lundi, 29 janvier 2007
Le Coup de Grace… Kelly
J’ai commencé la semaine avec la perspective de mettre en vente des yeux sur Ebay. Pas les miens, attention – non, ils me font encore de l’usage. Les yeux d’une de mes profs, supposée nous enseigner, pour le second semestre, un cours de contentieux du patrimoine architectural.
Lundi, 8h.30.
« Prenez une feuille. Vous avez vingt minutes pour me dire ce que vous savez des risques industriels et technologiques. »
Je dois vous préciser quelque chose. La prof que je m’apprête à fustiger, qui nous a enseigné (et je ne manquerai pas de vous faire noter toute l’ironie dans l’emploi de ce verbe enseigner) le droit de l’urbanisme au premier semestre, n’est ni plus ni moins que la co-directrice de mon master, ce qui semble lui conférer un certain nombre d’avantages :
- venir en cours sans cours,
- venir en cours sans même faire cours,
- à la faveur d’une hypothétique méthode de travail, faire travailler ses étudiants sur des dossiers dans lesquels elle est employée comme conseil auprès de certaines collectivités,
- faire embaucher son conjoint, apologiste narquois d’un capitalisme erratique, pour quatre heures de séminaire sans aucun rapport avec nos enseignements,
- se permettre des commentaires chafouins appuyés du célèbre sourire qu’emploie tout supérieur hiérarchique ou fondé en pouvoir (celui qui fait « je vous en mets plein la tête, mais c’est pour votre bien, car vous savez que je veux que votre bien, n’est-ce pas que vous le savez ? »),
- s’habiller mal, ce qui certes est une attaque fallacieuse, mais personnelle, et après tout je suis sur mon blog alors je dis bien ce que je veux.
Je n’avais évidemment rien à dire sur les risques industriels et technologiques, et nous étions beaucoup dans ce cas-là, puisque a priori nous venons en cours pour se faire enseigner ce genre de choses. Je rappelle la méthode à Mme E., pardon, mademoiselle E. : d’abord, on fournit un enseignement et après on envisage une interro surprise, façon collège.
J’ai parlé de la révolution industrielle, de la pollution, de droit de l’environnement, des sites classés dangereux ou très dangereux en Europe (et merci Science et Vie).
Les vingt minutes passées, elle a demandé :
« Au fait, je n’ai toujours rien reçu pour le séminaire sur les risques naturels. »
Car oui, elle veut organiser un séminaire sur les risques naturels mais nous laisse le soin d’écrire une maquette, prévoir les intervenants, les achalander, etc.
Qu’elle veuille faire connaître son – notre – master à des acteurs locaux, soit. Mais par la voie d’une inintéressante question d’urbanisme, je dis crotte, et d’autant crotte qu’en tant que président de l’association du master, je fais le relais entre elle et le reste de la classe, composée pour moitié de personnes que je n’aime pas, ou qui ne m’aiment pas, ou les deux.
Et, donc, « Au fait », dit-elle, « je n’ai toujours rien reçu pour le séminaire sur les risques naturels. »
La plaquette – problématique, sujet, plan, etc – était prête depuis une semaine mais manquaient, dans la liste des intervenants envisagés, quelques points de détail dont devait se charger je ne sais plus qui. Quoique formidable, je ne peux pas penser à tout, et une semaine est passée sans que je rappelle aux personnes concernées de me fournir lesdits détails.
« Toujours rien reçu… »
(Un peu comme notre emploi du temps du second semestre, annoncé pour mi-novembre, qu’elle a mis deux mois de plus à nous faire parvenir.)
Elle a tourné ses deux gros yeux vers moi, ce qui a exigé d’elle un notable effort en raison d’un léger strabisme. Et avec ces deux gros yeux, une demi-douzaine d’autres perfides et malveillants (cf. « les personnes que je n’aime pas, ou qui ne m’aiment pas, ou les deux » mentionnées plus haut) m’ont aussi scruté, à la recherche d’une rubiconde marque de honte, ou pire, d’une trace de brillance sur la zone T.
Rosi par l’outrage (malgré mon teint magnifiquement unifié), je suis parti à l’intercours.
« Ben, tu t’en vas ?
-Si la prof demande après moi, dis-lui que je suis parti lui envoyer les documents par mail, et que je suis passé à la fac d’archi pour savoir en quoi consiste un cours de contentieux du patrimoine architectural », avant de lui enfoncer les pouces dans les orbites pour l’énucléer, faire gicler ses deux globes scrutateurs comme deux gros panaris plein de pus et sectionner les nerfs optiques avec les canines, aurais-je dû ajouter.
On m’a rapporté qu’elle a considéré cette petite goujaterie agacée comme un accès puéril et indélicat, ce qui pour une fois se rapproche de la vérité.
Mais bref.
Février approche et, entre le 4 et le 6, c’est-à-dire le 5, sort l'album de Mika, chanteur trépidant et bouclé que des importuns analysent comme la monstrueuse progéniture née de l’union de Freddie Mercury (auquel il fait d’ailleurs référence dans sa chanson Grace Kelly) et du chanteur des Scissor Sisters, Jason Sellards (aka Jason Shears, dont d’aucuns ont pu apprécier le postérieur et la réputation dans le n°9 de Butt du printemps 2004). Un phénomène de foire, donc.
Au-delà du simple côté youplà-pouêt de ses chansons – Relax, qui sert de générique au Grand Journal de Canal + depuis trois semaines, Billy Brown, Lollipop, Grace Kelly – il faudra sûrement revenir plus en détail sur ses textes.
Que dire donc de ce Billy Brown, version sucrée de l’Alexis de Marguerite Yourcenar ? Des décennies ont passé mais certains sujets restent d’actualité, comme celui de X. qui épouse Y. mais qui désire Z., Z. qui est XY – et c’est bien ça le problème puisque X. est aussi XY mais que Z., elle, est XX…
Petite digression hétérochromosomique, passons.
Avec un peu d’imagination, du même genre que celle des critiques littéraires ou musicaux qui font des carrières un jour, qu’ils défont – cyclothymie de Pénélope – le lendemain, on pourrait écrire une vie de Mika, une vie courte et tragique, ou lente et cruelle, un destin sournois qui consisterait à enregistrer des chansons sautillantes tout en en désirant ardemment se faire écraser la tronche par le piano sur lequel il n’arriverait jamais, en raison d’un optimisme effronté, à composer plus d’une dizaine de mesures en mineur.
On l’imaginerait, avec un grand regard perdu qui donne l’impression de chercher l’escalier de secours ou la départementale qui sort de Vierzon, en train d’errer dans le fond d’un bar à putes crasseux – avec l’air un peu absent de Romy Schneider dans Le mouton enragé, lorsqu’elle décide de changer de vie, qu’elle veut divorcer de son mari, vivre avec son amant ; et puis qui ne veut plus divorcer et que finalement, son marie tue.
Mais c’est un destin que je ne souhaite pas à Mika. Quelqu’un qui a une si magnifique implantation de dents ne peut pas faire la double erreur d’être dans un bar à putes à Vierzon.
*Christine Angot, citoyenne d’honneur de Vierzon ?...*
Ensuite mercredi, concert de Joseph D’Anvers suivi d’Elista. Je trouvais l’album dudit Joseph un peu « mou du cul », pour reprendre l'expression de J², mais le gars plutôt efficace sur scène (alors que J² avait préféré l’album). Elista, c’était juste mauvais.
Jeudi soir, c’était Kafka, du post-rock sans chant et surtout, sans rapport avec Franz. C’était assez réussi, malgré le tapage fait autour de Nosfell, venu vagir quelques voyelles sur un titre ; et j’ai trouvé les titres, au final, assez interchangeables – cela tient au fait que je connaissais peu avant d’aller au concert.
Puis, la semaine a fini et avec elle, le Festival du Court Métrage a commencé. Le Festival INTERNATIONAL (si) permet à la ville (si) de Clermont Ferrand d’avoir l’impression d’être une grande ville ou du moins, une ville connue. A n’en pas douter par la soudaine invasion de Japonaises qui font « hihihi » et de Britanniques qui se moquent de notre pauvre tram qui, suite à des températures proches de -15°, n’a pas pu monter le viaduc, le pari est à moitié gagné.
Parlons de la sélection.
J’ai fait hier deux séances : le Super-héros 2 et le Clip 2, spéciale Canada.
Les sélections Super-héros sont introduites par un sketch de Les Nuls sur La vie quotidienne des super-héros. A noter dans la sélection 2, Angry Kid, gamin qui se prend pour un héros qui tente de combattre le méchant Cul-Pourri, aidé en cela de sa sœur Lady Angelbutts qui manie la tronçonneuse comme personne ; ou encore, un court-métrage coréen qui nous montre un Superman au bord de la dépression et qui, d’ailleurs, se fait virer de son boulot à la fin.
Conclusion sur un épisode de la misérable vie de banlieusards dont l’existence est bouleversée par la résurgence d’El Vibro, alias Vibroboy, qui détruit tout sur son passage. (« Des scènes peuvent choquer la sensibilité de certains spectateurs », dixit le programme. On a bien compris pourquoi.)
Sur la session Clips spéciale Canada, en revanche, il n’y avait pas d’avertissement. Trois clips du groupe des Trois Accords, c’est beaucoup pour une seule personne. Quelques découvertes, des choses plaisantes, d’autres moins, etc.
Puis petit goûter de pancakes avec J~, J², Bruno et Minimounette, descendue de Paris quelques jours et repartie aujourd’hui.
Mon dimanche s’est terminé en écrivant cet article, l’esprit un peu embrumé par la BO de The Fountain, originalement composée par Clint Mansell, et par des velléités d’écritures tragiques et ampoulées.
Et puis non, parce que j’avais de la vaisselle à faire.
J*
11:55 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Mika, Nosfell, Elista, Joseph d’Anvers, court métrage Clermont, Yourcenar, Alexis










