dimanche, 30 mars 2008

Mes intruses du jeudi matin – Si je meurs

 

Je me suis réveillé jeudi matin avec un sentiment de grande tristesse, une tristesse idiote, de l'empathie post-mortem, à base de conditionnels, et de « et si...? », de « peut-être que... ».

Dans la nuit de mercredi à jeudi, j'ai rêvé de Jocelyne. J'ai rêvé de Jocelyne et j'ai pensé à Sophie.

Je vais vous parler de Jocelyne et de Sophie.


Jocelyne était une camarade de classe à l'école primaire, puis au collège. C'était une jolie fille, une brune énergique avec un visage volontaire, quoique toujours empreint de douceur. J'idéalise sûrement, maintenant. Mais dans dans mon souvenir, Jocelyne reste cette fillette de onze ans au caractère un peu emporté mais toujours prête à éclater de rire, cette adolescente de treize-quatorze ans qui se bat avec les garçons, qui a des bonnes notes en arts plastiques et qui se fait coller par le prof de Maths. Jocelyne avait un an de plus que moi et sa soeur, Béatrice, un an de moins. A l'école, au moment où chaque « garçon » devait avoir une amoureuse, je me retrouvais avec Béatrice, parce que les garçons la craignaient un peu. Trop silencieuse, trop mystérieuse, trop d'yeux bleus. (Tout les garçons préféraient Marion, tout le monde aimait Marion, concept pur de cheerleader à la fois blonde, jolie, populaire et bonne élève – si bien que Marion passait sans trop se poser de questions de Rémy à David, de David à Mathias, etc., en ignorant soigneusement Alexis, un camarade grassouillet et timide, et moi, le drôle de garçon qui restait les soirs dans le bureau de la directrice pour faire ses devoirs parce que sa maman ne pouvait pas venir le chercher avant cinq heures.)


J'ai deux souvenirs très distincts de Jocelyne.

Le premier doit dater du CE1 quand elle était au CE2. Nous faisions des projets de groupe, parmi lesquels : construire un château en carton, le peindre, le soumettre à la vindicte populaire. Je me souviens que les boîtes de croquettes pour chat que je rapportais de chez moi étaient très appréciées par mon groupe – invariablement composé d'Alexis, David et autres élèves plutôt impopulaires et/ou rejetés et/ou cancres – pour élever de hautes murailles autour de tourelles en rouleau de papier toilette ou de sopalin. On fit un corps de bâtiment avec une boîte de sucre, dont on ôta le bec verseur en alu. Jocelyne, qui passait par là, désigna le rebus et demanda : « vous ne vous en servez pas ? », et comme la réponse était non, elle récupéra le bec verseur qu'elle replia sur lui-même et dont elle fit un heaume à un petit gardien de son château. Cette ingéniosité nous avait stupéfaits.

Le second souvenir se passe aussi en primaire, mais plus tard. CM1 pour moi, CM2 pour Jocelyne.

Nous devions écrire des lettres à des correspondants étrangers, je crois, ou une classe étrangère, quelque chose comme ça. Je crois me souvenir qu'il y avait un genre de mini-concours pour sélectionner la lettre qui représenterait la classe ou l'école. Les institutrices avaient déjà séparé le grain de l'ivraie pour proposer au vote une dizaine de lettres, parmi lesquelles majoritairement celles d'élèves de CM2, mais aussi celle d'Alexis, celle de Marion bien sûr, et la mienne.

Jocelyne avait écrit une jolie lettre sur qui elle était, comment était sa classe, son village. Elle l'appelait « mon ami de si loin », elle voulait « aller voir son beau pays ». (Je ne me souviens pas de ma lettre.) Tout le monde s'inclina devant son talent, les tournures de ses phrases (que je jugeai pour ma part parfois trop simplistes, d'autres fois trop emphatiques – oui, je me souviens avoir pensé des critiques stylistiques), son ton sincère. La lettre fut choisie, pour d'ailleurs je ne sais quel résultat.


Puis vint le collège. Le temps faisant son oeuvre – une année scolaire suffisant, dans la perception qu'ont les enfants du temps, à effacer bien des traces – Jocelyne se borna à occuper un reflux de ma mémoire, cette mémoire qui, lorsqu'on la convoque, restitue parfaitement des souvenirs qu'on croyait disparus ; et l'année suivante, elle n'était plus que « Jocelyne, qui est en cinquième/en quatrième », selon que je fus moi-même en sixième ou en cinquième (ensuite, j'ai changé de collège).


Des années plus tard, ma soeur me parla de Jocelyne, que c'était terrible, qu'elle faisait « n'importe quoi ». J'avais oublié Jocelyne, de mon école primaire. Par un stupide lapsus mental, je pensais à Jocelyne, la secrétaire de mairie d'un patelin proche, qui était la fille d'un vieil homme chez lequel mon père achetait ses lapins, et dont le fils avait été, lointainement, un camarade, mais c'est vite dit.

(Curieux ouvrage que celui de la mémoire, comme je dis souvent, qui vous fait vous rappeler des génériques télé ou des slogans publicitaires – « Javel dire à tout l'monde ! » – au moment où, en partiel de droit du contentieux administratif, vous tueriez un proche pour qu'on vous souffle le nom d'un célèbre arrêt du Tribunal des Conflits (Société commerciale de l'Ouest africain, 22 janvier 1921) qui est indispensable à votre raisonnement.)


« Jocelyne est morte », me dit-elle.

« Qu'est-ce que tu veux que ça me foute ? », ai-je répondu à ma soeur, parce que d'une part ce que me dit ma soeur par nature ne m'intéresse pas, et d'autre part, parce qu'elle me disait que cette brave femme, que j'avais dû voir trois fois dans ma courte vie en allant à la mairie, était morte.

Jocelyne s'est faite embobinée par un drôle de type. Jocelyne s'est droguée. Jocelyne a fait une overdose.


Jocelyne ? Quoi, l'autre Jocelyne ?!...


J'ai rêvé de Jocelyne, je n'ai pas compris pourquoi ; par quel glissement de conscience ce souvenir lointain a oeuvré dans mon inconscient, proposant, à la machine qui rêve, de disserter par long filaments oniriques sur le visage doux, tout à la fois austère et souriant, de Jocelyne, en classe, en CM2.


Me réveillant là-dessus, j'ai aussitôt pensé à Sophie.

Sophie était une autre camarade de classe, que j'ai rencontrée en quatrième, au collège. C'était une jolie adolescente, avec une peau hâlée de quarteronne, un sourire franc et impeccablement blanc, des ongles manucurés et une sérieuse propension à rigoler à n'importe quel moment, pour n'importe quel sujet. Sophie était une bonne élève, elle fut probablement déléguée, d'ailleurs ; et sa jovialité la rendait populaire au sein de la classe, comparativement à une autre élève, Christine, meilleure élève encore qui, après un certain temps d'observation/inquiétude réciproques, devint ma meilleure amie.

Sophie fréquentait une fille qui tentait, comme un papillon de nuit pris dans un prisme de lumière, de s'en approcher le plus possible sans s'y brûler. Stéphanie était l'avocat, l'infirmière, la secrétaire de Sophie, et toujours un barrage entre elle et le reste du monde. Comme si pour atteindre Sophie, il fallait implicitement toujours passer les épreuves de Stéphanie.

Sophie avait eu cette incroyable faculté, je m'en souviens, de réussir à faire rire notre professeur de physique-chimie, la rigide, inflexible Mme E.

Les classes composées selon les options, en l'occurrence, pour la 4ème A, latin et Allemand, il était normal que les élèves de 4ème A se retrouvent ensemble en 3ème A. La classe se reforma avec ses mêmes groupes de camarades et une nouvelle venue, Alexia. J'avais pour ma part, à ce moment de ma scolarité, des rapports convenables avec la plupart des gens. C'est du moins l'impression que j'ai maintenant – je tirais une vague gloriole d'être le premier à parler au nom des autres pour n'importe quel motif, de même qu'un insolent pitre notoire.

Un matin, peu de temps après la rentrée, la mère de Sophie me trouva devant le collège pour me demander si je pouvais, les matins, aider Sophie à porter son cartable jusqu'en classe (le collège était en haut d'une pente, et c'était un bâtiment tortueux fait d'escalier et couloirs). Sophie était fatiguée, m'expliqua-t-elle. Pour ma part j'étais satisfait (et surpris) qu'on me prenne assez au sérieux pour qu'on puisse me demander de soulager une camarade malade.

Car Sophie était malade. Leucémie.

Quelques temps plus tard, aux premiers jours de Novembre, Mme E. (la même que susmentionné), qui était responsable du cycle 4ème/3ème, convoqua ma mère et lui conseilla vivement à de me changer d'établissement.

Je partis, donc, laissant Christine doublement furieuse : contre les profs et le collège qui m'avaient dirigé vers la sortie, et contre moi parce qu'elle savait bien qu'une large partie de ce renvoi m'était imputable.

Le temps passa, avec lui la scolarité dans mon troisième et dernier collège, duquel on demanda poliment à ma mère de me retirer pour trouver un lycée plus capable de me supporter.


Christine, qui m'avait toujours soutenu dans l'adversité, m'apprit quelques temps plus tard, alors que je demandais des nouvelles de mes camarades, qu'après s'être battue, défendue, toujours en tâchant de positiver, Sophie était morte.


Dix ans après, je rêve de Jocelyne et je pense à Sophie.

Que seraient-elles devenues ? Qui seraient-elles, où seraient-elles ?...

Jocelyne aurait fait les Beaux-Arts, à l'étranger probablement. A Bruxelles, tiens. Elle serait devenue une artiste de renom... Ou pas. Elle aurait connu un succès populaire, ou un succès d'estime, ou pas de succès du tout. Elle aurait rencontré un galeriste amical qui, au bout de quelques temps, lui aurait offert des fleurs, puis l'aurait invitée à dîner. Elle se serait enfuie par peur de s'enfermer dans un schéma social qu'elle craignait, puis elle serait revenue, se serait laissée épouser, aurait fait à cet homme charmant qui vendait quelques-unes de ses toiles trois beaux enfants, Samuel, Raphaël et Nathaniel.

Sophie serait devenue journaliste d'investigation, ou avocate d'affaires. Elle vivrait dans un appartement coquet à Paris ou Londres, elle se mettrait en ménage avec un homme d'affaires de la City qui lui proposerait de mettre leur PEL en commun, puis de se marier. Elle accepterait, mais une fois qu'elle serait passée associée dans son cabinet, ou rédacteur en chef dans son journal... Et non sans avoir eu auparavant une aventure avec une très belle fille du Nord qui lui aurait fait tourner la tête. Elle accoucherait d'une petite fille qu'ils appelleraient Matilda, parce que c'était le prénom de la grand-mère de Thomas, son jeune époux, mais aussi celui du personnage préféré de Sophie dans le roman d'enfance éponyme de Roald Dahl.


Dix ans après ?

Hier, je recevrai un mail de Sophie, qui veut revoir les gens de sa scolarité pour lesquels elle avait eu de l'estime. Christine vient de m'appeler, nous partirons ensemble à Londres pour le mariage. Stéphanie sera là.

Demain j'ai croisé Béatrice en allant chercher le pain. Elle m'a dit que Jocelyne avait eu une proposition d'exposition à Berne. J'irai la voir probablement.


Dix ans après, je me demande avec amertume où j'en serai si, comme Jocelyne, j'avais fait les mauvais choix de mauvaises personnes ; ou si comme Sophie j'avais dû subir une maladie, et la laisser m'emporter. Parfois ces questions resurgissent, aux mauvais moments (mais d'ailleurs, quels sont les bons ?), et traînent avec eux des hypothèses terribles, seulement solvables dans le temps, avec le doute qu'elles réapparaissent à tout instant ; méthodiques dans le hasard, absolutistes dans la destruction, comme devant répondre aux certitudes que l'on a mûri à leur propos.


Il ya ce poème de Rupert Brooke, The Soldier, qui commence ainsi :


“If I should die, think only this of me:...”


Et moi, si je meurs, que resteras-t-il de moi ? Les livres et le piano du fils, les cartes postales du neveu, les diplômes de l'étudiant, les baisers du petit ami, les rires des amis ?... Si je meurs, qui rêvera de moi en se disant que je suis un intrus du sommeil des vivants ?...


J*


dimanche, 23 mars 2008

Et Matisse inventa le smiley

Ces derniers temps furent chargés. Non, chers lecteurs, je n'essaie pas de dédouaner de cette nouvelle irrégularité bloguesque, mais, réellement, il me fut compliqué de me « poser » ne serait-ce qu'une heure pour écrire autre chose que mon mémoire. Qui avance, oui, merci.


Commençons par quelques événements culturels. Je suis allé voir l'expo que consacre le Musée de Grenoble à son extraordinaire collection de dessin. On tombe sans tarder sur un très grand tableau de Matisse, que j'ai appelé le smiley.

610767178.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une grand visage sur fond jaune, qui vous regarde avec l'air de se foutre de votre gueule, comme si vous aviez fermé un peu trop vite une fenêtre de conversation msn au moment où votre contact vous raconte la fin d'une blague très amusante, ou une anecdote charmante sur ce qui s'est passé la nuit d'avant (et si possible avec qui).


Je poursuis par une devinette, qui m'a été suggérée par le film Bienvenue chez les ch'tits, que j'ai vu juste avant Les femmes de l'ombre. Deux films heureusement fort différents, car malgré certains maladresses de Salomé (qui ne reproduit pas le navrant Belphégor, même en faisant encore tourner Sophie Marceau), j'ai trouvé que c'était un assez bon film.

Une devinette donc : voici deux photos.

2064480426.jpg 1492965100.jpg

 

 

 

Nous avons d'un côté une poutre, de l'autre, l'actrice Zoé Félix. Laquelle de ces deux photos représente une mauvaise actrice ?


Voilà qui vous donne une idée de mon opinion sur le film.



Lundi j'étais à Paris pour rencontrer M. Fernandez, écrivain charmant qui m'attendait chez lui avec du gâteau aux pommes. Vous comprenez bien que je ne suis pas allé le voir pour manger de la pâtisserie, mais pour parler d'une « autobiographie imaginaire » (sic) qu'il a faite de Caravage il y a quelques années. Quel homme charmant. Et quelle énorme... Bibliothèque !

J'en ai profité pour ensuite aller faire un tour au Louvre, refaire ma carte Multipass, donner un oeil à la Mort de la Vierge qui n'est pas, dans mon oeil, si mal conservé que ça... Mais passons.


Rentré fort tard, j'ai consacré mon mardi à parcourir les nouveaux livres trouvés dans la librairie du Louvre, décidément trop bien fournie pour mes maigres moyens. C'est mardi, d'ailleurs, que j'ai obtenu un autre rendez-vous, avec un autre auteur qui a cette fois écrit une biographie archidocumentée sur le Lombard.


Oh, mercredi ? Après avoir évoqué Mathew Barney lors d'un cours d'Anglais avec Jonathan, ce charmant Jonathan ajouterais-je, qui fait son mémoire sur le Cremaster Cycle, j'avais rendez-vous à Oullins pour voir, au théâtre de la Renaissance, Les Enfant terribles, opéra de Philip Glass adapté du livre de Jean Cocteau. Et c'était bien. Mise en scène, chanteurs, pianistes (car oui, point d'orchestre, mais trois pianos, et sur scène je vous prie), tout.


J'avais jeudi un concert à Clermont, pour voir Moriarty ; mais un violent mal de crâne m'a littéralement couché.


Vendredi retour au domaine familial, samedi exposition Gaultier/Chopinot au Centre National du Costume de Scène à Moulins. Le soir cinéma, Angles d'attaque, bon film, bons acteurs, mais un « ta-gueule » n'aurait pas été de trop pour calmer certaine jeune fille décidée à ne communiquer que par un gloussement strident dont on n'aurait su dire s'il s'agissait d'un rire ou d'un cri de secours.



Dimanche repas de Pâques, et depuis 16h., digestion.



Et je dors quand, moi ?


J*


jeudi, 06 mars 2008

Déviation

Cette semaine j'ai publié quelques mots ici.

 

J*

samedi, 23 février 2008

La Peur

Excusez la référence, mais elle se prête assez bien à mon propos.

Il y a, dans la saison 3 de Buffy, un passage où le méchant, l’affreux maire de Sunnydale, fait cette déclaration dans la bibliothèque du lycée (c’est fou comme notre mémoire peut, parfois, mieux retenir un dialogue de série qu’une jurisprudence du Conseil d’Etat – bref) :

« Je suis la Peur. » Le doubleur, je m’en souviens, appuie plus sur le "suis" que sur le terme "peur", comme pour signifier toute la profondeur de cette personnification, qui d’ailleurs est peut-être une vague allégorie, ou plutôt, une prosopopée, tiens. (Jaime vous faire réviser vos figures de style. Merci de corriger si ce n’est pas une de ces trois-là.)

Mais bref, double bref.

 

Samedi matin Elle était là, Elle m’attendait à la gare. La Peur. Une bête inquiétude m’avait saisi, celle qui naît chez l’enfant qui se demande, sur la plage, si la vague qui vient de détruire son pâté de sable va bien refluer, pour qu’il puisse envisager une nouvelle construction.

L’indécise angoisse d’un admissible à un concours qui attend, pour être tout à fait reçu, de passer devant un jury pour passer un oral que, pourtant, il maîtrisera de bout en bout.

La Peur ! Qui mord au moment où l’ont s’imagine avoir encore du répit, mais que L’on sent s’approcher, tapie, coite, qui surgit au seul moment où notre esprit La convoque. La Peur, avec un grand P et un gros cul, m’attendait samedi à la gare, faisant trembler, dans des soubresauts maladroits, les formes arrondies du corps dans lequel Elle s’est incarnée pour l’occasion (paraît-il qu’Elle est au régime).

            La Peur est là, Elle me regarde ; et au moment où Elle ouvre la bouche pour hurler, à l’intention de toutes les personnes présentes sur le parking, « Ah ! Voilà mon frère », Elle cesse d’être la Peur, Elle n’est plus que mon insupportable casse-couilles de sœur.

La Peur s’approche, me dit qu’Elle ne m’a pas reconnu, que je ressemble à une fille avec mes cheveux longs (et ma barbe de trois jours¸ comme releva ma grand-mère un moment plus où la Peur renouvelait ce commentaire en me gratifiant, dans un éclat de rire macabre, d’un « hein, Jeannette ! » hystérique) ; Elle me fait deux grosses bises qui sonnent comme le glas de mon weekend. La Peur est là jusqu’à lundi, et Elle est accompagnée de son futur mari, le Poli et Prudent Parcimonieux (3P). Poli jusqu’à l’excès, Parcimonieux dans ses réactions, ses paroles et la puissance de la voix qui les prononce. Prudent, car chacune de ses tentatives de socialisation est commentée, analysée, glosée par la Peur qui procède de la même façon avec ses silences, lorsque le 3P se tient tranquille et ne demande rien à personne, surtout pas à sa future épouse qui s’enquiert, sur le ton neutre d’une petite fille qui interroge innocemment une peluche qu’elle s’apprête à dépecer (parce qu’elle veut devenir vétérinaire) :

« Qu’est-ce qu’il y a ? » ou « Ca va pas ? » ou encore « à quoi tu penses ? »

 

La Peur lit dans le Poli et Prudent Parcimonieux comme dans un livre ouvert, mais tenu à l’envers à écrit en braille. Le 3P ne relèvera pas les erreurs, les incompréhensions, les certitudes erronées. Clairement, il a les foies que la Peur lui tombe sur le râble et lui susurre, dans un souffle méphitique et sur un ton sucré comme un piège à abeille, un « hein, mon chéri ? » que, terrassé, il n’aura plus la force de contredire.

 

Heaven, quel weekend. Je n'en dirais pas davantage !

 

J*