jeudi, 24 mai 2007
Le huitième jour...,
…Dieu créa Paris Hilton, pour rire.
| J |
e n’aime pas voyager en seconde.
N’y voyez pas de snobisme, une marque de dédain ou l’habitude d’un privilège, ou les trois à la fois : je n’aime pas voyager en seconde parce que rien ne me convient. Dans le TGV qui me ramena d’Angoulême dimanche, les fauteuils étaient aubergine et le ciel, gris et maussade. Alors oui, Mum s’apprête sûrement à commenter en disant : « Si tu avais pris tes billets de retour en même temps que ceux de l’aller, tu n’aurais pas eu de mauvaise surprise », comme celle de samedi soir, devant un automate qui, quoique efficace, était fort peu compatissant : trains complets, réservations closes, etc. Pas de première classe, sur aucun des trains par Paris. Seconde remarque qui pourrait poindre aux oreilles d’un lecteur avisé : pourquoi passer par Paris pour rentrer à Clermont ? Quelle curieuse épingle à cheveux, cet angle aigu nordiste. Mais voilà : à temps égal, je préfère coupler le confort de deux trains (TGV+Téoz) que l’inconfort de trois autres qui font des tours et détours par Saint Pierre des Corps, puis Nevers (et encore, on trouve parfois jusqu’à trois correspondances).
Et donc, forcé de prendre une place en seconde, bouhouhou, j’ai voyagé deux heures quarante dans une fauteuil aubergine, largement le temps d’écouter l’Athalia de Haendel dont j’ai remarqué que les premières mesures de l’acte III n’étaient pas sans rappeler certaines mesures, d’un certain génie du froid, d’un certain Roi Arthur, d’un certain Purcell. Les grands initiés (oui, comme ceux de Schuré, mais pas pareil) apprécieront.
Tout ce serait très bien passé si, dans je ne sais plus quelle gare, un couple avec enfant ne s’était pas installé derrière moi. J’ai à peine eu le temps de me demander ce qu’une jolie jeune fille faisait avec un homme aussi terne, aux limites de la laideur (cette laideur pernicieuse, qui émane d’un être plus de son attitude, son air, que de son physique lui-même) que déjà, le fruit de leur improbable union poussait – et pour un fruit, ce n’est pas si rare, appréciez et notez la métaphore filée – sur le haut de celui des deux sièges que je n’occupais pas (malgré, diront certains déplaisants, les largesses de mon séant), tel un douloureux furoncle poussé, la nuit venu, sur une blanche fesse.
Je vivais donc un drame personnel : soit le gniard continuait de vagir dans les bras de sa jolie maman (parce qu’il était terrorisé par la vue de Papa), soit il restait dans les hauteurs, à la fois amusé par le spectacle de la voiture et calmé par l’aura de mon être irradiant de beige (car oui, je portais une veste beige ; mais croyez bien que si j’avais su que je devais m’accommoder d’un environnement aubergine pendant deux heures quarante, j’aurais envisagé une autre couleur).
Alors oui, cette petite pustule a passé une bonne heure à me regarder.
Au fait, je ne vous ai pas dit ce que je suis allé faire à Angoulême. En réalité, rien. Mais comme là où je suis en stage, on faisait le pont, j’ai profité du long week-end pour rendre visite à Didier, que je n’avais pas vu depuis de longs mois. La bande dessinée dont il signe les dessins est sortie tout récemment, achetez-la au moins pour cette raison ! Et moi qui suis dans les bonnes grâces dudit dessinateur, je peux vous dire que le scénario s’améliore largement au deuxième volume… Qui n’est pas commencé. Ah, oui, il faut être patient, une BD, ça ne se fait pas au même rythme qu’un Harry Potter.
Mais bref, j’ai profité de mon passage pour prendre des photos de la cathédrale Saint Pierre, de la ville, de Rémi, son chat à demi hystérique qui, s’il le pouvait, boirait du café (avec un acharnement certain il tente dès qu’il peut de lécher la grille du percolateur ou, mieux, de boire directement dans les tasses)… Un passage au Centre de la bande dessinée m’a permis de renouveler mon stock, eet notamment de La chute de la Maison Usher, que je vous recommande, juste après Nil, bien sûr.
…il y a d’ailleurs dans la Chute ce passage qui m’a marqué, celui ou Poe parle d’« une irradiation incessante de ténèbres ». Faut-il y trouver une correspondance symbolique avec la pragmatique et dévastatrice aspiration des trous noirs ?... Et puis il y a eu avant-hier soir, où oui, tiens, le champ gravitationnel de mon esprit serrait ma conscience comme un étau. Nous sommes allés au restaurant deux fois, d’ailleurs c’est à ce moment que je me suis dit qu’il serait de bon ton que je fasse des chroniques culinaires lors de mes déplacements (allez ici / ne mangez surtout pas là). Pour aider les gens à bien manger. Et puis on a bu, parce que bon, il y avait des tas de choses à fêter, même des peu importantes. Fêtons, tant que notre le foie le permet, n’est-ce pas ? Tout pour finalement s’abandonner mollement devant quelques épisodes de Heroes, et en se demandant quels pouvoirs on préfèrerait avoir.
Remonter le cours du temps
Courber l’espace-temps
Figer la gravité
Voler…
Voilà un bon moment que je n’ai pas écrit un alexandrin. Ou que je n’ai pas versifié convenablement, disons. J’ai des morceaux de phrases qui me viennent en tête, mais y’a pas de quoi faire un sonnet. Il y a certains moments où je présume qu’on ne peut pas tout avoir, et que la solitude est une condition primordiale à l’exécution, dans l’innée, de certaines autres choses ; comme si, en ne laissant du temps qu’à soi, on laisse son être se répandre dans toutes les parties des choses qu’on souhaitait aborder jusqu’alors, mais qu’on n’avait pas pris le temps de seulement imaginer.
La solitude, donc, est une condition du temps, de la conscience pour soi. Attention, ne croyez pas que je verse dans un répugnant existentialisme, je déteste toujours Sartre, qui a pillé Hegel, et d’autres.
Je parle de « pour soi » dans un sens purement égoïste, matérialiste. Je crois au final que je n’ai jamais été autre chose. C’est aussi une résultante de la solitude : la conviction naît de la réflexion, tandis que dans la foule, la certitude naît de la supposition.
Lorsque mon directeur me reçoit un matin en disant :
« J’ai peu de temps et je vous préviens, je suis de mauvaise humeur. »
Et que finalement, il m’a accordé tout le temps nécessaire et est resté d’une humeur égale, je ne suis pas certain que mon travail l’ait satisfait, ou que ma conscience se manifestait au point d’égaler la sienne, pour qu’elles s’équilibrent. Et pourtant, hop.
Hier après-midi il y a eu une alerte au feu. Tout les gens de Clermont Communauté sont descendus de l’immeuble, mais comme c’est un gros gros gros immeuble, sont également descendus les gens du Trésor public, de la Trésorerie municipale de Clermont, de la DDASS, de la DRASS, de l’ANPE. J’ai trouvé ça cynique de voir le Directeur général des services de Clermont communauté à côté des demandeurs d’emplois à l’air désoeuvré, ou satisfait de faire une pause au milieu d’une énième formation pour leur apprendre à rédiger un CV ou une lettre de motivation.
En remontant, par hasard, dans le « bon » ascenseur, j’ai appris que l’alarme avait été déclenché dans le parking du sous-sol par quelqu’un qui avait appuyé sur le machin rouge en pensant que c’était l’interrupteur de la lumière.
J’ai une persistance de moi aux limites du palpable. Je m’épuise
J*
10:15 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Garguilo, Didier, Angoulême, Rémi, Heroes, Usher, Guillaume










