jeudi, 06 mars 2008

Déviation

Cette semaine j'ai publié quelques mots ici.

 

J*

samedi, 23 février 2008

La Peur

Excusez la référence, mais elle se prête assez bien à mon propos.

Il y a, dans la saison 3 de Buffy, un passage où le méchant, l’affreux maire de Sunnydale, fait cette déclaration dans la bibliothèque du lycée (c’est fou comme notre mémoire peut, parfois, mieux retenir un dialogue de série qu’une jurisprudence du Conseil d’Etat – bref) :

« Je suis la Peur. » Le doubleur, je m’en souviens, appuie plus sur le "suis" que sur le terme "peur", comme pour signifier toute la profondeur de cette personnification, qui d’ailleurs est peut-être une vague allégorie, ou plutôt, une prosopopée, tiens. (Jaime vous faire réviser vos figures de style. Merci de corriger si ce n’est pas une de ces trois-là.)

Mais bref, double bref.

 

Samedi matin Elle était là, Elle m’attendait à la gare. La Peur. Une bête inquiétude m’avait saisi, celle qui naît chez l’enfant qui se demande, sur la plage, si la vague qui vient de détruire son pâté de sable va bien refluer, pour qu’il puisse envisager une nouvelle construction.

L’indécise angoisse d’un admissible à un concours qui attend, pour être tout à fait reçu, de passer devant un jury pour passer un oral que, pourtant, il maîtrisera de bout en bout.

La Peur ! Qui mord au moment où l’ont s’imagine avoir encore du répit, mais que L’on sent s’approcher, tapie, coite, qui surgit au seul moment où notre esprit La convoque. La Peur, avec un grand P et un gros cul, m’attendait samedi à la gare, faisant trembler, dans des soubresauts maladroits, les formes arrondies du corps dans lequel Elle s’est incarnée pour l’occasion (paraît-il qu’Elle est au régime).

            La Peur est là, Elle me regarde ; et au moment où Elle ouvre la bouche pour hurler, à l’intention de toutes les personnes présentes sur le parking, « Ah ! Voilà mon frère », Elle cesse d’être la Peur, Elle n’est plus que mon insupportable casse-couilles de sœur.

La Peur s’approche, me dit qu’Elle ne m’a pas reconnu, que je ressemble à une fille avec mes cheveux longs (et ma barbe de trois jours¸ comme releva ma grand-mère un moment plus où la Peur renouvelait ce commentaire en me gratifiant, dans un éclat de rire macabre, d’un « hein, Jeannette ! » hystérique) ; Elle me fait deux grosses bises qui sonnent comme le glas de mon weekend. La Peur est là jusqu’à lundi, et Elle est accompagnée de son futur mari, le Poli et Prudent Parcimonieux (3P). Poli jusqu’à l’excès, Parcimonieux dans ses réactions, ses paroles et la puissance de la voix qui les prononce. Prudent, car chacune de ses tentatives de socialisation est commentée, analysée, glosée par la Peur qui procède de la même façon avec ses silences, lorsque le 3P se tient tranquille et ne demande rien à personne, surtout pas à sa future épouse qui s’enquiert, sur le ton neutre d’une petite fille qui interroge innocemment une peluche qu’elle s’apprête à dépecer (parce qu’elle veut devenir vétérinaire) :

« Qu’est-ce qu’il y a ? » ou « Ca va pas ? » ou encore « à quoi tu penses ? »

 

La Peur lit dans le Poli et Prudent Parcimonieux comme dans un livre ouvert, mais tenu à l’envers à écrit en braille. Le 3P ne relèvera pas les erreurs, les incompréhensions, les certitudes erronées. Clairement, il a les foies que la Peur lui tombe sur le râble et lui susurre, dans un souffle méphitique et sur un ton sucré comme un piège à abeille, un « hein, mon chéri ? » que, terrassé, il n’aura plus la force de contredire.

 

Heaven, quel weekend. Je n'en dirais pas davantage !

 

J*

dimanche, 10 février 2008

Des nouvelles d'en bas

J’ai un peu hésité avant de t’écrire, parce que ça ressemble trop à une petite commémoration, un acte unilatéral un peu égoïste : vouloir se souvenir, devoir se rappeler. Mais, après tant de cartes postales que je ne t’ai pas envoyées, j’ai l’impression que c’est le moment – même si quelque part c’est idiot d’écrire à une morte, car on écrit jamais que pour soi dans ces cas-là ; pour mal satisfaire le vide qu’elle a laissé.

Oui, je parle de toi, je te parle à toi, malgré tout ce que je viens d’écrire qui devrait me faire poser le stylo (car j’écris à la page 844 du tome V de mes carnets, ceux qui t’inquiétaient ; si tu veux je peux feuilleter lentement tous les autres, que tu les lises avec tes yeux cosmiques ; car certainement tu ne dis plus « merde, qu’est-ce que je j’ai fait de mes lunettes ?... »).

 

Alors, reprenons où tu t’es arrêtée. Que te manque-t-il, qu’as-tu raté ?... J’ai fini mon droit – tu serais fière. Je suis à Lyon maintenant, j’étudie l’histoire de l’art. Marie va se marier avec un garçon qui a l’air gentil, pour ne pas dire inoffensif. Nicolas va bien, on a repris contact il y a peu. Il vivote de projets et d’expositions qu’il fait en Suisse et – hasard – à Lyon.

Domi et Lili vont bien, Eric me donne aussi cette impression, malgré ses affaires qui le transportent un peu partout et qui, peut-être, ne lui donnent pas vraiment le temps de se demander s’il va bien. Maman a pleuré, et Gilles aussi ; et beaucoup.

Ta voiture – ton tank, pardon, ton abominable tape-cul – ne roulera plus, pour des raisons que nous n’éluciderons pas ici, car ce n’est pas le propos.

 

2008 semble se présenter plus favorablement,  après des fêtes de fin d’année maussades. Tu manquais. Tu n’as pas réclamé du champagne ou du vin – « oui mais j’en bois qu’ici » – tu n’as juste picoré tes plats pour te jeter sur le fromage – « oui mais y’a qu’ici qu’il est bon ». Tu ne m’as pas demandé de t’emmener à Lyon pour « voir comment je suis installé », tu ne t’es pas gentiment moqué de Paulette en remarquant son « sacré coup de fourchette ».

Tu ne m’as pas demandé de rester quelques jours avec toi quand je t’aurais ramené.

Tu ne m’appelles plus pour me demander quand est-ce que je viens, pour me dire que tu as encadré ma dernière carte – ces cartes que je ne t’envoie plus.

 

 

C’est fini, mais ça continue, car tu me regardes chaque jour par les yeux de la grande photo que j’avais faite de toi devant le vitrail à la Bretêche. Je me demande, avant de faire certaines choses, comment toi tu les ferais. Je me dis que tu apprécierais sûrement que je te joue cette partition de Philip Glass que j’ai enfin fini de déchiffrer, même si tu aurais dit : « c’est joli, c’est Chopin ? »

Je pense que tu aimerais bien Julien même si tu le trouverais trop maigre ; tu demanderais des nouvelles de Marion et si « elle est toujours aussi mignonne » ; de Christine et si « elle est toujours aussi sérieuse ».

 

Je suis venu, hier, mais tu n’étais pas là. Je t’ai laissé des primevères.

Attends-moi samedi prochain, je viens te chercher chez la coiffeuse. Tu lui feras un gros chèque en rigolant, en disant que tu vas manger des nouilles jusqu’à la fin du mois ; et puis on ira au restaurant, on picolera du Lacrima Christi, on partagera des profiteroles et tu me raconteras pour la millième fois que « ton grand-père, s’il avait pu, ne se serait nourri que d’huîtres et de profiteroles… Avec beaucoup de whisky. »

On fera un tour de ville, on rentrera chez toi, dans ta maison surchauffée. On regardera la télé pendant que je lirai « mon Mickey » et que tu broderas.

 

Je ferai des croque-monsieur que tu goûteras à peine en disant que tu n’en as jamais mangé d’aussi bons, tu iras te coucher parce que tu es « lessivée » d’avoir repassé cinq chemises de « ton cher oncle ». Tu m’appelleras au milieu de la nuit parce que tu es tombée de ton lit. Dimanche matin on ira nettoyer la tombe de Papi, tu iras inspecter celles d’anciennes voisines et allant à la gare, tu me demanderas « Oh, tu es obligé de partir aujourd’hui ? »

Tu me manques tellement.

 

J*

lundi, 04 février 2008

Interlude nocturne

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