lundi, 18 juin 2007
Errements et giboulées
La semaine dernière a commencé avec un grand et beau soleil et paf, le temps d'arriver à la banque, il a fait moche pourri.
Définitivement, mon boulot ne m'amuse pas - vous me direz, et vous aurez raison, que je ne suis pas là pour faire pouêtpouêt camion ou danser la carmagnole sur les bureaux (j'imagine la scène devant mes collègues, médusés de voir l'auxiliaire de vacances d'habitude si calme entonner le révolutionnaire « Dansons la carmagnole, Vive le son vive le son !, Dansons la carmagnole, Vive le son du canon ! » en sautillant entre les ordinateurs, les pièces comptables, les RIB et les billets à ordre).
Pas très rigolo non plus, le même jour, la sortie du rapport du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute). Nous pouvons y apprendre (voir le résumé) qu'à présent, les analystes emploient de plus en plus le champ lexical du "risque", aux dépens de celui de la "menace". Même avec une langue aussi pauvre que l'Américain (l'Anglais pour les nuls, quoi) on arrive à faire des euphémismes. On apprend, je cite dans l'ordre, que « la Russie a utilisé sa puissance énergétique pour raviver la fierté nationale, restaurer son influence [dans les ex-DP, "near abroard", préfèrent dire les auteurs Pal Dunay et Zdzislaw Lochowski ...et plus loin, probablement] et accroître son pouvoir géopolitique. » On y fait des annexes détaillées au mieux sur la « violence collective au-delà de l'habituelle définition du conflit armé » ; on apprend également qu'en 2006 ont été mis a disposition des missions de paix plus de personnels civil et militaire que jamais ; « sans compter la Force multinationale en Irak, 167600 personnes ont été réparties sur 59 opérations, soit une augmentation de 28% par rapport à 2005 ». A propos de l'Irak, certains sont plus autocritiques que d'autres, puisque le Parlement néerlandais demande une enquête sur les allégations d'usage de la torture par la Dutch military intelligence and Security Service. Kamila Proninska, plus loin et sur un autre sujet, évoque ces pays qui "ont adopté une approche nationaliste de la "energy security", même prêts pour cela à utiliser la force militaire ou économique pour protéger leurs intérêts [dans ce domaine]". A part ça, les dépenses militaires mondiales atteignent en 2006 1204 milliards de dollars, soit une augmentation de 3.5% par rapport à l'année dernière - et 48% rien que pour les Etats-Unis. D'ailleurs, aux Etats-Unis, 40 entreprises génèrent 63% des ventes d'armes en 2005, pour la modique somme de 290 milliards de dollars.
Je continue ?
Les plus gros importateurs d'armes du monde sont la Chine et l'Inde ; et tandis que les médias s'intéressaient aux ventes d'armes de la Russie vers l'Iran, on oubliait un peu que les ventes des Etats-Unis et de l'Europe vers Israël, l'Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis étaient "significativement" (sic) supérieures.
Evidemment, la résolution 1540 du Conseil de sécurité pose dans cette mesure quelques problèmes, majoritairement légaux ("[...] how can Resolution 1540 be implemented effectively ?", s'interroge benoîtement Christer Ahlström).
Sous couvert du TNP, cinq pays sont toujours détenteurs de 26000 ogives nucléaires, et tous sauf le Royaume-Uni (donc La Chine, la France, la Russie et les Etats-Unis) programment la modernisation de leur arme atomique.
Sinon, le soir, j'ai dîné avec Laurence, Guillaume et Julien (mais si, J²) ; comme ça, hop, ce n'était pas prévu. Laurence trouve au moins un avantage à être enceinte, celui d'avoir des seins énormes, ce qui manifestement en affole plus d'un. Ca fait tellement drôle de ne plus la voir boire ou encore, de la voir se restreindre à une ou deux cigarettes dans la soirée !... Du coup, les autres convives (dont moi) se sont répartis le vin et l'alcool qu'elle n'a pas consommés.
Est venu le moment de se coucher, un peu amoindri peut-être, l'esprit flottant sur la crête du réel, troublé par le temps, par l'existant, et par la fuite des choses crues immuables.
Mardi, outre une journée évidemment affolante dans la sixième banque mondiale d'après le classement de Forbes, j'ai assisté au vernissage de la nouvelle exposition du musée Quilliot, Années 50, l'alternative figurative, qui se propose d'être un complément à la donation Combe (quatre cent dix oeuvres, des années 20 à 70, léguées par Simone et Maurice Combe, amateurs éclairés d'art moderne).
Exposition assez intéressante, quoique évidemment troublée par la présence de notre édile et de deux adjoints, et par une somme importante de personnes venues plutôt pour tâter du buffet que voir les Buffet (j'hésitais sur la façon d'amener le jeu de mots). J'ai fait un tour avec J~, puis un autre tour en compagnie d'un monsieur que je ne connaissais pas, rencontré là, et qui (le champagne aidant) éprouvait manifestement un certain intérêt à m'entendre émettre des analogies absconses entre Juan Gris et les affichistes, Fernand Léger et Michel de Gallard, Claude Schürr et Kandinsky.
Et puis le buffet était vide, nos verres – J~ était avec moi – aussi. Les gens se déplaçaient vers la sortie quand une voix a dit : « Le deuxième buffet est ouvert ».
Nous avons donc fait demi-tour et rejoint Amandine et Gwen, particulièrement investies pour l'exposition, et avons fait la connaissance de l'infographiste qui a assisté le scénographe et le commissaire. Nous avons continué sur la voie de la célébration alcoolisée et nous sommes découverts plein d'amis.
Quelque peu guilleret, j'ai ensuite rejoint Guillaume et Laurence pour derechef dîner avec eux ; après quoi j'ai re-retrouvé J~, Amandine et l'infographiste susmentionné pour finir la soirée comme il se doit, c'est à dire tard, et éméché. En rentrant de chez Amandine, j'ai perdu J~... Mais que j'ai retrouvée le lendemain, et avec laquelle j'ai passé la soirée du mercredi, en mangeant des tartines devant Le Nom de la Rose.
En me levant Jeudi j'ai eu envie soudain
de rimer en sonnet et d'éviter la prose ;
Déprimé et sonné par le lourd ciel morose
Je rêve à vendredi, j'attends le lendemain.
Le vendredi, c'est chouette, parce que le vendredi annonce le week-end. La journée a mal commencé, cependant, quand une collègue m'a demandé : « t'as des amis qui passent le bac en ce moment, toi ?... » Alors la réponse est oui, j'ai des fréquentations qui sont en plein dedans, mais comme je buttais sur le terme "amis", j'ai marqué une hésitation qui fut fatale, juste assez du moins pour m'entendre dire : « ah ben non, non, t'as passé la génération, t'as pas d'amis de cet âge, chui bête. »
Mais quelle classe ! C'est la même qui prodigue des conseils du genre : « Faut être aimable avec les clients. Même – et surtout – si c'est pour les enfler. »
Je suis jeune et sémillant. Je viens à peine de passer le bac. Ne vous fiez pas aux poils !
Enfin bref.
Le soir, dîner et Little Miss Sunshine avec J~, puis dodo, car réveil à 5h.30 le lendemain matin. Direction Paris, Beaubourg, Annette Messager.
Voilà une artiste qui m'a donné le sentiment récurrent qu'elle se paie la tête des visiteurs. Quelques bonnes surprises néanmoins, mais au final, cette question : en réalisant des oeuvres d'art sur des épisodes de sa vie, et en la démontrant ainsi lors d’expositions et en la consignant dans des catalogues, que lui reste-t-il à vivre ?...
J'ai dîné cubain avec Jtf, en promenade également dans notre capitale. Deux mojitos chacun auront fini de nous égayer et de nous faire émettre des hypothèses sur ce qui se tramait dans les "haies de buis" (prononcer " 'hey de beuhi") – mais s'agit-il vraiment de buis, au fait ? – des Tuileries, direction le Louvre (ou nous sommes allé faire un tour, par principe).
Nous avons vu des amis à Jtf, puis parcouru quelques boutiques à la recherche de LE cadeau de fête des pères. Puis, épuisé par la marche, les mojitos et le poids du catalogue doré sur tranche d'Annette Messager (A. avait raison, pas pratique, ce catalogue ; je croyais qu'il disait ça juste parce qu'il détesté ladite artiste – et sur ses raisons, « Je crois que je suis misogyne », m'avait-il déclaré), je suis rentré chez moi. Mes parents m'attendaient, restaurant, discussions variées, puis retour maison. Shaun of the Dead avec Mum, qui a déclaré quelque chose comme « ça va, c'est pas vraiment un film d'horreur » quelques minutes avant qu'un des personnages se fasse tout à fait littéralement étriper, éviscérer par une armée de zombies.
Fin d'un épisode Law & Order, puis Dexter, puis dodo, comme d'hab.
Dimanche bureau de vote, Reine-Mère qui se plaint, opération de la hanche en approche, crumble aux framboises au dessert.
Retour Clermont le soir, pas de tsunami bleu, tout juste une vaguelette. Et dodo, presque rassuré, lumière éteinte à 23h.23, musique douce.
J*
10:15 | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Annette Messager, pompidou, beaubourg, quilliot, buffet, fernand léger, shaun of the dead
mardi, 26 décembre 2006
Présent proche
21 décembre 2006, 14h.15
Paris, musée d’Orsay
Je suis au restaurant du musée d’Orsay. Au deuxième étage. Pas aux cinquième et sixième étages, suffocants, étroits, où l’on ne fait que de la restauration rapide et, pour cette raison, où l’on me jetterait probablement un regard torve parce que j’ai sorti un stylo et mon carnet noir avec la nette intention de prendre mon temps. Au deuxième, on sert meilleur – pas forcément plus gentiment – et la clientèle, si elle n’a pas de conversation plus intéressante qu’en haut, du moins la tient-elle à mi-voix.
A quelques exceptions, la plupart des gens sont élégants. Un homme m’a jeté un regard peu aimable quand je suis entré dans la grrrrande salle et que mes chaussures oranges et magnifiques ont grincé sur le parquet. Un épileptique a manifesté son inquiétude lorsque, dans son regard, se sont mêlées les bandes vert fluo de mon pull aux jaunes et oranges du t-shirt que je portais dessous – bon, ok, pour l’épileptique, j’invente.
Orsay me rend la plupart du temps un peu mélancolique, un peu amer mais en même temps, tout à fait serein. Il n’y a sûrement pas d’explication nette à ce sujet, pas de vraie raison sur cet état un peu lointain. Je crois que je ne pourrais pas être autrement que seul à Orsay, car se mêlent à l’instant présent les « autres fois », et peut-être que seule une nouvelle exposition dans le musée ou une nouvelle carte au restaurant peuvent me permettre de distinguer l’instant qui est de celui qui fut, ou qui aurait encore pu être.
J’ai vu Denis – Maurice Denis. Belle exposition qui m’a renvoyé, un moment hébété, dans les décors cotonneux de Vuillard, des années plus tôt, au Grand Palais. (Les lecteurs des Fragments auront peut-être une idée plus précise de l’idée que j’évoque plus avant.)
J’ai aussi pu admirer la donation Rispal, collectionneur de nos belles terres d’Auvergne monté à la capitale y travailler, et qui s’enticha d’objets, meubles…, de style Art nouveau. En la matière je ne connaissais que Van de Velde, Guimard, et quelques autres ; le fonds Rispal m’a davantage éclairé, même si on pourrait moyennement apprécier que l’héritière Rispal profite du don énorme de la collection de son père pour s’octroyer deux vitrines et y exposer des œuvres à elle, d’un intérêt somme toute très relatif.
18h.30, Beaubourg.
Je viens de finir l’expo Hergé, qui a commencé hier. C’était plutôt amusant, bon enfant. Anecdote moyennement intéressante : en sortant d’Orsay, j’étais bêtement en train trait de feuilleter Toute l’Histoire qui a fait un dossier sur la chute des civilisations – thème déjà abordé avec Jared Diamond dans un Monde 2 de l’été dernier, autant dire que je lisais de loin – et puis sans raison, j’ai regardé autour de moi. Et là, qui vois-je, plongée dans ses pensées ? La déplaisante Christine, l’insupportable Angot, l’exécrable Christine Angot. Elle était en train de prendre des notes, probablement pour le prochain opus dont elle gratifiera prochainement l’humanité pour justifier de sa misérable existence.
J’ai hésite entre :
- lui mettre le nez dans sa boisson en lui hurlant farouchement des insanités,
- psalmodier des litanies à la mémoire des arbres abattus pour publier ses insanités,
- lui demander très fort : « Et finalement, pourquoi le Brésil ? » en me mettant nu et courir en criant des insanités,
- la laisser tranquille parce qu’après tout, l’impéritie littéraire ne mérite pas qu’on s’acharne ainsi sur quelqu’un ; mais ne pas hésiter à lancer une petite insanité avant de partir.
J’ai eu A. au téléphone qui me rejoindra tout à l’heure. Demain, Rembrandt au Louvre si tout va bien. Si je me lève trop tard, et comme A. habite dans le IXème, il me reste le musée Moreau.
22 décembre 2006, 22h.25
Dans le train qui me ramène de Lyon.
Implacable cohue : le train qui me ramène vers mes vertes pâtures est absolument surchargé. Tant et si bien que le rouleur – le conducteur – a demandé d’évacuer les voyages pour Roanne et Tarare vers une autre ligne pour faire moins de poids.
…car oui, au final, j’ai fait un crochet par Lyon pour dîner avec R. A Bellecour, je suis resté un moment pensif devant la grande roue qui, plus que celle installée à Clermont pour les fêtes (cf. les articles de J~ du 1 et et 6 décembre), me rappela la même, au même endroit, trois ans plus tôt.
Puis R. est arrivé.
« Dans mon souvenir, la roue était plus petite et l’hôtel d’à côté, plus grand. »
Il n’a rien dit – R. ne dit rien. Il a le silence expectatif.
Nous sommes allés boire un chocolat. Le serveur a arrondi l’œil quand je lui ai demandé s’il était à l’eau ou au lait – le chocolat, pas le serveur lui-même.
« Pour être honnête, on le fait avec de l’eau. Mais on met une pointe de lait à la fin. »
N’ayons pas peur des métaphores. Question souple : combien d’entre nous rajoutent une « pointe de lait » à leur personnalité pour donner l’impression que leur être tout entier est lacté ?
Et quel est ce lait ?
Nous avons dîné ailleurs et évoqué le passé simple, le présent continu et le futur proche, qui aurait failli être antérieur (cf. un certain 28 avril), puis je suis venu m’entasser dans ce train. Chez moi m’attendent Em, Marion (aka Minimounette) et Julien ainsi que la vaisselle de mercredi soir… Car oui, mercredi soir, réception éloquente : comme quelques-uns de mes invités n’étaient pas disponibles le jeudi – ce qui était également mon cas – j’ai transformé je jeudi mondain en mercredi milanais, c’est-à-dire, selon le sens romain, un apéro dinatoire qui permettait, à une époque lointaine, de picoler en évitant les frais de dîner mais en grignotant malgré tout. Tout ceci fut rapidement détourné en quelque chose d’un peu plus classieux, comme vous vous le rappelez sûrement dans un certain nombres de mes chroniques romaines.
Bref, on était une bonne douzaine, on a picolé, on a rigolé, on a mangé, encore. Les gens sont partis, du moins je présume puisque à partir d’un certain moment de la soirée, je n’étais plus sûr de rien, sinon que Viognier + Carignan + Muscat + plein d’autres substances alcoolisées, = un J* passablement éméché qui fait « gnéhéhéhéhéhé » quand on lui dit prout.
24 décembre 2006, 8h.14
Dans le train qui m’emmène à Moulins.
Je me suis réveillé en sursaut ce matin, quelques minutes avant que mon réveil ne sonne à 6h.22. Je me suis couché très tard hier. J~ et Em sont venus pour qu’on se fasse un pitit Noël entre nous, des cadeaux et de la nourriture, plein de nourriture. Le réveillon approche à grands pas et avec lui, une farandole de plats gras et sucrés dont le nombre de kilocalories approche celui du PIB d’un pays pauvre.
Je suis en route pour Moulins où je vais chercher MP et tout un tas de tirelires de Noël. Avant, MP cassait sa tirelire et faisait des cadeaux. Depuis quelques années, elle remplit des tirelires, toute l’année, qu’elle offre, pleines à craquer. C’est ainsi que, depuis des mois, dans ma chambre à coucher à Moulins, je peux soupeser une vache dont l’arrière-train est un demi-ballon de foot à hexagones bleus et en mesurer l’augmentation pondérale. C’est d’un goût charmant, mais c’est plein de sous, alors on s’en fout.
Hier soir donc, nous nous sommes pré-gavés en attendant ce soir et demain, puis nous nous sommes fait des cadeaux. Pas de vraies surprises, puisque nous avions passé commande les uns auprès des autres, augmenté et diminué les budgets en fonction.
Le seul qui a fait tache, évidemment, c’est Jtf, arrivé beaucoup plus tard, qui n’avait rien de mieux à faire que de fêter un PACS un 23 décembre. Lui, évidemment, n’avait pas envisagé de demander avant – certes, cela garantit l’effet de surprise, mais de mauvaise surprise pour lui, puisqu’il m’a offert un livre que j’ai déjà.
(Evidemment, un garçon qui suit assidûment les aventures de Bob l’Eponge n’est pas censé avoir le Lalande dans sa bibliothèque – a fortiori, il n’est pas censé avoir de bibliothèque du tout.)
Trop tard !
Il ira me le changer.
Tout à l’heure je vais donc conduire la vénérable vieille dame blonde à Barberier, où elle prétendra, au cours des repas successifs qu’elle y prendra, que du champagne, elle n’en boit qu’ici, du blanc, elle n’en boit qu’ici, ce qui fonctionne également avec le vin rouge ou n’importe quoi d’autre qui contient de l’alcool (sauf le parfum ; le parfum elle n’en boit jamais, et nulle part).
Si mon foie n’explose pas, je vous donnerai des nouvelles dans la semaine.
J*
P.-Sc. : devinette de Noël. Quand MP déclare : « j’ai les yeux trop gros », quelle expression couramment employée a-t-elle massacrée ?
01:10 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Malldwight, Willywalt, MP, Orsay, Hergé, Beaubourg










