mardi, 23 décembre 2008

Seul contre tout

Ouvrir un numéro de Science et Vie m’émerveille et me terrifie à la fois, et finit par me décourager. M’émerveille parce que j’y apprends toujours une foule de choses (que je répète très vite juste le temps de donner l’impression que je suis garçon éminemment cultivé, puis que j’oublie très vite) ; me terrifie, parce que les hypothèses qu’émettent les rédacteurs sur les suites à envisager à des progrès spectaculaires sont parfois alarmistes, d’autres fois inquiétantes, et d’autres encore, pleines d’espoir – mais toujours, inspiratrices. Et c’est bien ce qui finit par me décourager : comment mesurer mon imagination, comment lui donner corps valablement (principalement par l’écriture, en ce qui me concerne), lorsque je lis des articles qui entrevoient déjà pour un avenir proche ce que je fais découvrir à mes héros dans un avenir lointain ? (Je parle de mon nouveau roman, que je ne finirais jamais d’écrire ; j’ai toujours plus d’idées, toujours moins de temps, et sans cesse d’autres écrits à produire pour une poignée de personnes intéressées de loin – je ne parle pas de vous, amis lecteurs, mais plutôt des pontes de notre cher système universitaire qui pense que tout étudiant est en mesure de fournir cent cinquante pages de recherches par an.)

Au lieu de me plaindre, je ferai mieux d’écrire autre chose ailleurs, me diriez-vous. —J’en conviens. (J’adore utiliser ce tiret énorme, je crois qu’il sert surtout à citer un locuteur à l’écrit dans les règles typographiques anglo-saxonnes. Exemple :

“Style is a special case of technique.” —Philip Glass)

Notez une nouvelle fois ma tendance à la digression, qui me sert en outre d’élégante transition. Evoquons un nouveau cd sorti à la gloire de Philip Glass, tellement récent que même iTunes n’arrive pas à le taguer : Philip Glass Soundtracks, par Michael Riesman. Ce cd suit la voie précédemment empruntée par ce même Riesman qui, quand il s’ennuie, transpose pour piano des partitions pour orchestre. S’il a plus ou moins surfé sur la vague du succès de The Hours – dont la BO pour orchestre a vraiment cartonné – l’album de la transposition de Dracula (la version de 1931 par Browning a fait l’objet d’une re-sortie anniversaire avec une nouvelle bande-son, donc composée par Philip Glass et d’ailleurs, formidablement interprétée par le Kronos Quartet) est une vraie réussite. Partant de là, Riesman s’est dit qu’il pouvait le faire avec toutes les autres BO de Glass, sauf que voilà, c’est un demi-succès. (C’est mon avis, mais je vais bien sûr le développer une fois cette parenthèse fermée.)

Déjà, reprendre en « tout piano » des BO dans lesquelles intervenait déjà un piano (ou un clavier voisin) me semble un peu léger (le thème d’Helen dans Candyman, par exemple, est en trop – même qu’il soit augmentée pour l’occasion ; le thème de The Fog of War n’a quant à lui bénéficié d’aucun apport par rapport à l’original). Et puis, quitte à reprendre des morceaux de piano pur, pourquoi avoir oublié la jolie berceuse Truman sleeps du Truman Show ? (Berceuse qui, dans le film, est jouée – fut-ce en play-back – par Philip Glass en personne… Enfin, je crois.) Ensuite, si assurément le piano permet d’avoir une autre oreille sur les compositions, il me donne parfois l’impression de dénaturer l’idée originale. Somme toute si une partition a été écrite pour une petite formation, c’est pour une raison ; et a fortiori si l’a été pour un orchestre. Exunt, le Closing de Mishima[1] ; le I knew her de Notes on a Scandal ; le final de The Illusionist

Il y a bien sûr des vrais morceaux de bravoure, comme Primacy of Numbers (Naqoyqatsi) qui est étourdissant (qui rappelle la technique absolument parfaite qu’il faut avoir pour l’adaptation de la Danse de la scène 3 de l’acte II d’Akhnaten) ou A Brief History of Time Selections.

Anima Mundi et Jenipapo par exemple souffrent moins de la transcription.

Oh oui, pour répondre à la question d’une personne qui lit ce blog et qui donc, se reconnaîtra, Mishima est un film de Paul Schrader, dont le Dictionnaire snob du cinéma dit ceci : « As du scénario e réalisateur occasionnel chéri des snobs pour son aisance à traiter des sujets brutaux et sordide. » Schrader a écrit deux pour Scorsese (Taxi Driver, La dernière tentation du Christ) ainsi que American Gigolo ou encore Hardcore. « Il a aussi réalisé, de façon incongrue, la comédie musicale pour boutonneux Light of Day []. Son film de 1985, Mishima, très peu vu, sur la vie du grand romancier japonais qui s’est suicidé, est l’objet d’une célèbre querelle snob. » [] « [Robert Towne] se dispute avec Paul Schrader le statut de scénariste le plus souvent gratifié du statut d’auteur. »

D’ailleurs, ce même dictionnaire rapporte, à la définition de Code Hays, la « multitude d’équivoques et d’allusions que les scénaristes et réalisateurs inventèrent dans les années 1940 et 1950 afin de contourner le code (par exemple la fameuse réplique de Lauren Bacall à Humphrey Bogart dans To Have and Have Not (Le Port de l’Angoisse) : "vous savez siffler, n’est-ce pas, Steve ? Vous rapprochez les lèvres comme ça et vous soufflez") ». Et là vous vous dites, quel est le rapport avec ce qui suit ? Et bien il se trouve qu’en écoutant par hasard (mais si) la chanson Breath on me de notre adorable Britney (littéralement « respire-moi dessus » ; chacun appréciera), la demoiselle susurre : “Monogamy is the way to go / Just put your lips together and blow”. De là à dire qu’il faut y voir une allusion à la fellation comme celle de Bacall, il y a un pas à franchir. Mais je ne m’étonnerais pas que les paroliers de la demoiselle soient des petits farceurs.

Mais je ne parlais pas de Britney pour ça. Rappelez-vous, récemment je disais d’elle qu’elle était une aimable courge. Voilà une vidéo qui nous le confirmera : sur la requête d’Ellen Degeneres, les voilà toutes deux parties répandre la magie de Naaael dans les rues de LA.

A noter la phrase désormais culte d’Ellen Degeneres : « La meilleure façon de répandre l’esprit de Noël : les danses, les chants et le vandalisme ».

Voilà, c’est tout. Je pensais faire un petit laïus sur les cadeaux que je voudrais (ou pas), mais je dois aller me doucher.

Image 9.png

Joyeux Nael !

J*



[1] Se reporter, pour l’occasion, aux Philip Glass Complete String Quartets récemment formidablement enregistrés par le Smith Quartet (chez Signum Classics).

mardi, 04 novembre 2008

Another day, another dollar

 

Salut à toi, lecteur, qui vient rafraîchir ton esprit desséché à la source de mon intarissable faconde.

 

Alors bon, j’avoue, c’est un peu tard pour vous donner de mes nouvelles.

J’ai soutenu mon merveilleux mémoire intitulé « L’expression de la nature morte chez Caravage ». Je me suis fait aimablement démolir par mon jury, dont un membre à déclaré quelque chose comme « certaines pages sont passionnantes, mais, tout à coup, vous partez dans des explications qu’on peine à suivre et on se dit : "bon, laissons-le délirer, on finira bien par reprendre le fil. " »

Un autre de me demander : « …et pourquoi vous appuyer sur le Merleau-Ponty des dernières années que sur celui de la Phénoménologie de la Perception ? »

J’veux dire, il sait qui je suis, lui ? D’où il me casse les bonbons sur un auteur que je pratique, pour ainsi dire, depuis que je suis pubère ?... La question suivante, c’est quoi ?, « êtes-vous sûr d’avoir écouté les œuvres majeures de Philip Glass ? » ; « pourriez-vous vraiment chanter, en entier et dans deux langues, C’est la fête / Be our guest tiré de La Belle et la Bête de Disney ? » ; « Et votre prénom, vous êtes certain que c’est le bon ?... »

Restons sérieux. C’est pas une équation de Schrödinger, c’est L’Œil et l’Esprit, quoi. Il espérait vraiment me coller en me demandant d’expliquer mon « choix éditorial » ?...

 

Bon.

14, une mention bien, mais une heure et demie de soutenance, quand même.

 

Alors me voilà engagé pour un M2. C’était l’idée. Avec un nouveau sujet de mémoire à circonscrire d’après quelques idées que j’ai déjà, à faire valider par mon futur directeur de mémoire, qui n’est autre que l’ancien, c’est-à-dire le même, et qui m’a déclaré : « Si vous voulez que je vous dirige (Ksh ! ksh ! – bruit de fouet), il faudra revoir votre méthode de travail.

 

*

 

Autre nouvelle de poids : j’ai trouvé un job. Peut-être pas le job étudiant de mes rêves (je sens comme une contradiction dans cette expression, un peu comme dans « la charcuterie rêvée d’un végétarien » ou « la démocratie idoine d’un nord-coréen »), mais enfin, ça me beurrera l’épinard. Mais quoi, vous demandez-vous ? Ah ! Je ne peux pas trop en dire. Si je veux vous régaler prochainement d’anecdotes absolument délicieuses, il me faut garder un minimum de discrétion. Je suis vendeur dans un magasin d’objets de décoration et de linge de maison, voilà comment nous le dirons.

 

*

Connaissez-vous cet homme ?

Image 1.png

Vous allez prochainement le vouloir dans votre lit. (Ou votre cuisine, ou les deux.)

 

 

 

*

 

Enfin, un peu de piapiapia sur Philip Glass, au sujet d’un nouvelle interprétation de célèbres compositions / transcriptions pour piano.

 

0886971195729.jpgPhilip Glass, The Piano Music par John Lenehan.

Je suis de ceux qui apprécient de connaître plusieurs versions d’une même composition pour en préférer une. Mais voilà. Lenehan nous livre une compilation pianistique éminemment dispensable, quand on le compare à de précédents enregistrements. Pour le détail :

1. Glasswork, Opening. Outre la version originale que l’on trouve sur l’enregistrement Glassworks (1982), Alessandra Celletti (Metamorphosis, 2005) en fait une reprise très appréciable du point de vue de la qualité d’enregistrement… Et de l’interprétation. C’est doux, c’est plaisant, ça donne envie de faire des bisous à l’Italienne. Lenehan : au tas. Interprétation étouffée (ce qui vaut pour tout le reste de l’album), molle du cul.

Trilogy Sonata. 2. Einstein on the beach : knee play n°4 ; 3. Satyagraha : conclusion act 3 ; 4. Akhnaten : scene 3, dance.

Déjà, c’était une drôle d’idée d’adapter des ptits bouts d’opéra pour en faire une sonate (1998, par Riesman et Muhly). Mais soit, car le résultat est réussi, surtout dans l’interprétation de Paul Barnes (The Orphée Suite for Piano, 2003). (Steffen Schleiermacher a pour sa part raté son coup en 2006 dans son album Dances and Sonata, du moins, pour la partie Sonata.) Mais voilà, En écoutant Lenehan, on se demande comment il a déchiffré la partition. Je propose : avec un œil fermé et en écoutant autre chose. Il joue piano quand on lui demande forte, staccato quand on lui demande legato, etc, etc.

 

The Hours, 4-14.

Alors là, c’est le pompon. Plus inutile qu’une anthologie de Clayderman. C’est mal joué, voilà ! Je ne vois pas quoi dire de plus. Michael Riesman, qui est l’auteur de la transcription pour piano, avait réalisé un enregistrement parfait de l’intégralité de la transcription (Music from the Hours, 2004), et Alessandra Celletti avait magnifiquement repris Dead Things et The Poet Acts.

 

Bref, si vous le voyez en magasin, au demeurant à un prix scandaleux, ne l’achetez pas. A la rigueur, en occasion sur internet, pour vous faire une idée.

Prochainement je ferai un commentaire beaucoup plus aimable sur les Songs and Poems pour violoncelle interprétés par Wendy Sutton.

 

J*

 

samedi, 14 avril 2007

Ceux qui m'aiment prendront le train


*Chronique à retardement*

 

J

e n’ai pas l’intention de vous parler du film qui porte ce titre ; j’en garde un souvenir bien imprécis, sinon celui de Vincent Pérez qui explique, avec amusement, comment l’on procède pour opérer un monsieur qui se sentirait plus à l’aise en dame. Ce titre, parce que je l’aime bien, mais aussi parce que je vous écris encore une fois d’un train.

 

Le train est un monde à part qui reproduit, le temps d’un voyage, les situations du dehors, et dont il accentue les contrastes. Ici comme ailleurs il y a les argentés, les moins argentés, les passe-droits, les gentils, les laids, les polis, les discourtois, les puits de science et les truffes. Dans quelques mètres carrés se lisent de belles histoires, se défont d’autres en non-dits, des couples se disputent ; certains se bavent dessus et tout à coup, interdits, surpris, réveillés en sursaut par le contrôleur qui annonce une gare et le temps d’arrêt, s’assurent que personne n’a remarqué les saliveuses traces de leur petit somme. Une vieille dame lit Match, une autre derrière elle a posé son livre et regarde par la fenêtre se dérouler le paysage maussade, éclairé d’un temps gris.

Je connais cette femme, me suis-je dit subitement. Et puis non, je l’ai prise pour une autre – mais moi, m’a-t-elle d’abord reconnu puis à son tour confondu avec un autre ? Elle m’a regardé un moment – peut-être parce que je la regardais – et au moment où elle commençait à sourire, s’est arrêtée.

« Nous vous rappelons que vos bagages doivent être étiquetés, ou ils seront considérés, dans le cas contraire, comme abandonnés. » Puis dynamités, aussi ? Sans blague, un terroriste n’aurait pas le bon goût de faire un attentat en première !...

 

Le train est un monde à part disais-je ; celui également des coïncidences aiguës. Je dis aiguës comme j’aurais pu dire « les plus manifestes ». Quand on tombe par hasard sur quelqu’un en ville – et je vous parle de n’importe quelle ville, qu’elle soit de la taille de Rome ou de Moulins – on dit volontiers que le monde est petit. Mais dans un train, qui est un monde encore plus petit, et dont finalement la taille n’est réduite qu’en raison de contingences géographiques (« là je vais, ici je pars, où reviens-je ? Ailleurs encore. Proche et loin »), on ne peut pas dire que le monde est encore plus petit. Il ne nous reste plus qu’à tolérer la coïncidence, de celles dont on voudrait se dépêtrer parfois parce qu’elles nourrissent nos incertitudes et fêlent nos convictions. Mais bref, dans ce monde des coïncidences aiguës, on voit sur des quais – dernier moment de l’immobile – ou dans des wagons – règne instable de la linéarité – des gens qu’on n’imaginait pas là à ce moment. Exemple donc : alors que je bouquinais tranquillement, le train s’est arrêté en gare de Vichy. Vous me direz, ce n’est pas parce qu’on a un passé douloureux comme une verrue sur la fesse qu’on n’a pas le droit d’avoir une gare. Arrêt à Vichy à donc et là, qui vois-je sur le quai ? Mme et M. C. ; et qui surgit dans ma voiture ? Les mêmes, dans l’ordre d’apparition inverse.

Cela fait davantage sens, je présume, si je vous explique que Mme C. était ma prof de Français et Latin en seconde et M. C., son regrettable époux (d’où l’initiale commune) et rien de moins que le proviseur de l’établissement ou Mme son épouse sévissait ; tâchant ainsi, sans parcimonie, de brimer mes élans de futur écrivain à succès (mais si), et par de consciencieux efforts, de me désapprendre le peu de Latin qui, quoique fortuitement, avait pénétré mon esprit embrumé par certains drames de l’adolescence dont vous me permettrez, je vous prie, pour cette fois, de vous faire grâce.

Ainsi donc ils sont montés et, dans une suffocante indistinction, ont prié une dame de regagner sa place initiale afin qu’ils puissent tous deux, dans l’harmonie d’une idylle chez Botero, étendre ou plutôt, répandre leurs membres gras dans les confortables sièges de première classe au sujet de laquelle je pensai ( en changeant rapidement de place afin de m’épargner leur spectacle jusqu’à la fin du voyage) qu’elle était encore trop bon marché pour qu’eux-même se permettent d’y voyager, à deux, en heure de pointe.

 

*

 

            Peut-être regretterez-vous, amis lecteurs, cette rupture de l’écriture. Je vous avoue que cette première partie date d’un précédent voyage vers Paris, mais qu’il introduit parfaitement mon nouveau propos car oui, aujourd’hui 6 avril, je vous écris une nouvelle fois d’un train – qui va une nouvelle fois à Paris.

Nouvelle coïncidence aiguë, car alors que le train s’arrêtait à Moulins – me replongeant quelques instants dans une nostalgie mamieportoïenne, douloureusement accrue par ma présence dans cette gare – je vis monter Mme V.-V. dans ma voiture. Après un premier passage à vide, je l’ai interceptée tel le quaterback alors qu’elle regagnait sa place avec sa valise. Extraits en résumé :

« Ah ! Oh ! Bonjour ! Comment allez-vous ? Quelle surprise !... Comment s’est finie votre conférence la semaine dernière ?... …j’ai été désolée de partir avant mais j’avais cet autre colloque, vous savez… …et vous allez à Paris ? Oh, Praxitèle ? J’irai bientôt j’espère. …Moi ? Je pars en Libye, sur un chantier de fouilles à Leptis Magna… Oui, la ville de Septime Sévère. Je voulais y aller depuis que je suis adolescente. …non, quinze jours, c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai repoussé votre examen. D’ailleurs je voulais vous avertir, mais le secrétariat du troisième cycle était fermé ; je crois qu’on devait commencer à 8h., n’est-ce pas ? Je devrais m’interrompre à 10h., j’ai une réunion avec le doyen. Mais on peut reprendre à 13h. ; je vous laisse avertir vos camarades, alors ? …Ah, Praxitèle. Vous me raconterez. …Oui, j’ai appris que la Grèce avait fait de la rétention d’œuvres… Oh oui au Grand Palais j’avais vu l’expo sur l’Egypte, mais bof. Ce n’est pas trop ma période : ça ne m’intéresse qu’à partir des Ptolémées… …oui, les biens nationaux ? …Ah oui, les archives départementales ne sont pas toujours lisibles, c’est certain. Mais que voulez-vous… Mais enfin oui, vous travaillez bien comme vous l’entendez… …Merci, vous aussi ! »

 

            Pour le coup c’est Marie, avec qui je travaille sur les biens nationaux, qui va être contente, puisque notre estimée professeur de droit de la propriété nous autorise à changer sa méthode de travail pour faire… « comme on l’entend ».

 

*

 

« Je suis allé avec Arman chez Warhol. »

Il y a des phrases, comme celle-là, qui laissent une impression bizarre. Celle-ci est de Martial Raysse dans une lettre qu’il adresse au critique d’art Pierre Restany, l’insupportable Pierre Restany, qui s’était imaginé tromper l’histoire en modelant le groupe des Nouveaux réalistes – je parle bien sûr de la rétrospective qui a lieu en ce moment sur ces artistes au Grand Palais. Ils y sont tous, originaires et nouveaux arrivants, sécessionnistes et fidèles absolus. Je vous encourage à vous faire une impression sur leur expression. Il y a dans mon idée comme la trace exacte d’un temps, révolu aussitôt qu’il est expliqué, accompli aussitôt qu’il est exploité – figé, comme dans les tableaux-pièges de Spoerri ou les objets familiers recouverts d’Albuplast par Dietman. Quand j’écris Albuplast, je repense à MP qui employait ce nom de vieille (?) marque pour parler de pansements ou de ce que l’on appelle désormais le Scotch.

            J’ai rêvé d’elle cette nuit – le rêve nous fait si cruellement rejoindre la réalité. Nous étions tous à Moulins, chez elle. Repas de famille, probablement. Et quelqu’un disait : « C’est fou de s’imaginer qu’elle va mourir dans un mois, elle a l’air très bien. » Il y avait là comme une vérité impalpable, comme les objets d’Arman, figés dans la cire, comme les compressions de César – là, mais autrement. Ici, mais différemment. Les choses sont, mais leur existence ne vaut plus pour l’usage, l’habitude, le quotidien du réel, mais pour le fixé, installé, définitif, admirable souvenir, témoignage précieux.

 

(J’aimerai ici m’interrompre pour écrire quelque chose de drôle ou prophétique, de délicieusement morbide ou d’élégamment scabreux ; « si on avait des dates prévisibles pour nos morts, on prendrait nos dispositions pour le taxidermiste, le coiffeur et le fleuriste » ; « nous sommes indignes du temps qu’il nous reste à jouer » ; « le mot seul est une ascèse ou un espoir fou, qu’on l’écoute ou le prononce ». Mais non. Concluons en remarquant que si Raysse est allé chez Warhol, le second n’est probablement pas resté insensible aux charmes du premier…)

 

« Tout propos est hors de propos », pour reprendre une expression de Mme M., ma prof d’histoire de l’Art, le 7 mars à 17h.06. D’ailleurs tiens, j’ai également rêvé que Maud avait 22,5/20 dans cette matière. J’étais affreusement jaloux mais en même temps, très content pour elle car dans mon rêve, assurément, elle méritait cette note.

Et puis éveil.

 

            Dans les expositions à voir à Paris, je vous conseille également Pascin, au Musée Maillol, jusqu’au 4 juin. D’ailleurs en allant au Louvre, depuis le Grand Palais, je suis passé aux Tuileries où l’on peut voir deux statues dudit Maillol – voilà qui s’ajoute aux coïncidences, moins aiguë peut-être, (car) moins ferroviaires ; puisque Maillol détestait Praxitèle, il parlait de statues faites dans du savon, « je trouve ça dégoûtant », aurait-il même dit.

Pour conclure sur le sujet, j’ai envoyé à quelqu’un une carte de l’expo sur les nouveaux réalistes – une affiche lacérée de Villeglé – avec un timbre d’une série Antiquité, éditée par la Poste depuis quelques temps. Et quelle antiquité, comme de par hasard ? Une copie de la Vénus de Cnide, de Praxitèle.

 

*

 

Il y eut d’autres coïncidences, ces jours-ci. Sur Saint-John Perse, West Side Story. D’autres encore. Un pique-nique en hauteur. Une caisse de vieux bouquins que mon père a rapportée d’une vente aux enchères. Et cet air, qui me monte aux oreilles….

 

J*

dimanche, 16 juillet 2006

Cronaca romana XXXIX – Last night Philip Glass saved my life

Si par hasard vous ne le saviez pas, la France a perdu son match face à l’Italie. Ainsi dimanche dernier j’ai regardé la partie chez des Italiennes qui habitent vers Piazza Bologna avec Antonello, Fabrizio, Paola, Nino, d’autres gens dont le prénom m’échappe…, et Caroline, expatriée française, nancéenne de surcroît ; si bien qu’à la mi-temps nous avons parlé de l’école de Nancy et des quelques constructions Liberty/Art Nouveau que l’on peut trouver à Rome. Comme quoi, le foot mène à tout.

Même si je me suis fait pas mal charrier les jours qui ont suivi, j’étais plutôt content. Je n’aurais pas aimé passer une soirée avec des Italiens tristes. Ils ont comme vous l’avez sûrement vu à la télé fêté dignement l’événement, par « dignement » il faut bien sûr comprendre « bruyamment » (klaxons, hymne et chants idiots, du genre du genre « Qui ne saute pas est Français ») et avec beaucoup d’alcool, mais ça n’en était pas moins bon enfant. Je crois que Nino est parti vers minuit ; moi, sous l’effet du pinard, j’étais parti tout court depuis un bon moment.

 

Je me suis réveillé le lendemain matin chez Antonello et Fabrizio, avec la tête qui tournait, un peu. Dans la douche, j’ai eu la surprise de découvrir un shampoing au yaourt. M’est revenu en mémoire quelque chose de très juste que disait David à propos des gens qui boivent leur premier pipi matinal : a priori, si ça sort de ton corps, ce n’est pas fait pour y retourner. Pour le yaourt, pareil. C’est fait pour être mangé, pas pour s’en touiller le crâne (encore que dans ce genre Science et Vie racontait il y a quelques temps qu’on parlait de se laver les mains au yaourt dans les hôpitaux, parce que c’est plein de « bonnes bactéries » qui nettoient mieux que le savon, enfin quelque chose dans cet esprit).

J’ai abandonné l’idée d’aller à la plage ; j’ai acheté le Paperino de juillet et je suis rentré.

 

Le soir, Nino m’a appris que Philip Glass passait à Frascati, petit village médiéval niché sur les hauteurs environnantes de Rome. Je vous parle souvent de Philip Glass sans jamais vous dire comment je l’ai connu. En fait, il y a quelques année – déjà – un ami m’avait fait écouté l’adaptation qu’il avait faite pour orchestre d’une musique d’Aphex Twin. Ca m’avait plu. Le lendemain, j’allai à la médiathèque où m’attendait Akhenaten (qui reste à mon avis son meilleur opéra). Et ainsi de suite…

Dans mon esprit, il n’était pas concevable qu’il restât encore des places, pour la bonne raison que Philip Glass est de renommée internationale et que, selon moi, c’est le plus grand compositeur contemporain qui soit (alors oui, on pourra encore me parler de Boulez, mais « Boulez » et « compositeur » dans la même phrase me font le même effet que les associations « Gastronomie/Royaume-Uni » ou « Politique/Suisse » : un crise d’asthme tellement je rigole). Nino m’a rappelé que les Italiens étaient moins snobs que les Français (ce qui reste à prouver) et, dans un évident rapport de cause à effet, m’a dit que ça valait la peine d’essayer.

 

            Déjà, il fallait savoir comment se rendre à Frascati en évitant la solution taxi. Après quelques recherches, j’ai vu qu’un train régional y allait de Termini, donc hop, j’y suis allé le mardi pour repérer les lieux. Accueilli par une affiche indiquant « Mercoledì 12 Luglio ; Ore 21,30 ; Villa Aldobrandini / Philip Glass : Works for Solo Piano and Orchestra / Con l’orchestra strumentale città di Prato », mon coeur s’est mis à battre très fort tandis que ma tête émettait une succession de « pourvu que ». Car oui, Bach est mort, Purcell aussi, Haendel a suivi, et tous les autres que j’aime avec – Boulez, lui, se porte bien – est seul reste Philip Glass, soixante-dix ans l’année prochaine.

Je suis arrivé à Frascati sur les coups d’une heure de l’après-midi ; Frascati, ville morte et angoissante où pas une boutique n’était ouverte. Frascati est une petite ville fort appréciée des prélats catholiques depuis le haut Moyen-Âge, et ils ont pris l’habitude de s’y faire construire des villas magnifiques pour le week-end. Ainsi Glass jouait dans les jardins de la Villa Aldobrandini.

A l’office de tourisme on a pu me renseigner : oui, le concert était le lendemain ; non, ils ne vendaient pas de place mais oui, il y avait une billetterie un peu plus bas qui ouvrait à trois heures.

Arrivé devant la billetterie, qui ouvrait à cinq heures, j’ai pris mon mal en patience et décidé d’aller jeter un œil à quelques-unes de ses villas, dont l’accès est bien entendu interdit. La Villa Tuscolana tout d’abord, la plus grosse de toutes, où l’on trouve désormais un luxueux hôtel dix-huit étoiles, qui surplombe la ville et l’agréable parc du Tuscolo ; puis la Villa Aldobrandini, construite au siècle suivant, qui est encore habitée d’ailleurs par quelque prince rendu fou par trois générations de mariages consanguins – mettons que j’exagère un peu sur ce point.

Complètement épuisé par cette marche, je suis redescendu dans le « centre » à la recherche de quelque chose d’ouvert pour me restaurer un peu.

Enfin, l’heure fatidique est arrivée. Je suis arrivé à la billetterie ou, d’une voix altérée, j’ai demandé s’il restait ne serait-ce qu’une place pour le lendemain soir.

« Oui, bien sûr », me fit le jeune homme dont le charmant physique me frappa pas immédiatement tant j’étais occupé à manifester ma joie en faisant des claquettes sur son comptoir.

Soulagé, également de 23€, je suis rentré à Rome-ville et ai, le soir, de nouveau remercié Nino pour cette précieuse information.

 

            Le lendemain, j’ai passé un moment avec Antonello, un autre avec Annabelle, puis je suis rentré chez moi pour me faire joli. J’ai emporté la jaquette du dvd de Satyagraha et le livret de la Symphonie n°8, dans l’espoir d’obtenir deux autographes de Sa Sainteté. « Ouverture des portes : 20h. ; Concert : 21h.30 », indiquait le billet. Arrivé à Frascati à 20h., et pas précisément disposé à poireauté une heure et demie, j’ai trouvé un sympathique petit restaurant. J’ai remarqué également que les habitants commençaient à sortir de chez eux à partir de cette heure ; avant, ils dorment. Je suis arrivé sur les coups de 21h. ou un monde fou attendait que les ouvreuses procèdent… Euh, à l’ouverture. Les places n’étant pas numérotées, les premiers arrivés étaient donc les premiers – et les mieux – servis. Lorsque à 21h.15, nous sommes entrés, j’ai accéléré le pas – sans non plus courir – et, joie youpla-pouêt, me suis retrouvé au cinquième rang. En attendant le début, j’ai papoté avec mon voisin, un certain Mariano, qui se demandait ce qui pouvait être programmé : j’ai parié pour les Metamorphosis, Façades, Company et des extraits de la B.O. de The Hours.

Et puis Il est arrivé. Egal à lui-même, de ce que j’ai pu en voir dans le documentaire Looking Glass : un gentil dépressif, le genre, qui va mal parce que tout va trop bien.

Il s’est assis au piano et a expliqué qu’il commencerait par jouer seul ; et sans plus attendre, a attaqué par la Metamorphosis 4, ma préférée, a enchaîné sur la Metamorphosis 2 et enfin la 1. Il s’est levé, a salué, s’est rassis, a marmonné quelque chose que je n’ai pas compris et a joué trois morceaux que je ne connaissais pas. (Bah oui, je suis comme vous, j’y croyais pas. J’ai vingt-et-un cd de lui, je savais bien que je ne connaissais pas tout, donc je fus agréablement surpris.)

Il a salué de nouveau, fait un gentil sourire puis est sorti de scène. On a poussé le piano et l’orchestre de Prato l’a remplacé. Ils ont commencé par jouer Façades, puis la Symphonie n°3 dont le contraste entre le troisième mouvement et le suivant me fait toujours un frisson ; ensuite Philip Glass est revenu et il a joué l' Opening des Metamorphosis dans une adaptation pour orchestre.

Et puis voilà, c’était fini. Les applaudissements furent nourris et mérités (bien sûr). Philip Glass a souri, encore, et puis il est parti. Comme les gens se levaient, je suis immédiatement parti du côté de la scène où un jeune homme au physique avenant (décidément) barrait l’accès ; je lui ai expliquer que je ne partirai pas tant que je n’aurai pas mon autographe. Il m’a dit « je vais voir ce que je peux faire », une collègue l’a rejoint, a fait un aller-retour, et est revenue en disant : « Il est monté dans un taxi à peine sorti de scène ».

Ah, bon, bof, bon, ben tant pis, et merci quand même.

 

Je m’apprêtais à retourner à la gare pour y dormir – car oui, pas de bus de nuit, pas de train de nuit, donc j’étais bon pour dormir sur un banc en attendant le premier train, à cinq heures et demie du matin, mais enfin ça ne me faisait pas peur – quand, en descendant, j’ai vu Mariano, mon voisin de concert, et deux amis, qui commençait à dîner. Sur leur invitation, je les ai rejoints ; la fin de soirée fut ainsi fort sympathique, d’autant plus qu’ils m’ont ramené à Rome, à deux cents mètres de chez moi.

 

 

            Le jeudi, Monsieur A., le directeur du Centre Saint-Louis des Français (San Luigi dei Francesi, pour les italophones) faisait un petit cocktail pour son départ et son épouse, que je connaissais notamment par Chateaubriand (l’école française, pas le dépressif d’outre-tombe), m’avait demandé de venir pour lui donner un coup de main et s’assurer que tout se passe bien. J’ai emmené Annabelle qui sait se montrer très efficace dans ces situations. Bref, le champagne était frais, les invités nombreux et de toutes situations – ambassadeurs, évêques, voisins, amis, collègues. Vers 21h., les derniers sont partis, tandis que Mgr Pierre-Etienne Quelque Chose, « En toute simplicité », plaisanta-t-il, me parlait des séminaristes arrivés depuis peu.

La nuit tombant dans le cloître de Saint-Louis, Monsieur et madame A., Annabelle et moi avons un peu papoté de l’année passée et de celle qui arrivait. Madame A. s’est demandé ce qu’elle allait faire de l’énorme plante qu’on lui avait apportée, tandis que Monsieur m’expliquait les avantages d’être un homme en faisant référence au Dupont que Monsieur Untel lui avait offert quelques instants auparavant.

Anna et moi avons ensuite rejoint un petit groupe franco-italien pour une petite fête officieuse qui se faisait devant le Farnèse, en attendant l’officielle du lendemain. A minuit, nous avons tous entonné la Marseillaise, puis nous sommes partis nous cuiter ailleurs, parce que bon, quand même.

 

            Le lendemain, je devais retrouver J.-B. à Campo dei Fiori pour, cette fois, entrer dans le Farnèse et prendre part à la « petite » réception organisée par M. l’Ambassadeur, à l’occasion de laquelle il ouvre tous les salons qui sont d’habitude fermés à la visite. Et puis J.-B. n’est pas venu, j’ai attendu un moment, puis un autre moment devant le Farnèse – où, déjà, une foule élégante se pressait, tandis qu’une dame elle aussi très élégante cochait sa longue liste sur laquelle je n’étais pas (bouhouhou). Adrénaline, très en retard, m’a rejoint, après avoir marqué un temps d’arrêt devant les soldats à cheval et en bicornes. Il y a eu ensuite un défilé de grosses voitures à vitres teintées, dont sont sortis des messieurs élégants à cheveux argentés, des dames élégantes dont certaines avaient la face toute figée, et sans coup férir, tout à coup, Romano Prodi, précédé d’une caméra, accompagné de son épouse et suivi de deux gardes du corps. En fait il est beaucoup plus grand en vrai, et il fait moins grassouillet. J’ai croisé M. et Mme A. (ceux de la veille au soir, donc – d’ailleurs Mme A. était encore très élégante) qui se sont presque jetés sur moi quand ils m’ont vu, ce qui a donné l’impression aux autres personnes qui attendaient devant le Palais que j’étais quelqu’un d’important (« Vous avez vu, je connais quelqu’un qui sort du Palais », dans le genre).

Puisque donc, J.-B. était aux abonnés absents, nous sommes allés dîner dans un petit restaurant sympathique pour, comme toujours, piailler de néo-plasticisme, de Zidane et de la couleur qui s’accorde le mieux avec le fuchsia. Complètement repus, nous sommes retournés au Farnèse où, encore bon nombre de personnes se pressaient devant l’entrée ; nous nous sommes approchés et là… J’ai reconnu un gendarme – eh oui, ambassade de France, donc gendarmerie nationale – que j’avais rencontré lors de ma visite avec Sophie (cf. CR XXXVI) et avec qui j’avais un peu papoté, juste assez pour qu’il me reconnaisse à ce moment-là. Donc hop, même sans invitation et l’air de rien, nous sommes rentrés.

 

            Il y avait encore un monde fou ; pour être déjà venu, je savais précisément où il fallait aller. J’ai emmené Adeline, dont le menton touchait presque terre de stupéfaction, dans le Grand Salon, puis dans la galerie des Carrache ; elle a d’ailleurs émis un petit « Ah ouais j’kiffe » en voyant les époustouflantes fresques des peintres bolognais. Nous nous sommes promenés de salon en salon, piochant petits fours et coupes de champagne – mais pas trop, puisqu’on sortait de table… M. l’Ambassadeur avait ouvert tout le premier étage, y compris son bureau !, où nous nous sommes arrêtés un moment et où j’ai retrouvé une connaissance, l’époux du consul de France près le Saint-Siège, avec qui j’ai papoté un moment ; au fil des salons j’ai rencontré d’autres gens encore tandis qu’Adeline s’extasiait devant les tableaux, les tapisseries, les lustres, me murmurant « ça doit être ça, la vie de princesse », tout en commentant, avec son habituelle candeur, ce qu’elle a appelé toute la soirée le « consulat de France » malgré mes corrections permanentes.

            En partant, nous avons croisé sur le chemin Sébastien, dont je vous parlais dans la C. XXVII-B, avec qui nous avons parlé un moment, avant de rejoindre dans un bar deux nouveaux amis que nous venions de nous faire au Palais – l’alcool aidant, c’est fou les amis qu’on peut se faire – et nous sommes passés du champagne à la Démon (vous savez, la bière qui tire à 12°).

Sur les coups de deux heures, nous avons salué Jean et Xavier – ce sont leurs prénoms – puis nous sommes rentrés ; Adeline chez Sandra, moi chez moi. Bien entendu dans le bus de nuit, et comme toujours par hasard, j’ai retrouvé le Luxembourgeois Christian et deux amies qui allaient à je ne sais quelle fête du côté de Santa Maria Maggiore. J’ai poliment décliné l’invitation, rêvant de mes draps et de d’une bouteille d’eau fraîche.

 

            Le samedi fut culturel puisque la Villa Médicis proposait une exposition d’Ettore Spalletti, dont la présentation indiquait qu’il « semble s’échapper de toute classification ». Le thème : la couleur, qui « s’étend sèche épaissit, repose » (ponctuation de Spalletti lui-même). Au final, une exposition plutôt déconcertante – le mot est faible – de grands cadres monochromes pastel.

Comme nous – moi, Adeline et Sandra, que j’avais invitées à me suivre – ne sommes pas plus bêtes que d’autres et qu’au bout du jardin, avait lieu une autre exposition (normalement terminée il y a quatre jours), nous avons amorti le prix du billet pour y faire un tour : agréable surprise en voyant le travail de Raphaël Thierry, Visions In Dust, un alignement de cent cinquante et un fusains et autres installations curieuses (Les Stéréoscopes, Le Couloir ), déjà plus parlant que ce que nous venions de voir.

 

S’ensuivit un petit jus de myrtilles (c’est d’un snob) et diverses discussions d’intérêt relatif…, puis je suis rentré faire un peu de courrier.

 

 

Vous noterez que je mets en ligne ma chronique avec un peu d’avance mais demain, contre toute attente et presque malgré ma volonté, je vais à la plage avec les filles – je hais la plage le dimanche, je préfère le lundi parce que les musées sont fermés. Bref, au moment où la majorité de mes neuf lecteurs liront ceci, je serai déjà en train de pester contre les familles nombreuses, les play-boys… du dimanche justement et le sable sur ma serviette, que j’ai pourtant achetée format voile de catamaran.

 

Et bref, bonne lecture, bon dimanche… A la semaine prochaine pour la quarantième !

 

 

J*