samedi, 22 juillet 2006
Cronaca mista XXXX – Ils ont ‘and même un drôle d’a’ent, par ici
Ainsi dimanche j’ai survécu à l’épreuve qui, en dépit de sa difficulté, n’a été admise dans le mythe des épreuves d’Héraclès/Hercule ni par Ovide, ni par Apollodore, ni Pausanias ou Diodore de Sicile : aller à la plage le dimanche, et y survivre plusieurs heures.
Prochaine épreuve : écouter un CD de Carla Bruni en entier.
J’ai retrouvé le soir Xavier, dont je vous avais parlé la semaine dernière, que j’avais rencontré avec un ami à l’ambassade le soir du 14. Après une petite promenade dans les jardins de la villa Montalbana, nous avons rejoint ledit ami pour dîner. Soirée agréable, aux conversations variées (la communication chez Bulgari, les plages de Gaeta, Cesaria Evora) et suggestions diverses (déplacer l’état d’Israël en Bavière, aller voir Morrissey qui était en concert au même moment à Ostia).
Le lendemain je devais retrouver Michela pour déjeuner avec elle avant qu’elle ne parte de Rome ; finalement Giusi s’est également jointe à nous et nous avons déjeuné non loin de Santa Maria Maddalena, dans le quartier historique. Un simple martini en apéritif aura suffit à aggraver leur principale occupation, lorsqu’elles n'étudient pas : jouer aux idiotes . Après une petite glace qui a fini de nous plomber, nous sommes rentrés chez nous – pour en ressortir presque aussitôt : j’ai dîné avec Nino et, une heures plus tard, j’étais à Campo dei Fiori avec les deux mêmes, plus Chiara. C’est cette fois-ci sous l’effet d’un Nero d’Avola qu’elles se sont mises à parler des Teletubbies – et de l’effet qu’a eu cette performance sur le reste des personnes en terrasse. Plus tard, Antonello nous a rejoint, accompagné de son frère Francesco, dont il ne m’avait pas dit qu’il était son jumeau (d’où stupeur) et de la copine de ce dernier, Linda.
J’ai eu au cours de la soirée un appel d’Annabelle, toute contente, dont le dossier a été retenu pour un M2 à Nice ; des soixante-quatorze dossiers (exagération volontaire) qu’elle avait préparés et auxquels les réponses « votre dossier a été retenu liste d’attente » se succédaient, c’était son préféré. Meno male, comme on dit ici.
…Et sur le coup des trois heures, nous sommes rentrés dormir.
Le mardi, rebellotte avec Nino, qui sortait d’examen d’anatomie comparée : nous sommes allés dans un restaurant de ma connaissance près de San Agostino qui prépare des salades roquette/parmesan/viande fumée à hurler de bonheur (le restaurant, pas San Agostino, du moins pas que je sache), puis glace, et soldes : il avait en tête d’acheter un pantalon et, sous l’effet d’une logique probablement sicilienne, il est reparti avec une chemise. Nous sommes passés chez Fabbriano pour acheter un stylo pour une amie à lui – que voilà une information capitale – puis à Repubblica pour qu’il achète ses lentilles de contact – seconde information de premier ordre – et enfin nous sommes rentrés, puisque son père l’attendait : eh oui, Nino s’en va aussi, retourne vers les rivages dorés de sa belle Sicile.
Le soir, petite conversation MSN avec Mum qui depuis quelques jours exigeait par mails de me parler en live. Après m’avoir agacé dix minutes, enfin, elle m’a appris que mon dossier, également, avait été retenu pour le seul M2 auquel je postulais. Ceci a donc fini de me mettre de bonne humeur.
Mercredi, rien, hormis de l’écriture et de la lecture : une énième grève (partielle) des transports en commun – la deuxième ce mois-ci – m’a obligé à rester chez moi ; et se promener en taxi n’était même pas envisageable puisque leurs conducteurs également ont interrompu toute activité en réaction à la non-réponse de la mairie sur la précarité de leur contrat de travail ; bref, quelque chose de suffisamment important qui justifie de bloquer la circulation piazza Venezia (un des carrefours principaux du centre).
Jeudi, après mûre réflexion, j’ai accepté la proposition de Sandra, à savoir, passer deux jours avec elle, Adeline et Arnaud, un ami à elle arrivé depuis peu… A Florence. Ma connaissance de l’Italie étant spécialement limitée à Rome et aux alentours, c’était une proposition très intéressante que m’avait déjà faite Daniela en mars, puis Alessandro il y a quelques temps, mais qui n’avait pas pu se concrétiser pour des raisons d’emploi du temps. Alors youpla, levé de bonne heure, de bonne humeur (ou presque) pour prendre le premier train.
Le voyage, qui consista surtout à violenter Adeline pour lui arracher des hurlements de rire, se passa sans encombre. Nous sommes arrivés en province (ben oui parce que finalement, je l’oublie un peu, mais Rome c’est la capitale de l’Italie) sous une chaleur écrasante. Première chose : guide et carte.
On arrive assez vite au centre-ville. Passage tout d’abord par San Lorenzo, écourté par les hurlements des demoiselles devant lesquelles s’étendait un immense marché à ciel ouvert : tout ce que l’Italie sait faire de mieux (et de pire) était vendu ici. Après avoir patienté un moment, fait un petit tour de l’endroit, nous avons fait notre première visite, à savoir, les chapelles des Médicis – car oui, il y en a deux, ou plus précisément, à la « chapelle des Princes » (où, outre les sarcophages de six Grands-Ducs, on trouve ceux de Ferdinando I et Cosimo II) est accolée une « nouvelle sacristie », œuvre non achevée de Michelangelo, qui y laissa tout de même de remarquables statues ; celles du Jour et de la Nuit sur le sarcophage de Giuliano, et celles de l’Aurore et du Crépuscule sur le sarcophage de Lorenzo. A ceux qui se demandent comment on fait pour reconnaître une statue ou une peinture de Michelangelo, je donne un truc simple : si les sujets féminins ont l’air d’être des bonhommes avec juste une paire de nichons pour s’en différencier, c’est de lui. (Sinon, vous pouvez aussi chercher dans votre guide.)
Précisons, bien sûr, qu’il est strictement interdit de faire des photos dans tous les endroits payants de Florence (c’est-à-dire partout), ce qui évidemment ne m’a pas empêché d’en prendre quelques-unes (tant qu’on n’enclenche pas le flash, je ne vois pas où est le problème), juste pour me rebeller et surtout, ne pas acheter des cartes postales à 2€ pièce.
Midi était passé depuis longtemps…, il a donc s’agit de trouver un endroit où se restaurer. A ce sujet, je donner un conseil aux gens qui envisagent de passer des vacances en Italie avec un budget limité : sachez que vous pouvez très bien manger lorsqu’une carte annonce des Primi ne dépassant pas 9 ou 10 € et des pizze à moins de 7€. Donc, nous avons trouvé un restaurant où, en effet, pour un prix raisonnable nous avons copieusement déjeuné. Je m’aperçois avec effarement que j’arrive désormais à engloutir un plat de pâtes, un pizza, un dessert et un café sans problème, tout ceci sans reprendre un gramme des cinq kilos que j’ai perdu cette année.
L’après-midi un nombre étendu de possibilités s’offraient à nous, bien qu’elles fussent toutes, quoiqu’il arrive, subordonnées au paiement plus ou moins extravagant de droits d’entrée. Notre choix s’est porté sur le Palazzo Pitti – dont la conception fut commandée par la famille du même nom à Brunelleschi pour concurrencer le palais que Michelozzo réalisait pour les Médicis – qui ne renferme pas moins de sept musées. Notre choix s’est porté sur la Galerie Palatine, qui en plus de vingt salles renferme quatre siècles d’art Italien (je vous la fais courte). Nous avons conclu par une petite promenade dans le jardin de Bobolo, du nom de la colline sur laquelle fut bâti le palais lui-même, dont la taille démesurée m’a laissé penser qu’il serait probablement très facile de s’y cacher pour une nuit. La vue de Florence de cette hauteur a une nouvelle fois donné lieu à des commentaires détaillés de la part d’Adeline.
Après s'être fait gentiment chasser, puisqu’il était l’heure de fermer, nous sommes partis à la recherche de notre hôtel, à deux pas du Ponte Vecchio : très bien placé et d’un prix raisonnable. Il fut convenu que je partagerai le lit avec Adeline, qui me promettait une nuit de folie en raison de son incapacité à s’endormir avant trois ou quatre heures du matin. Après une petite douche, nous sommes partis à la recherche d’un nouvel endroit pour dîner, non sans nous émerveiller au passage sur les beautés dont regorge la ville (j’ai l’impression d’écrire un guide touristique, là). Enfin, nous avons trouvé un joli restaurant dont la carte – plus chère que celle du midi – semblait très évocatrice.
Deux heures et trois bouteilles de vin plus tard, deux limoncello chacun, nous étions dans un état de jovialité assez avancé, qui nous a conduit à faire ami-ami avec le personnel : deux serveurs fort sympathiques et une serveuse, Martina, qu’Arnaud imaginait déjà courir en tenue légère autour de son lit. Mais c’était peine perdue puisqu’elle l’informa qu’elle était déjà promise à un autre jeune homme, qui, d’ailleurs, travaillait dans la cuisine de ce restaurant, information qui eut pour effet de très vite calmer les ardeurs du jeune homme. Quant à nous – Sandra, Adeline et moi – nous étions bien partis pour suivre nos deux nouveaux amis dans une fête appelée « Central Park ». Nous nous sommes donnés un hypothétique rendez-vous, certains, dans l’état qui était le nôtre, de nous y retrouver sans peine.
Puisque le restaurant fermait, nous sommes partis nous promener sur lungarno – littéralement, « le long de l’Arno », le fleuve qui traverse la ville, donc – ; promenade ralentie par diverses rencontres pour la plupart agréables, jusqu’à ce que je me fasse draguer par un Espagnol qui, quoique avenant, n’en restait pas moins Espagnol et m’infligeait des poncifs sur l’élégance de mon maintien et l’éclat de mon visage (j’en rajoute volontairement une couche, afin de traduire notre état d’ébriété commun ; qui aura, à Alberdo (je crois que c’est comme ça qu’il s’appelle) fait dire ces choses et à moi, les comprendre). Sans me faire prier j’ai abandonné les grands yeux noirs d’Alberdo et rejoint Adeline qui m’appelait à la rescousse pour communiquer avec deux Turcs qui avaient manifestement une idée graveleuse derrière la tête. « C’est ton copain ? », lui ont-ils demandé un peu embêtés. « Oui », a-t-elle répondu aussitôt, se mettant subitement à comprendre l’Italien.
Et, sans crier gare, nous a rejoint un des deux serveurs susmentionnés. Sans lui demander son avis j’ai grimpé sur son motorino et lui ai demandé de me faire faire un tour de la ville, ce que, bonne pâte (c’est toujours amusant de dire ça d’un Italien), il n’a pas osé refuser. Les cheveux aux vent, c’est-à-dire sans casque et c’est très mal, j’ai vu la Piazza Michelangelo, l’église je sais plus quoi, etc., et retour à l’hôtel où mes camarades s’étaient finalement échoués. J’ai retrouvé Adeline qui, en effet, avait déjà attaqué la « nuit de folie » précédemment évoquée en vomissant son repas du soir dans d’élégants spasmes qui m’ont, l’espace d’un instant, rappelé Em.
Et je me suis endormi.
Le lendemain, c’est-à-dire quelques heures plus tard, nous avons rapidement petit-déjeuné puis sommes passés sur la piazza della Signoria (« de la Seigneurie », donc) pour donner un œil au Palazzo Vecchio, dont la construction débuta en 1299 et dont la tour, haute de 94 mètres, fut achevée en 1310. Agrandi, arrangé, encore agrandi, le palais pris son aspect actuel au seizième siècle. Comme la visite était, bien entendu, payante, nous avons préféré aller dépenser une somme équivalente pour la visite de la coupole de la cathédrale Santa Maria del Flore, plus connu sous le diminutif Duomo (entrée : 6€), qui comporte un baptistère (entrée : 3€), le campanile de Giotto (entrée : 6€) et un musée (entrée : 8 €). Les prix ne font l’objet d’aucune réduction, puisque, comme on me l’expliqua gentiment à l’entrée, « l’entretien et l’exploitation sont assurés par une société privée ».
Pour monter dans la coupole, puis sur la couple, tout en haut, il faut gravir 364 marches, ce qui ne fut pas sans me rappeler celles gravies des terrasses de San Pietro (à Rome) pour aller également dans et sur la coupole (un peu plus de trois cents, mais sans compter celles qui arrivent aux terrasses). Splendide vue, comme toujours sobrement commentée par Adeline qui a, pour reprendre ses termes exacts, « trop kiffé » ; nous avons pris un moment pour respirer, puis nous sommes redescendus parce que bon, quand même, c’était l’heure de déjeuner.
Après avoir perdus Sandra et Arnaud en raison de leur vitesse très réduite, j’ai déjeuné avec Adeline. Nous avons ensuite rejoint les deux tortues devant l’entrée des Offices, LE musée de Florence, 4000 œuvres, 2000 exposés, bref un des plus grands d’Europe, du monde, etc. Comme Sandra m’avait indiqué « Je te préviens, moi j’y reste une heure et je me casse », nous avons fait le choix judicieux de nous séparer et de nous retrouver dehors trois heures plus tard. Comme c’était la première fois que je venais dans ce musée, j’ai encore une fois dégainé le portefeuille pour, cette fois, payer un audioguide. « En Italien ? », m’a demandé le préposé à la location dudit matériel.
« Non, en Français », ai-je répliqué, en lui donnant mon « documento », qu’il garderait le temps de ma visite.
« Ah bon, mais vous avez un accent romain !
-Oui, j’ai appris l’Italien à Rome !
-Ah, d’accord ! Erasmus ! Bonne visite », etc., etc.
Il faut en effet souligner que les Florentins – pas tous, mais un bon nombre – ont un accent très différent de ceux que j’avais écoutés jusqu’alors. A part l’accent sicilien de Nino, l’accent polonais de Mikael et l’accent romain de la plupart de mes autres amis, je ne connaissais que le napolitain (quasiment incompréhensible). Les Florentins parlent en aspirant les C, le son [k], ainsi ils diront « ‘o‘a-‘ola » pour « coca-cola », « ‘asa » (maison), « do’umento » (carte d’identité), ce qui donne une prononciation très élégante.
Mais bref.
Je vais peu parler des Offices car, comme toujours, c’est difficile d’évoquer des peintures ou des sculptures sans en avoir une reproduction sous les yeux. C’était juste époustouflant. J’ai vu presque tout ce qui me donnait envie, alors que je lisais des ouvrages d’histoire de l’Art, d’aller à Florence ou me faisait regretter de n’y être pas encore allé.
Bien sûr, c’est un musée énorme, et il m’aurait tout de même fallu beaucoup plus de temps pour m’arrêter vraiment et apprécier, plus de quelques minutes, les chefs-d’œuvre qui y sont exposés.
Toutefois l’heure du départ avançait et, vers cinq heures et demie, j’avais vu le principal. J’ai tout de même refait un grand tour, puis j’ai retrouvé Adeline qui achetait des cartes postales ; évidemment je ne suis pas reparti sans le catalogue, puis nous avons rejoint Sandra et Arnaud qui somnolaient paisiblement sur une petite place aménagée à la sortie du musée.
Après un dernier petit tour dans le centre ville, nous avons rejoint la gare où nous attendait notre train et, vers 22h.30, nous sommes arrivés à Rome après un voyage sans encombre.
Encore une fois je mets en ligne cet article un samedi, pour la bonne raison qu’après une grasse matinée bien méritée, j’ai passé un bon moment à renommer mes photos et à écrire ! J’ai eu la Reine-Mère au téléphone, qui s’est cassé une patte arrière, mais dont la mémoire toujours alerte lui a fait me demander si, à Florence, j’avais embrassé le sanglier de bronze de la fontaine du « porcellino », de Pietro Tacca, ce qui serait selon elle une coutume. Ben non, mais je l’ai vu, au moins.
Dimanche devrait être très peu productif !
Plus qu’une semaine…
J*
21:30 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Walter Malldwight, J*, Rome, Florence, Roma, Firenze
dimanche, 16 juillet 2006
Cronaca romana XXXIX – Last night Philip Glass saved my life
Si par hasard vous ne le saviez pas, la France a perdu son match face à l’Italie. Ainsi dimanche dernier j’ai regardé la partie chez des Italiennes qui habitent vers Piazza Bologna avec Antonello, Fabrizio, Paola, Nino, d’autres gens dont le prénom m’échappe…, et Caroline, expatriée française, nancéenne de surcroît ; si bien qu’à la mi-temps nous avons parlé de l’école de Nancy et des quelques constructions Liberty/Art Nouveau que l’on peut trouver à Rome. Comme quoi, le foot mène à tout.
Même si je me suis fait pas mal charrier les jours qui ont suivi, j’étais plutôt content. Je n’aurais pas aimé passer une soirée avec des Italiens tristes. Ils ont comme vous l’avez sûrement vu à la télé fêté dignement l’événement, par « dignement » il faut bien sûr comprendre « bruyamment » (klaxons, hymne et chants idiots, du genre du genre « Qui ne saute pas est Français ») et avec beaucoup d’alcool, mais ça n’en était pas moins bon enfant. Je crois que Nino est parti vers minuit ; moi, sous l’effet du pinard, j’étais parti tout court depuis un bon moment.
Je me suis réveillé le lendemain matin chez Antonello et Fabrizio, avec la tête qui tournait, un peu. Dans la douche, j’ai eu la surprise de découvrir un shampoing au yaourt. M’est revenu en mémoire quelque chose de très juste que disait David à propos des gens qui boivent leur premier pipi matinal : a priori, si ça sort de ton corps, ce n’est pas fait pour y retourner. Pour le yaourt, pareil. C’est fait pour être mangé, pas pour s’en touiller le crâne (encore que dans ce genre Science et Vie racontait il y a quelques temps qu’on parlait de se laver les mains au yaourt dans les hôpitaux, parce que c’est plein de « bonnes bactéries » qui nettoient mieux que le savon, enfin quelque chose dans cet esprit).
J’ai abandonné l’idée d’aller à la plage ; j’ai acheté le Paperino de juillet et je suis rentré.
Le soir, Nino m’a appris que Philip Glass passait à Frascati, petit village médiéval niché sur les hauteurs environnantes de Rome. Je vous parle souvent de Philip Glass sans jamais vous dire comment je l’ai connu. En fait, il y a quelques année – déjà – un ami m’avait fait écouté l’adaptation qu’il avait faite pour orchestre d’une musique d’Aphex Twin. Ca m’avait plu. Le lendemain, j’allai à la médiathèque où m’attendait Akhenaten (qui reste à mon avis son meilleur opéra). Et ainsi de suite…
Dans mon esprit, il n’était pas concevable qu’il restât encore des places, pour la bonne raison que Philip Glass est de renommée internationale et que, selon moi, c’est le plus grand compositeur contemporain qui soit (alors oui, on pourra encore me parler de Boulez, mais « Boulez » et « compositeur » dans la même phrase me font le même effet que les associations « Gastronomie/Royaume-Uni » ou « Politique/Suisse » : un crise d’asthme tellement je rigole). Nino m’a rappelé que les Italiens étaient moins snobs que les Français (ce qui reste à prouver) et, dans un évident rapport de cause à effet, m’a dit que ça valait la peine d’essayer.
Déjà, il fallait savoir comment se rendre à Frascati en évitant la solution taxi. Après quelques recherches, j’ai vu qu’un train régional y allait de Termini, donc hop, j’y suis allé le mardi pour repérer les lieux. Accueilli par une affiche indiquant « Mercoledì 12 Luglio ; Ore 21,30 ; Villa Aldobrandini / Philip Glass : Works for Solo Piano and Orchestra / Con l’orchestra strumentale città di Prato », mon coeur s’est mis à battre très fort tandis que ma tête émettait une succession de « pourvu que ». Car oui, Bach est mort, Purcell aussi, Haendel a suivi, et tous les autres que j’aime avec – Boulez, lui, se porte bien – est seul reste Philip Glass, soixante-dix ans l’année prochaine.
Je suis arrivé à Frascati sur les coups d’une heure de l’après-midi ; Frascati, ville morte et angoissante où pas une boutique n’était ouverte. Frascati est une petite ville fort appréciée des prélats catholiques depuis le haut Moyen-Âge, et ils ont pris l’habitude de s’y faire construire des villas magnifiques pour le week-end. Ainsi Glass jouait dans les jardins de la Villa Aldobrandini.
A l’office de tourisme on a pu me renseigner : oui, le concert était le lendemain ; non, ils ne vendaient pas de place mais oui, il y avait une billetterie un peu plus bas qui ouvrait à trois heures.
Arrivé devant la billetterie, qui ouvrait à cinq heures, j’ai pris mon mal en patience et décidé d’aller jeter un œil à quelques-unes de ses villas, dont l’accès est bien entendu interdit. La Villa Tuscolana tout d’abord, la plus grosse de toutes, où l’on trouve désormais un luxueux hôtel dix-huit étoiles, qui surplombe la ville et l’agréable parc du Tuscolo ; puis la Villa Aldobrandini, construite au siècle suivant, qui est encore habitée d’ailleurs par quelque prince rendu fou par trois générations de mariages consanguins – mettons que j’exagère un peu sur ce point.
Complètement épuisé par cette marche, je suis redescendu dans le « centre » à la recherche de quelque chose d’ouvert pour me restaurer un peu.
Enfin, l’heure fatidique est arrivée. Je suis arrivé à la billetterie ou, d’une voix altérée, j’ai demandé s’il restait ne serait-ce qu’une place pour le lendemain soir.
« Oui, bien sûr », me fit le jeune homme dont le charmant physique me frappa pas immédiatement tant j’étais occupé à manifester ma joie en faisant des claquettes sur son comptoir.
Soulagé, également de 23€, je suis rentré à Rome-ville et ai, le soir, de nouveau remercié Nino pour cette précieuse information.
Le lendemain, j’ai passé un moment avec Antonello, un autre avec Annabelle, puis je suis rentré chez moi pour me faire joli. J’ai emporté la jaquette du dvd de Satyagraha et le livret de la Symphonie n°8, dans l’espoir d’obtenir deux autographes de Sa Sainteté. « Ouverture des portes : 20h. ; Concert : 21h.30 », indiquait le billet. Arrivé à Frascati à 20h., et pas précisément disposé à poireauté une heure et demie, j’ai trouvé un sympathique petit restaurant. J’ai remarqué également que les habitants commençaient à sortir de chez eux à partir de cette heure ; avant, ils dorment. Je suis arrivé sur les coups de 21h. ou un monde fou attendait que les ouvreuses procèdent… Euh, à l’ouverture. Les places n’étant pas numérotées, les premiers arrivés étaient donc les premiers – et les mieux – servis. Lorsque à 21h.15, nous sommes entrés, j’ai accéléré le pas – sans non plus courir – et, joie youpla-pouêt, me suis retrouvé au cinquième rang. En attendant le début, j’ai papoté avec mon voisin, un certain Mariano, qui se demandait ce qui pouvait être programmé : j’ai parié pour les Metamorphosis, Façades, Company et des extraits de la B.O. de The Hours.
Et puis Il est arrivé. Egal à lui-même, de ce que j’ai pu en voir dans le documentaire Looking Glass : un gentil dépressif, le genre, qui va mal parce que tout va trop bien.
Il s’est assis au piano et a expliqué qu’il commencerait par jouer seul ; et sans plus attendre, a attaqué par la Metamorphosis 4, ma préférée, a enchaîné sur la Metamorphosis 2 et enfin la 1. Il s’est levé, a salué, s’est rassis, a marmonné quelque chose que je n’ai pas compris et a joué trois morceaux que je ne connaissais pas. (Bah oui, je suis comme vous, j’y croyais pas. J’ai vingt-et-un cd de lui, je savais bien que je ne connaissais pas tout, donc je fus agréablement surpris.)
Il a salué de nouveau, fait un gentil sourire puis est sorti de scène. On a poussé le piano et l’orchestre de Prato l’a remplacé. Ils ont commencé par jouer Façades, puis la Symphonie n°3 dont le contraste entre le troisième mouvement et le suivant me fait toujours un frisson ; ensuite Philip Glass est revenu et il a joué l' Opening des Metamorphosis dans une adaptation pour orchestre.
Et puis voilà, c’était fini. Les applaudissements furent nourris et mérités (bien sûr). Philip Glass a souri, encore, et puis il est parti. Comme les gens se levaient, je suis immédiatement parti du côté de la scène où un jeune homme au physique avenant (décidément) barrait l’accès ; je lui ai expliquer que je ne partirai pas tant que je n’aurai pas mon autographe. Il m’a dit « je vais voir ce que je peux faire », une collègue l’a rejoint, a fait un aller-retour, et est revenue en disant : « Il est monté dans un taxi à peine sorti de scène ».
Ah, bon, bof, bon, ben tant pis, et merci quand même.
Je m’apprêtais à retourner à la gare pour y dormir – car oui, pas de bus de nuit, pas de train de nuit, donc j’étais bon pour dormir sur un banc en attendant le premier train, à cinq heures et demie du matin, mais enfin ça ne me faisait pas peur – quand, en descendant, j’ai vu Mariano, mon voisin de concert, et deux amis, qui commençait à dîner. Sur leur invitation, je les ai rejoints ; la fin de soirée fut ainsi fort sympathique, d’autant plus qu’ils m’ont ramené à Rome, à deux cents mètres de chez moi.
Le jeudi, Monsieur A., le directeur du Centre Saint-Louis des Français (San Luigi dei Francesi, pour les italophones) faisait un petit cocktail pour son départ et son épouse, que je connaissais notamment par Chateaubriand (l’école française, pas le dépressif d’outre-tombe), m’avait demandé de venir pour lui donner un coup de main et s’assurer que tout se passe bien. J’ai emmené Annabelle qui sait se montrer très efficace dans ces situations. Bref, le champagne était frais, les invités nombreux et de toutes situations – ambassadeurs, évêques, voisins, amis, collègues. Vers 21h., les derniers sont partis, tandis que Mgr Pierre-Etienne Quelque Chose, « En toute simplicité », plaisanta-t-il, me parlait des séminaristes arrivés depuis peu.
La nuit tombant dans le cloître de Saint-Louis, Monsieur et madame A., Annabelle et moi avons un peu papoté de l’année passée et de celle qui arrivait. Madame A. s’est demandé ce qu’elle allait faire de l’énorme plante qu’on lui avait apportée, tandis que Monsieur m’expliquait les avantages d’être un homme en faisant référence au Dupont que Monsieur Untel lui avait offert quelques instants auparavant.
Anna et moi avons ensuite rejoint un petit groupe franco-italien pour une petite fête officieuse qui se faisait devant le Farnèse, en attendant l’officielle du lendemain. A minuit, nous avons tous entonné la Marseillaise, puis nous sommes partis nous cuiter ailleurs, parce que bon, quand même.
Le lendemain, je devais retrouver J.-B. à Campo dei Fiori pour, cette fois, entrer dans le Farnèse et prendre part à la « petite » réception organisée par M. l’Ambassadeur, à l’occasion de laquelle il ouvre tous les salons qui sont d’habitude fermés à la visite. Et puis J.-B. n’est pas venu, j’ai attendu un moment, puis un autre moment devant le Farnèse – où, déjà, une foule élégante se pressait, tandis qu’une dame elle aussi très élégante cochait sa longue liste sur laquelle je n’étais pas (bouhouhou). Adrénaline, très en retard, m’a rejoint, après avoir marqué un temps d’arrêt devant les soldats à cheval et en bicornes. Il y a eu ensuite un défilé de grosses voitures à vitres teintées, dont sont sortis des messieurs élégants à cheveux argentés, des dames élégantes dont certaines avaient la face toute figée, et sans coup férir, tout à coup, Romano Prodi, précédé d’une caméra, accompagné de son épouse et suivi de deux gardes du corps. En fait il est beaucoup plus grand en vrai, et il fait moins grassouillet. J’ai croisé M. et Mme A. (ceux de la veille au soir, donc – d’ailleurs Mme A. était encore très élégante) qui se sont presque jetés sur moi quand ils m’ont vu, ce qui a donné l’impression aux autres personnes qui attendaient devant le Palais que j’étais quelqu’un d’important (« Vous avez vu, je connais quelqu’un qui sort du Palais », dans le genre).
Puisque donc, J.-B. était aux abonnés absents, nous sommes allés dîner dans un petit restaurant sympathique pour, comme toujours, piailler de néo-plasticisme, de Zidane et de la couleur qui s’accorde le mieux avec le fuchsia. Complètement repus, nous sommes retournés au Farnèse où, encore bon nombre de personnes se pressaient devant l’entrée ; nous nous sommes approchés et là… J’ai reconnu un gendarme – eh oui, ambassade de France, donc gendarmerie nationale – que j’avais rencontré lors de ma visite avec Sophie (cf. CR XXXVI) et avec qui j’avais un peu papoté, juste assez pour qu’il me reconnaisse à ce moment-là. Donc hop, même sans invitation et l’air de rien, nous sommes rentrés.
Il y avait encore un monde fou ; pour être déjà venu, je savais précisément où il fallait aller. J’ai emmené Adeline, dont le menton touchait presque terre de stupéfaction, dans le Grand Salon, puis dans la galerie des Carrache ; elle a d’ailleurs émis un petit « Ah ouais j’kiffe » en voyant les époustouflantes fresques des peintres bolognais. Nous nous sommes promenés de salon en salon, piochant petits fours et coupes de champagne – mais pas trop, puisqu’on sortait de table… M. l’Ambassadeur avait ouvert tout le premier étage, y compris son bureau !, où nous nous sommes arrêtés un moment et où j’ai retrouvé une connaissance, l’époux du consul de France près le Saint-Siège, avec qui j’ai papoté un moment ; au fil des salons j’ai rencontré d’autres gens encore tandis qu’Adeline s’extasiait devant les tableaux, les tapisseries, les lustres, me murmurant « ça doit être ça, la vie de princesse », tout en commentant, avec son habituelle candeur, ce qu’elle a appelé toute la soirée le « consulat de France » malgré mes corrections permanentes.
En partant, nous avons croisé sur le chemin Sébastien, dont je vous parlais dans la C. XXVII-B, avec qui nous avons parlé un moment, avant de rejoindre dans un bar deux nouveaux amis que nous venions de nous faire au Palais – l’alcool aidant, c’est fou les amis qu’on peut se faire – et nous sommes passés du champagne à la Démon (vous savez, la bière qui tire à 12°).
Sur les coups de deux heures, nous avons salué Jean et Xavier – ce sont leurs prénoms – puis nous sommes rentrés ; Adeline chez Sandra, moi chez moi. Bien entendu dans le bus de nuit, et comme toujours par hasard, j’ai retrouvé le Luxembourgeois Christian et deux amies qui allaient à je ne sais quelle fête du côté de Santa Maria Maggiore. J’ai poliment décliné l’invitation, rêvant de mes draps et de d’une bouteille d’eau fraîche.
Le samedi fut culturel puisque la Villa Médicis proposait une exposition d’Ettore Spalletti, dont la présentation indiquait qu’il « semble s’échapper de toute classification ». Le thème : la couleur, qui « s’étend sèche épaissit, repose » (ponctuation de Spalletti lui-même). Au final, une exposition plutôt déconcertante – le mot est faible – de grands cadres monochromes pastel.
Comme nous – moi, Adeline et Sandra, que j’avais invitées à me suivre – ne sommes pas plus bêtes que d’autres et qu’au bout du jardin, avait lieu une autre exposition (normalement terminée il y a quatre jours), nous avons amorti le prix du billet pour y faire un tour : agréable surprise en voyant le travail de Raphaël Thierry, Visions In Dust, un alignement de cent cinquante et un fusains et autres installations curieuses (Les Stéréoscopes, Le Couloir ), déjà plus parlant que ce que nous venions de voir.
S’ensuivit un petit jus de myrtilles (c’est d’un snob) et diverses discussions d’intérêt relatif…, puis je suis rentré faire un peu de courrier.
Vous noterez que je mets en ligne ma chronique avec un peu d’avance mais demain, contre toute attente et presque malgré ma volonté, je vais à la plage avec les filles – je hais la plage le dimanche, je préfère le lundi parce que les musées sont fermés. Bref, au moment où la majorité de mes neuf lecteurs liront ceci, je serai déjà en train de pester contre les familles nombreuses, les play-boys… du dimanche justement et le sable sur ma serviette, que j’ai pourtant achetée format voile de catamaran.
Et bref, bonne lecture, bon dimanche… A la semaine prochaine pour la quarantième !
J*
02:58 | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Rome, Malldwight, Willywalt, Farnèse, Médicis, Glass










