix questions qu’on ne m’a jamais posées

Non, je j’ai jamais été à Disneyland.

Mes sonates préférées de Scarlatti sont les n° 95, 113, 137, 140, 141, 274, 309, 420, 531, 547. Ce fut un travail difficile de sélectionner parmi les 555  existantes. Pendant un an, j’ai régulièrement fait tourner sur mon lecteur mp3 les 34 cd de l’intégrale enregistrée par le merveilleux Scott Ross, pour finalement arriver à cette liste. Mais bon c’était en 2005, faudrait sûrement que je recommence.

La dernière fois que j’ai fait un « oooooh ! » de surprise, c’est quand j’ai inopinément écouté une version de I love Paris par Ella Fitzgerald, et que j’ai trouvé une très nette ressemblance entre l’introduction de cette chanson (la grande envolée de violons) et le thème d’une B.O. de Craig Armstrong, Love actually. Comparez ladite chanson au thème susmentionné (allez directement à 1:00 min. dans la vidéo).

J’aimerais remarquer ici, puisqu’on ne me le demande pas, que Love actually est probablement la meilleure comédie romantique jamais réalisée jusqu’à ce jour. On y trouve un Hugh Grant au sommet de sa forme, plein d’acteurs britanniques qu’on aimerait voir plus, et puis Colin Firth y parle portugais, et Keira Knightley a encore de la viande sur les os.

Les derniers produits culturels que j’ai achetés : ben voilà, on est lundi, et le lundi, une des premières choses que je fais, c’est traîner sur les sites de vente en ligne (amazon étant mon préféré) : j’achète un cd et un dvd chaque lundi matin (l’occasion, ça a du bon). Alors voilà, ce matin, c’est Partie traumatic de Black Kids et Arsenic et vieilles dentelles de Capra. Jamais vu, il est temps. Et puis je vais peut-être bien acheter le dernier Biolay, pour voir - demandez-moi lundi prochain !

En revanche, les livres, la plupart du temps, je les achète neufs, et j’aime bien les feuilleter avant...

Ce dont je vais déjeuner à midi : aucune idée, mais quelque chose de léger. J’ai fait gras ce weekend.

La dernière invitation que j’ai reçue, c’est pour fêter les trois ans de Ninja [art] magazine à la Générale en Manufacture. J’ai moyen envie de courir à Sèvres pour voir trépigner Georgette Kala-Lobé et des gens se faire tatouer, mais j’enverrai un ptit mot de remerciement.

En ce moment, j’écoute France Inter.

Être Français, selon moi, c’est assurément, M. Besson, ne pas s’arroger le droit de réécrire la constitution. Être Français, c’est être habité de certaines qualités (pas forcément toutes, restons humbles) qui ne sont pas fournies en pack avec le privilège de la naissance.

Le dernier vrai objet que j’ai acheté, qui n’est pas un livre, un cd ou un dvd, c’est un beurrier.

Cet après-midi, je vais bosser sur Caravage. Enfin, sur son œuvre, et probablement prendre un café (ou un thé, tiens) avec un nami.

J*

samedi, 17 octobre 2009

Presse-purée (2)

Nouvelle formule, 196 pages. Commençons cette revue de presse par une petite citation qui fera rêver les oisifs brimés et les rentiers en devenir : « Je ne travaille jamais. Je dis ça pour emmerder le monde, mais c’est vrai. Je n’ai jamais travaillé de ma vie. Je travaille, disons, trois ou quatre heures par ans », a déclaré Christian Boltanski au trimestriel Mouvement (n°53, octobre-décembre 2009, p. 121). Le magazine touche-à-tout évoque plaisamment David Sylvian et la lancée qu’il poursuit, après Blemish, dans la-musique-qui-n’en-est-pas-vraiment. Voilà qui renseigne un peu sur le personnage, que j’imaginais plus proche de la trentaine que de la cinquantaine, plus Jay-Jay Johanson que Nick Cave, moins dandy, peut-être, et sûrement un peu plus crasseux. Je vous renvoie à l’écoute préliminaire (avant d’acheter Manafon, son nouvel album) de Dead bees on a cake – tout un programme.

La difficulté d’un trimestriel, c’est de parler de trois mois d’actualité en écrivant encore un mois avant. A part annoncer la fiac, les programmations diverses de disciplines qui le sont autant (la biennale d’art contemporain de Lyon, de la danse en Poitou-Charentes, du fifre dans l’Aveyron – ok, j’exagère, mais on n’en est pas loin), Mouvement peine à voir devant soi. Raison de plus pour mettre l’accent sur des dossiers, au demeurant fort bien constitués : « L’art de transmettre », quoique imprimé sur fond rouge, entre dans le détail ; et l’hommage à Merce Cunningham a permis, avec le recul (puisqu’il a disparu fin juillet), de voir plus loin que l’éloge et, nettement, d’interroger son héritage. A lire donc.

A lire, également, le portrait d’Eliane Radigue, pour tous les férus de références pointues (limites absconses) en matière de musique contemporaine minimaliste.

Mammography update. Vogue (US) titre sur le « triomphe après la tragédie » de Michelle Williams, qui fait donc la couverture, et qui est, rappelons-le, une assez mauvaise actrice (en plus d’être la veuve de notre James Dean générationnel, Heath Ledger – d’où la tragédie susmentionnée). Mais le magazine titre surtout sur ce qu’il n’a pas eu le temps, ou la place, de mettre dans le numéro de septembre : les « touches finales » de l’automne, qu’on se le dise, sont les bottes au-dessus du genou (on dit « cuissardes ») et les ongles longs, limite trop longs, façon Eunice Barber (qui a gagné toutes ses titres en faisant peur aux autres concurrentes ; « si tu me laisses pas passer, j’te griffe ! ») (on peut dire no-fear nails) (oui c’est un peu pénible toutes ces parenthèses).

C’est aussi le mois de la mammographie chez les New-yorkaises, donc le magazine revient dessus en long, en large et en travers (avec notamment un article illustré par Irving Penn, auquel on devrait rendre – j’espère ! et ce serait bien la moindre des choses – un bel hommage dans le numéro de novembre). Même Jessica Simpson s’est résolue à donner des chaussures pour la bonne cause !

En up front, le magazine, sous couvert de critique littéraire, permet à l’auteur Tad Friend de s’étendre péniblement sur sa vie en retrouvant et en interrogeant ses exs. Sauf que voilà, le repentir (même sous forme d’autoanalyse) ne prend pas : blaireau tu es, blaireau tu resteras.

Ah ! le courrier des lecteurs de Vogue fait toujours (un peu) plaisir. On y trouve toujours quelqu’un qui partage sa propre opinion – ou son contraire. Ainsi, après qu’une demoiselle Sandra Cornelius nous dise tout le bien qu’elle pense de Sienna Miller (faire, à son sujet, un copier-coller de mon opinion sur Michelle Williams ; y ajouter : « aussi expressive qu’un veau marin endormi »), une autre Sandra renvoie la première dans ses cordes :

“I was disappointed to see that silly tart Sienna Miller on your cover. She is so tired, and her career has expired. Her useless mea culpas and the insincere banalities used by her actor friends to describe her personality fall flat, no matter how many exclamation points follow them.” (Pas besoin de traduire, hein.)

Là où le magazine est grandiose, c’est que les deux avis sont mis l’un à la suite de l’autre, histoire qu’on se fasse son opinion ; mais surtout, c’est que quelques pages plus loin, on trouve un article relatant la projection de The september issue au Moma – dans lequel, outre Anna Wintour et Grace Coddington (que leurs noms soient psalmodiés dans les limbes !), on voit cette silly tart (traduisez par « tarte folle », juste pour rire) de Sienna Miller dont le seul mérite est d’être habillée par Thakoon Panichgul (également présent dans le film, qu’il faut voir, surtout pour Anna Wintour et Grace Coddington – que leur image soit enluminée dans les livres d’heures de la mode !).

Agnès Varda à la Frieze Art Fair. Le mensuel anglais Art Review vend certes du papier facilement en faisant sa couverture sur le Sophie Calle britannique (comprendre : le faire-valoir d’une nation qui peine à exporter ses artistes), à savoir Damien Hirst, il fait aussi un bel article sur Takashi Murakami, exposé jusqu’au 17 janvier à la Tate Modern de Londres, et propose un manifeste sous forme d’encart, signé Agnès Varda (Les plages d’Agnès est sorti le 2 octobre au Royaume-Uni).

Pressentant, peut-être, le foin médiatique qui précède la sortie de la Genèse dessinée par Crumb (vantée lundi matin sur France Inter, mardi soir au Grand Journal – on peut le dire, Crumb devrait bien se vendre en France), Martin Herbert évoque bien le nouveau travail du dessinateur, mais dans le cadre d’une exposition qui lui est consacrée au Hammer Museum de Los Angeles (24 octobre - 7 février). Merci de m’envoyer une photo si vous y allez.

La clairvoyance du Financial Times. En pleine lecture du machiavélisant The Suit, de Nicholas Antongiovanni (la mode pour homme vu d’un œil stratégique), je ne peux m’empêcher de citer un article du Financial times repiqué dans le Courrier international n°985 (« Oh ! , là ! La France et son art de vivre vus d’ailleurs »), intitulé Le Parisien sans peine (et sans reproche). Les deux journalistes, sans le savoir, donnent plusieurs conseils très justes (que vous n’avez pas besoin de suivre : si vous lisez ce blog, vous êtes déjà quelqu’un de goût) : « Ne vous promenez pas en tenue de sport, avec un tee-shirt arborant un gros logo ou une casquette sur la tête. » Conseils suivis d’une anecdote : « Récemment, nous avons croisé dans le métro un homme à l’air étonnamment français coiffé d’une casquette, mais un examen plus attentif a fini par nous révéler qu’il souffrait de troubles mentaux. » Anecdote précédent la conclusion : « Ne passez pas non plus six heures à vous habiller. Les Parisiens (remplacez ici Parisiens par lecteurs de waltermalldwight.com) cherchent à être impeccables sans en avoir l’air. [ils choisissent] des vêtement appropriés à [leurs] morphologie, âge et style. »

*

Lire

Ecouter

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Lately

Nouveaux Indiens,

Jocelyn Bonnerave

Symphonie n°3,

Henryk Gorecki

Neptune City,

Nicole Atkins

District 9,

Neill Blomkamp*

Julie & Julia,

Nora Ephron

Now and then

The suit,

N. Antongiovanni

 

Antidotes, Foals

Break up,

S. Johansson &

P. Yorn

Mères et Filles,

Julie Lopes-Curval

The Lineup,

Don Siegel**

Coming soon!


Dissolution,

C.J. Sansom

Bon Iver, The Gossip… J’hésite

Des idées ?

* Voir post de la semaine dernière.

** Dans le cadre du festival Lumières 2009, Lyon. J’en parlerai la semaine prochaine.

J*

jeudi, 08 octobre 2009

L'influence de Ned Flanders sur la porcelaine de qualité

 

Lorsque l’un de mes agents m’a informé, de source sûre, qu’un site de production de Villeroy & Boch allait fermer en Belgique – le groupe, sur l’exercice du premier semestre 2009, enregistre une baisse de 19,8% de son chiffre d’affaire – j’ai eu une pensée émue pour cet éminent porcelainier qui, depuis des lustres, nous accompagne de la table aux toilettes – depuis l’assiette à décor Brindille dessiné en 1770 (toujours reproduit maintenant sous le nom de Vieux-Luxembourg) à la découverte du grès sanitaire en 1899.

Je n’ai toutefois avec V&B pas que des souvenirs de bidets et de lavabos classieux. Qu’on se le dise, la porcelaine stylée a été révolutionnée par Ned Flanders, le voisin horripilant des Simpson dans la série éponyme qui fête ses vingt ans.

 

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Ned Flanders tient le Leftorium, le magasin pour gauchers de Springfield. On y trouve donc des tasses pour gauchers, ce qui est bien sûr un gag : une tasse pour gaucher, c’est une tasse pour droitier à laquelle on fait opérer une révolution pour que l’anse se trouve à gauche.

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Sauf que, chez Villeroy & Boch, la désormais très célèbre série NewWave Caffè nous vend des tasses dessinées de telle sorte que seuls, définitivement, les droitiers peuvent utiliser.

 

 

Je crie au scandale. Je m’insurge. Je bois en Gien, Haviland, Habitat – des tasses dont l’anse peut se gauchiser. Et soudain, le miracle.

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La tasse pour gaucher. La même que celle pour droitier ! même design, mais à gauche !

Gloria !

 

 

 

 

*

Quand j’ai descendu Elle au sujet des « dix-sept accessoires de l’automne », que le magazine nous vend le rouge comme « le nouveau noir », je m’attendais (sisi, un peu quoi) à ce quelqu’un me parle du Vogue de septembre, titrant : Red is the color. Ça n’a pas manqué.

 


Qu’on en soit certain : je ne vais pas me battre contre Vogue et sa rédactrice en chef ; d’abord parce qu’ils ont toujours raison, ensuite parce que je ne remettrai pas en question le storytelling de Grace Coddington qui nous propose une Nadia Vodianova en Petit Chaperon Rouge – pour la bonne raison que je parlais d’accessoires, et que le photoshooting dont nous parlons nous vend, manifestement, des vêtements. Au demeurant Vogue nous propose le rouge depuis le numéro de mai, tandis que the september issue – celui dont nous parlons – nous vend du bleu Klein en bottes Versace, en vernis à ongles Chanel, en sacs Ceci, en chaussures Cela, etc.

Pour conclure j’évoquerai le supplément du International Herald Tribune numéro 39360, s’intitulant “True blue: Yves Klein would be proud”. On n’y parle que d’accessoires – pour homme – et il ne s’agit que de bleu. Ceinture Lanvin, cravate Gucci, chaussures Vuitton, gants Ferragamo, … Qu’on se le disequ’Elle se le dise : l’accessoire, cette année, est bleu.

J*