dimanche, 19 novembre 2006

10 centimes

medium_Numeriser0006.jpgJe me suis réveillé hier matin avec l’impression que tout était identique au matin précédent. Le gris du ciel clermontois, le noir de la pierre volcanique de mon balcon. Il faisait bon dans l’air, chaud dans mon lit. Les coins de ma bouche étaient un peu secs, ma barbe grattait ; et d’avoir passé quelques heures à dormir sur mon oreille droite avait endolori le cartilage dans lequel, par deux fois, mon piercing s’enfonce et ressort.

 

Contrairement à avant-hier cependant, je me suis réveillé deux fois ; une première vers six heures, la seconde vers huit heures. C’était un exploit que je parvienne à me rendormir à six heures, alors à huit heures, c’était trop demandé. Je me suis assis dans mon lit et j’ai fini la biographie d’Alexandre le Grand écrite par Arthur Weigall. J~ m’avait parlé de syphilis, M. Weigall pense quant à lui que l’empereur susnommé serait mort de la malaria.

 

Rien de fondamentalement dérangeant pour la bonne marche de l’univers, donc.

 

Vendredi matin j’avais cours, hier matin non. Mais j’ai fait la même chose : bouillir de l’eau, passer mon thé, le boire en écoutant la radio ou en bouquinant.

 

Et puis le facteur est passé, je l’ai entendu entrer et sortir de l’immeuble ; la lourde porte a claqué deux fois. Je me suis habillé – car oui, tout ce qui précède s’est réalisé soit nu (lecture) soit très légèrement vêtu (le reste) – et je suis descendu chercher mon courrier. Et la lettre, donc. Sa lettre. Cette lettre dont il m’avait parlé en quelques mots au téléphone, la veille, alors que je lui reprochais son silence des trois derniers jours.

 

 

Ensuite j’ai lu la lettre.

 

Ensuite je suis resté un moment dans le vague, j’ai regardé dehors ; le ciel gris clermontois, la pierre noire de mon balcon. Je me suis levé du tapis sur lequel, sans me rendre compte, je m’étais assis pour lire ; j’ai mis un cd dans mon lecteur dvd non sans m’être demandé, un court moment, si je n’aurais pas mieux fait d’y laisser le dvd Disney treasures retraçant les meilleurs dessins animés de Donald de 1934 à 1938.

J’ai mis la n°6 de Beethoven, en repensant à Sardou. Parce que oui, dans sa dernière chanson, Michel Sardou reprend quelques accords Beethoveeniens pour broder un thème musical assez plat, et soutenir, dans une vaine tentative, des paroles qui ne le sont pas moins. D’ailleurs tiens, la… Euh, chanteuse Nadiya (corrigez si je me trompe dans l’orthographe) a fait la même chose avec du Chopin.

 

Back to basics, oui, mais à la tronçonneuse.

 

Et puis j’ai relu cette lettre, sa lettre, et j’ai dit « non », et puis au paragraphe suivant, « non, c’est pas vrai, comment peut-on se tromper ainsi ? » ; à la deuxième page j’ai douté de lui, à la troisième, de moi. A la fin j’ai vu une coquille avec mon prénom dessus, et une forte lumière placée derrière permettait de voir, très clairement, qu’elle était vide.

 

Je me suis retrouvé dans la douche, à me dire qu’il serait temps de vider un verre d’acide dans les canalisations. Quelqu’un a fait la vaisselle dans ma douche, ou rincé ses pieds après avoir foulé du raisin lors des dernières vendanges, mais quelque chose s’est passé pour que ça pue ainsi, et mes cheveux et poils qui y macèrent ne sont pas seuls responsables.

 

Je ne suis responsable de rien. Je ne suis pas le grand maître du second degré. Je ne suis pas non plus le concepteur de la compréhension globale. Pardon pour les nuances, pardon aussi pour les coins saillants. Je ne suis pas un fondu enchaîné, ni un plan séquence.

 

Parfois je le regrette un peu.

 

C’est ce que je me disais en me demandant, devant mon placard à chaussures. Enfin, je me disais surtout : « Quelles chaussures iront avec cette veste ? », et puis, alors que je réfléchissais devant un amoncellement de semelles avec un air constipé, j’ai remarqué un papier dentelé pris sous le rail de la porte coulissante. C’était deux timbres marronnasse, avec une vieille Marianne dessus ; la même Marianne qui est peinte en blanc et rouge sur la façade d’un grand immeuble de la Poste – et là, ma mémoire me fait défaut, car je ne sais plus si cet immeuble est à Bordeaux ou à Nancy. Je crois que c’est Nancy, mais je ne suis pas certain.

Je me suis demandé s’ils étaient encore valables – et quand bien même ?

 

Et puis Marie m’a appelé.

« Dix-sept fois treize minutes, ça fait combien ?

- Euh (imaginez un euh assez long pour faire le calcul mental, exercice dans lequel j’excelle moins que la rime facile en « poil au nez, yeux, mains, zizi, c… »)… Quelque chose comme trois heures et demie.

- Ah bon alors pour cet après-midi ça va être tendu… Je dois vérifier les chambres des femmes de ménage, elles sont dix-sept, je serai jamais à deux heures au rendez-vous… Je vous tiens au courant ! »

 

Car oui, il était prévu que Marie, Maud, Pauline, Guillaume et moi allions au forum des métiers des arts (quelque chose comme ça) qui se tenait tout le week-end à Vichy. Et puis finalement, voilà, Marie ne pouvait pas venir, alors nous y sommes allés tous les quatre.

Passons sur l’entrée facturée 4€ par le Palais des congrès. Le forum présentait quatre-vingts exposants, du ferronnier d’art en passant par le restaurateur de meubles anciens, potiers, émailleurs, en passant par les inévitables « créatrices » (notez l’insoutenable féminin, rehaussé de guillemets) de pendentifs en point de croix, colliers de perles, etc, etc, et tout est dans le etc.

Bref, le forum avait l’avantage de concentrer des professionnels réputés dans leur catégorie, y compris celle des saloperies bariolées (cf. colliers de perles susmentionnés). Pas de quoi être déçu, mais rien de précisément excitant non plus. Moi, de toute façon, j’étais en train de réfléchir au plan en deux parties que j’emploierai pour ma lettre, ma réponse, à cette lettre, sa lettre, reçue quelques heures.

Mais vais-je seulement lui répondre ? Je ne suis pas très sûr de devoir tout reprendre, point par point, pour m’expliquer, détailler, colorer, nuancer. Ca ne mènera probablement à rien, et je suis un peu fatigué de brasser de l’air pour la gloire d’écrire au kilomètre. C’est fini, les lettres de cinquante-huit pages. Ma performance pourrait tenir au simple silence que je suis parfois incapable de maintenir, pour mon propre bien, ou de briser quand justement, on le relève.

 

Peut-être que ce sont ses amies, qui m’ont vu une heure, qui ont raison. Peut-être qu’on avait rien à faire ensemble. Ou peut-être que si – peut-être, simplement, que ce sont ses amies qui ne me convenaient pas. Quand je suis trop jovial, on dit que j’en fais des tonnes. Quand je suis pondéré, on dit que je manque de spontanéité. Quand je parle de sujets sérieux, on dit que j’intellectualise. Quand je fais le con, on dit qu’on n’arrivera jamais à rien avec un type aussi peu posé.

            Quand je donne tout, on ne prend rien ; quand je n’ai rien à proposer, on me vole ce qu’on peut – quand je suis dans ma coquille, on veut m’en extirper ou quand j’en sors, on fait passer la lumière au travers pour me faire croire qu’elle est vide. Encore une fois.

 

Je suis celui qu’on lit, mais je n’écris pas tout le temps. Je suis celui qu’on écoute, mais il faut aussi apprécier mon silence. Je passe mon temps à dire que je le perds, le doute me massacre. Mes hallus ont repris la semaine dernière. Rauschenberg colle, mes pensées décollent. Le Tercian me provoque. Titien serait prébaroque.

 

Ici commence où tout finit.

 

J*

 

 

dimanche, 05 novembre 2006

Le vicaire n'était pas basketteur

Deux semaines plus tard.

 

Mon onglet « blogs » comporte 28 entrées – et je ne parle pas des blogs déjà listés dans certaines communautés de blogueurs. Je présume qu’on atteint sans peine la cinquantaine.

Sur ces cinquante, je n’en lis plus qu’une petite dizaine. Même écrire le mien est par moment fastidieux, parce que je doute vraiment d’être intéressant avec des anecdotes personnelles.

 

Par exemple, lundi matin, je suis entré dans un restaurant qui informait, sur une ardoise de présentation : « bavette aux échalottes ».

« Bonjour.

-Bonjour monsieur, je peux vous renseigner ?

-Je voulais juste vous dire qu’échalote ne s’écrit qu’avec un seul t. »

La courge aurait dû bafouiller une excuse ou, à la rigueur, rougir en ricanant tout en prétendant à la faute d’inattention. (On écrit volontiers échalote comme charlotte.) Et non, elle m’a répondu :

« Et alors ? »

L’affront m’a terrassé. Je suis parti en donnant l’impression de ne pas avoir entendu – le fait est que Siouxsie bramait aimablement je ne sais plus quelle chanson dans mes oreilles.

 

Lire des blogs me prend du temps, écrire le mien aussi. Le temps, je cours toujours après, et ces derniers jours, je l’ai bien occupé.

 

 

La semaine dernière fut notamment occupée à travailler avec Maud et Pauline sur un sujet follement excitant, en matière d’autorisation d’urbanisme : les ZAC, entendez, Zones d’Aménagement Concerté. Trois heures et demie nous ont mardi dernier permis de faire un exposé clair en quatre pages, d’en constituer des annexes magnifiques (ok, un arrêt du Conseil d’Etat, ce n’est pas si magnifique, mais à un juriste ça fait toujours plaisir). Après avoir ingéré un hot-dog à grande vitesse qui calma, quelques temps, l’impression que je mourrais de faim, je suis rentré chez moi pour travailler un peu et notamment, commencer d’écrire quelques lettres (enfin, au moins une) pour trouver un stage en fin d’année. Pendant deux mois, je devrai mettre mes remarquables compétences au service d’une société ou d’un organisme qui m’exploitera tel un citoyen d’Olynthe vendu comme esclave à Philippe de Macédoine.

 

 

J’ai vu le lendemain Madonna dans le show d’Oprah Winfrey. Par moments j’ai l’impression qu’elle hausse les sourcils non seulement sous l’effet de la surprise, mais pour nous montrer que son front n’est pas plein de botox. Et Mum qui hésite encore sur le laser… Mercredi, c’est aussi le jour où j’ai été élu président de l’association de mon master. Notez bien qu’en arrivant, je détestais ma promo tout en espérant qu’elle me le rendait bien, et voilà que j’en suis le représentant. Au moins, si je dois me plaindre de quelque chose, je n’aurai à m’en prendre qu’à moi-même.

 

J’ai un nouveau voisin. Après avoir été poursuivi par les Espagnols en Italie, je retrouve Clermont et sa fourmilière de Chinois. Ming, à qui j’avais demandé un jour pourquoi les Chinois appréciaient tant Clermont, m’avait expliqué que le niveau d’études en AES (Administration Economique et Sociale) et divers IUT était le même qu’à Paris mais que la vie coûtait moins cher qu’ici. Dont acte. J’ai donc un nouveau voisin, un nouveau Ming, d’ailleurs (que c’est original), qui est tout plein de commisération, que c’en effrayant. Je l’ai trouvé un tantinet hilare cependant lorsque, hier, je lui ai ouvert la porte en peignoir et la tête enturbannée dans une serviette éponge à motifs girafe, alors qu’il venait me demander quel compteur était le mien.

 

Notez bien la transition, attention, hop, Ming = Chinois, Chinois = Laurent, Laurent = (notamment) civilisation chinoise ; civilisation chinoise = promesse de Laurent de m’emmener au Musée Guimet, j’entends, Musée des arts asiatiques. C’était fort intéressant, mais un peu juste en temps puisque bien sûr, nous y sommes arrivés tard ; il devrait donc y avoir une prochaine fois. Ça, c’était le week-end dernier. J’ai constaté dans le métro que les musées parisiens ne craignent pas la contradiction, puisque le Louvre propose des dessins de Rembrandt, tandis que le Grand Palais expose ses eaux-fortes. Il me reste encore Klein à Beaubourg, l’expo temporaire sur les portraits au Grand Palais… La FIAC… Et tout le reste. Dans le reste, j’inclus notamment l’exposition « Bêtes de scène » qui se tient jusqu’à demain au Centre national du costume de scène de Moulins, Moulins que vous situez dans l’Allier, et non pas dans ton cul – attention, ce n’est pas de la vulgarité gratuite, mais un simple rappel à un ancien article [« Moulins ? Moulins sur Allier ?  – Non, Moulins dans ton cul »].

Exposition fort intéressante donc, dont je peux difficilement vous vanter la scénographie puisque la majeure partie était exposée derrière de grandes vitrines ; mais enfin la BNF, l’Opéra de Paris et la Comédie Française avaient pour l’occasion ouvert leurs garde-robes où dorment des costumes qui approchent pour certains le demi-siècle.

C’était histoire de s’occuper un après-midi à Moulins, puisque le lendemain notre estimée professeur d’Histoire de l’Art (dont j’avais récemment critiquée la hâte à traiter des notions bicentenaires en cinq minutes) nous avaient conviés à assister, voire, à participer, à des fouilles préventives qu’elle co-dirige dans l’église de Souvigny, dans l’Allier également, et laissez mon arrière-train tranquille.

Souvigny est un site clunisien riche en vestiges d’une glorieuse époque durant laquelle le moinillon, en dehors des actions de grâce aux Saints Odilon et Mayeul, boutait le païen hors du territoire françois, voire, boutait le païen directement chez lui pour l’évangéliser comme il se doit, parce que merde, une croisade, ça se rentabilise pas en pourpre et en myrrhe. Bref, j’invente un peu là. Tout ça pour dire que Souvigny est toujours un site religieux puisque occupé par quelques Bénédictins sympathiques, dont je vous reparlerai plus bas.

 

Après une bonne nuit de sommeil chez MP, donc, qui m’accueillait avec deux camarades de promo, Marie et Julien, nous sommes arrivés jeudi matin sur les coups de neuf heures dans la charmante ville médiévale toute givrée, glagla. Les photos que j’ai prises montrent que les fouilles ont bien avancé ; ont été mises à jour, outre le tombeau de Jean de Rochefort (dit « le bâtard de Bourbons »), une quarantaine de sépultures ; soixante autres seraient encore à dégager mais le temps presse, pour des raisons administratives notamment. Bref, les fouilles, c'est rigolo, du moins si on tombe sur des gens qui vous expliquent tout bien ce qu’il faut faire, et si on se trouve sur un « carré » riche en restes du passé. En l’occurrence, ce matin-là, on venait de dégager le sommet d’un crâne couleur mimolette, qui me rappelait curieusement celui dont on s’était servi il y a quatre siècles, au Tibet, pour faire une louche de cérémonie (merci le musée Guimet). Bref, au bout du crâne, il y avait d’autres os, et puis à côté, un autre squelette et, à la fin de la journée, on a trouvé entre ces deux squelettes un troisième, tout bien rangé.

La journée fut interrompue par le déjeuner, que nous avons pris en compagnie des bénédictins susmentionnés. Le prieur n’était pas là et ça tombe bien, parce que ce n’est manifestement pas le premier pour le déconne ; il était donc remplacé par son vicaire qui nous a mis au pas :

« Les règles monastiques exigent que nous prenions le repas dans le silence, tandis qu’un d’entre nous fera la lecture. »

Lorsque le vicaire est entré, j’ai demandé à ma voisine de droite s’il y avait une équipe de basket chez les Bénédictins, parce que le vicaire, c’est un grand noir qui mesure bien deux mètres dix, vingt, et que bien sûr je ne suis jamais à un stéréotype près.

Ensuite un pote à lui nous à fait lecture de la vie de euuuuh… Marthe Robin, je crois. C’était pas très intéressant mais enfin, le repas était bon.

 

Au café je me suis fait alpaguer par le frère Joachim, qui m’a branché Michelangelo très vite, comme si j’avais la tête du mec qui connaît sa vie, son œuvre. Américain fort aimable, sympathique, très porté sur la chose (je veux dire, la Renaissance), ce qui m’a fait me demander (à l’instar du vicaire) s’il ne s’était pas trompé de vocation. Bon, bref. La journée a fini comme elle avait commencé, dans le froid, glagla, mais je me suis couché moins bête et surtout, complètement éreinté, d’autant qu’il a fallu que je remettre MP au lit puisqu’elle s’était cassé la margoulette en tentant de s’y mettre seule.

 

La semaine se termine avec la visite éclair de ma famille de Suisse, partie juste assez tôt avant que nous ne déclenchions une guerre franco-helvète portant sur la semaine de quarante-deux heures et le régime des retraites. En même temps, depuis Marignan, les Suisses la ramènent pas trop sur le plan militaire…

Que je suis chafouin, ce soir…

 

Mes parents sont partis à la fête de la pomme, dans je ne sais quelle ferme du voisinage. Mum m’a expliqué son air ravi : invitation reportée depuis quatre ans, politesse entre bons voisins, etc.

 

 

Allez, bonne nuit.

 

J*

dimanche, 30 juillet 2006

Ultima cronaca romana (XXXXI) – Café chinois et ombres romaines


            Voilà, c’est la dernière chronique – pas la dernière de l’année, et probablement pas la dernière à porter un titre un rien ridicule. C’est surtout la dernière que j’écris de Rome ; du moins pour le moment, « car s’il faut bien repartir, c’est pour mieux revenir », écrivais-je euh… Je ne sais plus à quelle occasion, mais là ça s’insère bien aussi.

 

            Ma semaine s’est déroulée comme n’importe quelle autre, à ces détails près qui évoquent un léger trouble, une indécision un peu gênante ; coincée dans ce temps qui arrive trop vite, mais, en même temps, semble si loin. Je n’aime pas les départs programmés ; une semaine avant, je compte les jours. « Ca passera vite », se dit-on à la fin ; mais non, c’est faux, archifaux. “And time goes by so slowly”, chantait Joni Mitchell dans Chinese café. J’ai vu chaque jour se rapprocher la perspective des valises à faire, des choses à ranger, trier, des bricoles à jeter –car oui, je jette aussi, mais tellement peu. C’est bien ça le problème. Je garde tout, ou presque. Tout à valeur de témoignage, de preuve, de sentiment. “And time can do so much”, poursuit Joni ; avec aux moments où l’on s’y attend le moins, des questions qui émergent comme les fumeroles brûlantes d’un volcan sous-marin : en allant voir l’exposition consacrée à Raffaello à la Galerie Borghese – pour laquelle on m’a extorqué 9.75€, tarif réduit, soit plus que le tarif réduit des Musées du Vatican – et devant sa Belle jardinière, ou le David de Bernini, ou celui tenant la tête de Goliath de Caravaggio (car oui, outre l’exposition sur Raffaello, les autres salles du musées étaient ouvertes, je ne me suis pas privé) j’ai pensé à mes bagages, au voyage, au trajet, à ma grand-mère (la Reine-Mère) qui a intégré la maison familiale le temps de se remettre à sauter comme un cabri – pour le moment, depuis qu’elle s’est cassé la patte, elle peine sur ses béquilles – à des choses d’un intérêt relatif. Et ces questions, ces odieuses questions ; et des réponses que l’on ne se donne pas, par facilité.

 

            Lundi soir, mardi soir, le ciel était couvert et des éclairs l’ont éclairé. « J’ai reçu un flash dans les yeux », s’est exclamé un gamin qui jouait au foot avec un autre, alors que j’allais me goinfrer de pizza chez l’Egyptien. Et puis non, quelques gouttes d’eau et au revoir, pas même une petite pluie qui aurait un peu rafraîchi le sol brûlant, et tassé la poussière qui asséchait ma bouche.

J’ai enchaîné le lendemain sur un futile exercice épidermique ; bronzons, bronzons, mangeons du sable avec nos glaces. J’ai fini le tome II des Mythes Grecs. Dimanche, c’était l’anniversaire de C. ; nous avons précisément un mois d’écart. J’ai beaucoup pensé à elle. Nous nous connaissons depuis dix ans, et ça fait des mois que je n’ai pas de nouvelles, ni que je lui en donne ; la dernière fois que je l’ai vue il était question qu’elle parte travailler dans un hôpital au Cambodge, ou au Vietnam, quelque chose comme ça. Vendredi, cela faisait un mois que Mikael était parti, jour pour jour. En ce moment, il fait son stage dans une centrale nucléaire. Younès, lui, ne partira pas, pas au Liban en tout cas, puisqu’il n’y a plus d’aéroport ; il ira en France, où un cousin peut l’accueillir.

 

            Mercredi, après avoir montré le Vatican et Saint-Pierre à Adeline (qui, bien qu’à Rome depuis cinq semaines, n’avait pas trouvé une demi-journée pour visiter), encore un peu de plage ; avec Valérie-Anne et toujours, Sandra et Adeline. Le soir nous avons mangé en ville, bien rigolé, pleuré aussi, du moins Sandra, qui se plaignait une énième fois des Italiens et de leur caractère quelque peu changeant, surtout au saut du lit.

 

Jeudi je me suis fait réveillé par Michela qui me chatouillait les pieds, revenue par surprise à Rome, pour passer la journée avec moi et Giusi. J’avais prévu une visite, elles m’ont suivi : San Carlino alle quattro fontane, petite église baroque de Borromini, sa première, qui contraste joliment avec les productions massives qu’il dirigea par la suite ; pour les « quatre fontaines », il s’agit d’un référence aux… Quatre fontaines donc, de Bernini, qui marquent chaque angle du carrefour ou est bâtie l’église. Bernini était le pire ennemi de Borromini, là ou passait l’un, l’autre suivait : lorsque Borromini a mis en chantier Sant’Agnese (piazza Navona), Bernini a suivi avec trois énormes fontaines sur la place même. Et ainsi de suite. Ils avaient un an d’écart mais Bernini, au final, vaincra, puisque que Borromini se suicidera, hop. Il était un peu instable. Génial, mais instable.

 

            Nous avons été déjeuné en suivant notre programme frutta/verdura (fruits et légumes), lancé à l’initiative de Giusi qui se plaignait, il y a quelques temps, d’un petit ventre. Moi, rien à dire, le programme m’enchante, de toute façon, même en me gavant, je ne décolle pas ; je reste à mon poids d’hépatique (souvenir de terminale). Je ne suis pas encore sec, j’ai encore du graillou sous ma ligne de poils ventrale (qui ressemble à un dos de teckel), mais sec, je ne le serai jamais ; « chez nous, on n’est pas beau quand on voit les os », dixit Mum qui a testé le yo-yo après ses accouchements.

            Après, petite promenade à Villa Borghese sous une chaleur accablante ; un garde-quelquechose nous a menacé d’une amende de 500€ si nous n’enlevions pas les pieds de la « fontaine historique » dans laquelle nous les rafraîchissions. Nous, mais aussi la cinquantaine d’adolescents qui poussaient d’heureux vagissements, à demi-nus et déchaînés, toujours dans cette « fontaine historique », nettoyée la veille. « C’est écrit nulle part qu’on n’a pas le droit de se tremper les petons », ai-je dit aux filles ; « C’est écrit nulle part que tu dois pas me tuer », a riposté Michela, « et pourtant, tu ne le fais pas… »

elle a imité Ouin-Ouin qui tente de parler Italien, puis elle s’est endormie, et nous aussi, quelques minutes, pour digérer, penser, oublier.

Elles viendront en novembre. C’est en projet.

 

            Le soir dîner rapide, puis sortie nocturne, j’ai retrouvé Antonello qui ne donnait pas de nouvelles depuis trois jours, je n’ai pas vu Mariano alors que je trimbale dans mon sac, depuis également trois jours, un CD que je dois lui rendre. Avec Sandra et Adeline – dont c’était le dernier soir à Rome – nous avons fait la connaissance d’un Patrick, un Sacha (le genre « attention Sacha c’est chaud – voilà, le temps de le dire il s’est déjà brûlé »), une Giulia, et d’autres encore ; « J’adore le France ! », avons-nous entendu mille fois ; moi aussi, mais je veux pas rentrer, je veux pas, je veux pas.

 

            Mail de Mum ; messages de G. qui passe ses vacances dans une bergerie, plus exotique que Saint-Domingue, moins coûteux, et aussi chaud. Canicule partout, justice nulle part, encore des 40° cette semaine que moi, et tous les autres membres de la FIST, Fédération Internationale des Surpoilus pas Tondus, avons dû supporter sans broncher, sans se plaindre et surtout, sans briller sur les photos prises avec un flash. La brillance en photo, oui, mais que pour les campagnes de pub Estée Lauder ou Versace. …tiens, je n’ai pas fait les soldes. Comment aurai-je pu, de toute manière, caser ne serait-ce qu’une demi-cravate dans mon armoire pleine à craquer ?, à craquer, vous dis-je. A chaque fois que je l’ouvre je brûle un cierge, ou une bougie d’anniversaire, ou un truc qui pue la citronnelle – bref ce que j’ai sous la main – pour calmer le courroux du dieu Ikea.

 

 

            Mon lecteur est arrivé vendredi soir.

Voyez-vous, tenir un blog peut parfois représenter des avantages : un jour, un de mes lecteurs me demanda si, en allant quelques jours à Rome, je serais d’accord pour lui servir de guide ; oui, bien sûr. Il avait été question de mai, mais ça ne s’était pas fait ; puis il m’en reparla et évoqua fin juillet.

« Et tu viendrais comment ?

-Ben, en avion.

-Ah… Ca ne te tente pas de venir en voiture ?

-Euh… »

 

Et ainsi, après l’avoir convaincu, il est venu en voiture, et rentrera chez lui par le même mode non sans m’avoir, auparavant, déposé chez moi avec mes huit cents kilos de bagages !...

Je vous laisse, je vais le chercher à son hôtel pour son programme dominical (aujourd’hui San Paolo Fuori le Muri, San Giovanni in Lateranno, et une glace au milieu).

 

J*

 

P-Sc. : puisqu’il faut une fin…

 

samedi, 22 juillet 2006

Cronaca mista XXXX – Ils ont ‘and même un drôle d’a’ent, par ici

Ainsi dimanche j’ai survécu à l’épreuve qui, en dépit de sa difficulté, n’a été admise dans le mythe des épreuves d’Héraclès/Hercule ni par Ovide, ni par Apollodore, ni Pausanias ou Diodore de Sicile : aller à la plage le dimanche, et y survivre plusieurs heures.

Prochaine épreuve : écouter un CD de Carla Bruni en entier.

 

J’ai retrouvé le soir Xavier, dont je vous avais parlé la semaine dernière, que j’avais rencontré avec un ami à l’ambassade le soir du 14. Après une petite promenade dans les jardins de la villa Montalbana, nous avons rejoint ledit ami pour dîner. Soirée agréable, aux conversations variées (la communication chez Bulgari, les plages de Gaeta, Cesaria Evora) et suggestions diverses (déplacer l’état d’Israël en Bavière, aller voir Morrissey qui était en concert au même moment à Ostia).

Le lendemain je devais retrouver Michela pour déjeuner avec elle avant qu’elle ne parte de Rome ; finalement Giusi s’est également jointe à nous et nous avons déjeuné non loin de Santa Maria Maddalena, dans le quartier historique. Un simple martini en apéritif aura suffit à aggraver leur principale occupation, lorsqu’elles n'étudient pas : jouer aux idiotes . Après une petite glace qui a fini de nous plomber, nous sommes rentrés chez nous – pour en ressortir presque aussitôt : j’ai dîné avec Nino et, une heures plus tard, j’étais à Campo dei Fiori avec les deux mêmes, plus Chiara. C’est cette fois-ci sous l’effet d’un Nero d’Avola qu’elles se sont mises à parler des Teletubbies – et de l’effet qu’a eu cette performance sur le reste des personnes en terrasse. Plus tard, Antonello nous a rejoint, accompagné de son frère Francesco, dont il ne m’avait pas dit qu’il était son jumeau (d’où stupeur) et de la copine de ce dernier, Linda.

J’ai eu au cours de la soirée un appel d’Annabelle, toute contente, dont le dossier a été retenu pour un M2 à Nice ; des soixante-quatorze dossiers (exagération volontaire) qu’elle avait préparés et auxquels les réponses « votre dossier a été retenu liste d’attente » se succédaient, c’était son préféré. Meno male, comme on dit ici.

 

…Et sur le coup des trois heures, nous sommes rentrés dormir.

 

Le mardi, rebellotte avec Nino, qui sortait d’examen d’anatomie comparée : nous sommes allés dans un restaurant de ma connaissance près de San Agostino qui prépare des salades roquette/parmesan/viande fumée à hurler de bonheur (le restaurant, pas San Agostino, du moins pas que je sache), puis glace, et soldes : il avait en tête d’acheter un pantalon et, sous l’effet d’une logique probablement sicilienne, il est reparti avec une chemise. Nous sommes passés chez Fabbriano pour acheter un stylo pour une amie à lui – que voilà une information capitale – puis à Repubblica pour qu’il achète ses lentilles de contact – seconde information de premier ordre – et enfin nous sommes rentrés, puisque son père l’attendait : eh oui, Nino s’en va aussi, retourne vers les rivages dorés de sa belle Sicile.

Le soir, petite conversation MSN avec Mum qui depuis quelques jours exigeait par mails de me parler en live. Après m’avoir agacé dix minutes, enfin, elle m’a appris que mon dossier, également, avait été retenu pour le seul M2 auquel je postulais. Ceci a donc fini de me mettre de bonne humeur.

 

Mercredi, rien, hormis de l’écriture et de la lecture : une énième grève (partielle) des transports en commun – la deuxième ce mois-ci – m’a obligé à rester chez moi ; et se promener en taxi n’était même pas envisageable puisque leurs conducteurs également ont interrompu toute activité en réaction à la non-réponse de la mairie sur la précarité de leur contrat de travail ; bref, quelque chose de suffisamment important qui justifie de bloquer la circulation piazza Venezia (un des carrefours principaux du centre).

 

            Jeudi, après mûre réflexion, j’ai accepté la proposition de Sandra, à savoir, passer deux jours avec elle, Adeline et Arnaud, un ami à elle arrivé depuis peu… A Florence. Ma connaissance de l’Italie étant spécialement limitée à Rome et aux alentours, c’était une proposition très intéressante que m’avait déjà faite Daniela en mars, puis Alessandro il y a quelques temps, mais qui n’avait pas pu se concrétiser pour des raisons d’emploi du temps. Alors youpla, levé de bonne heure, de bonne humeur (ou presque) pour prendre le premier train.

Le voyage, qui consista surtout à violenter Adeline pour lui arracher des hurlements de rire, se passa sans encombre. Nous sommes arrivés en province (ben oui parce que finalement, je l’oublie un peu, mais Rome c’est la capitale de l’Italie) sous une chaleur écrasante. Première chose : guide et carte.

On arrive assez vite au centre-ville. Passage tout d’abord par San Lorenzo, écourté par les hurlements des demoiselles devant lesquelles s’étendait un immense marché à ciel ouvert : tout ce que l’Italie sait faire de mieux (et de pire) était vendu ici. Après avoir patienté un moment, fait un petit tour de l’endroit, nous avons fait notre première visite, à savoir, les chapelles des Médicis – car oui, il y en a deux, ou plus précisément, à la « chapelle des Princes » (où, outre les sarcophages de six Grands-Ducs, on trouve ceux de Ferdinando I et Cosimo II) est accolée une « nouvelle sacristie », œuvre non achevée de Michelangelo, qui y laissa tout de même de remarquables statues ; celles du Jour et de la Nuit sur le sarcophage de Giuliano, et celles de l’Aurore et du Crépuscule sur le sarcophage de Lorenzo. A ceux qui se demandent comment on fait pour reconnaître une statue ou une peinture de Michelangelo, je donne un truc simple : si les sujets féminins ont l’air d’être des bonhommes avec juste une paire de nichons pour s’en différencier, c’est de lui. (Sinon, vous pouvez aussi chercher dans votre guide.)

Précisons, bien sûr, qu’il est strictement interdit de faire des photos dans tous les endroits payants de Florence (c’est-à-dire partout), ce qui évidemment ne m’a pas empêché d’en prendre quelques-unes (tant qu’on n’enclenche pas le flash, je ne vois pas où est le problème), juste pour me rebeller et surtout, ne pas acheter des cartes postales à 2€ pièce.

 

            Midi était passé depuis longtemps…, il a donc s’agit de trouver un endroit où se restaurer. A ce sujet, je donner un conseil aux gens qui envisagent de passer des vacances en Italie avec un budget limité : sachez que vous pouvez très bien manger lorsqu’une carte annonce des Primi ne dépassant pas 9 ou 10 € et des pizze à moins de 7€. Donc, nous avons trouvé un restaurant où, en effet, pour un prix raisonnable nous avons copieusement déjeuné. Je m’aperçois avec effarement que j’arrive désormais à engloutir un plat de pâtes, un pizza, un dessert et un café sans problème, tout ceci sans reprendre un gramme des cinq kilos que j’ai perdu cette année.

 

L’après-midi un nombre étendu de possibilités s’offraient à nous, bien qu’elles fussent toutes, quoiqu’il arrive, subordonnées au paiement plus ou moins extravagant de droits d’entrée. Notre choix s’est porté sur le Palazzo Pitti – dont la conception fut commandée  par la famille du même nom à Brunelleschi pour concurrencer le palais que Michelozzo réalisait pour les Médicis – qui ne renferme pas moins de sept musées. Notre choix s’est porté sur la Galerie Palatine, qui en plus de vingt salles renferme quatre siècles d’art Italien (je vous la fais courte). Nous avons conclu par une petite promenade dans le jardin de Bobolo, du nom de la colline sur laquelle fut bâti le palais lui-même, dont la taille démesurée m’a laissé penser qu’il serait probablement très facile de s’y cacher pour une nuit. La vue de Florence de cette hauteur a une nouvelle fois donné lieu à des commentaires détaillés de la part d’Adeline.

Après s'être fait gentiment chasser, puisqu’il était l’heure de fermer, nous sommes partis à la recherche de notre hôtel, à deux pas du Ponte Vecchio : très bien placé et d’un prix raisonnable. Il fut convenu que je partagerai le lit avec Adeline, qui me promettait une nuit de folie en raison de son incapacité à s’endormir avant trois ou quatre heures du matin. Après une petite douche, nous sommes partis à la recherche d’un nouvel endroit pour dîner, non sans nous émerveiller au passage sur les beautés dont regorge la ville (j’ai l’impression d’écrire un guide touristique, là). Enfin, nous avons trouvé un joli restaurant dont la carte – plus chère que celle du midi – semblait très évocatrice.

            Deux heures et trois bouteilles de vin plus tard, deux limoncello chacun, nous étions dans un état de jovialité assez avancé, qui nous a conduit à faire ami-ami avec le personnel : deux serveurs fort sympathiques et une serveuse, Martina, qu’Arnaud imaginait déjà courir en tenue légère autour de son lit. Mais c’était peine perdue puisqu’elle l’informa qu’elle était déjà promise à un autre jeune homme, qui, d’ailleurs, travaillait dans la cuisine de ce restaurant, information qui eut pour effet de très vite calmer les ardeurs du jeune homme. Quant à nous – Sandra, Adeline et moi – nous étions bien partis pour suivre nos deux nouveaux amis dans une fête appelée « Central Park ». Nous nous sommes donnés un hypothétique rendez-vous, certains, dans l’état qui était le nôtre, de nous y retrouver sans peine.

            Puisque le restaurant fermait, nous sommes partis nous promener sur lungarno – littéralement, « le long de l’Arno », le fleuve qui traverse la ville, donc – ; promenade ralentie par diverses rencontres pour la plupart agréables, jusqu’à ce que je me fasse draguer par un Espagnol qui, quoique avenant, n’en restait pas moins Espagnol et m’infligeait des poncifs sur l’élégance de mon maintien et l’éclat de mon visage (j’en rajoute volontairement une couche, afin de traduire notre état d’ébriété commun ; qui aura, à Alberdo (je crois que c’est comme ça qu’il s’appelle) fait dire ces choses et à moi, les comprendre). Sans me faire prier j’ai abandonné les grands yeux noirs d’Alberdo et rejoint Adeline qui m’appelait à la rescousse pour communiquer avec deux Turcs qui avaient manifestement une idée graveleuse derrière la tête. « C’est ton copain ? », lui ont-ils demandé un peu embêtés. « Oui », a-t-elle répondu aussitôt, se mettant subitement à comprendre l’Italien.

Et, sans crier gare, nous a rejoint un des deux serveurs susmentionnés. Sans lui demander son avis j’ai grimpé sur son motorino et lui ai demandé de me faire faire un tour de la ville, ce que, bonne pâte (c’est toujours amusant de dire ça d’un Italien), il n’a pas osé refuser. Les cheveux aux vent, c’est-à-dire sans casque et c’est très mal, j’ai vu la Piazza Michelangelo, l’église je sais plus quoi, etc., et retour à l’hôtel où mes camarades s’étaient finalement échoués. J’ai retrouvé Adeline qui, en effet, avait déjà attaqué la « nuit de folie » précédemment évoquée en vomissant son repas du soir dans d’élégants spasmes qui m’ont, l’espace d’un instant, rappelé Em.

Et je me suis endormi.

 

            Le lendemain, c’est-à-dire quelques heures plus tard, nous avons rapidement petit-déjeuné puis sommes passés sur la piazza della Signoria (« de la Seigneurie », donc) pour donner un œil au Palazzo Vecchio, dont la construction débuta en 1299 et dont la tour, haute de 94 mètres, fut achevée en 1310. Agrandi, arrangé, encore agrandi, le palais pris son aspect actuel au seizième siècle. Comme la visite était, bien entendu, payante, nous avons préféré aller dépenser une somme équivalente pour la visite de la coupole de la cathédrale Santa Maria del Flore, plus connu sous le diminutif Duomo (entrée : 6€), qui comporte un baptistère (entrée : 3€), le campanile de Giotto (entrée : 6€) et un musée (entrée : 8 €). Les prix ne font l’objet d’aucune réduction, puisque, comme on me l’expliqua gentiment à l’entrée, « l’entretien et l’exploitation sont assurés par une société privée ».

Pour monter dans la coupole, puis sur la couple, tout en haut, il faut gravir 364 marches, ce qui ne fut pas sans me rappeler celles gravies des terrasses de San Pietro (à Rome) pour aller également dans et sur la coupole (un peu plus de trois cents, mais sans compter celles qui arrivent aux terrasses). Splendide vue, comme toujours sobrement commentée par Adeline qui a, pour reprendre ses termes exacts, « trop kiffé » ; nous avons pris un moment pour respirer, puis nous sommes redescendus parce que bon, quand même, c’était l’heure de déjeuner.

 

            Après avoir perdus Sandra et Arnaud en raison de leur vitesse très réduite, j’ai déjeuné avec Adeline. Nous avons ensuite rejoint les deux tortues devant l’entrée des Offices, LE musée de Florence, 4000 œuvres, 2000 exposés, bref un des plus grands d’Europe, du monde, etc. Comme Sandra m’avait indiqué « Je te préviens, moi j’y reste une heure et je me casse », nous avons fait le choix judicieux de nous séparer et de nous retrouver dehors trois heures plus tard. Comme c’était la première fois que je venais dans ce musée, j’ai encore une fois dégainé le portefeuille pour, cette fois, payer un audioguide. « En Italien ? », m’a demandé le préposé à la location dudit matériel.

« Non, en Français », ai-je répliqué, en lui donnant mon « documento », qu’il garderait le temps de ma visite.

« Ah bon, mais vous avez un accent romain !

-Oui, j’ai appris l’Italien à Rome !

-Ah, d’accord ! Erasmus ! Bonne visite », etc., etc.

Il faut en effet souligner que les Florentins – pas tous, mais un bon nombre – ont un accent très différent de ceux que j’avais écoutés jusqu’alors. A part l’accent sicilien de Nino, l’accent polonais de Mikael et l’accent romain de la plupart de mes autres amis, je ne connaissais que le napolitain (quasiment incompréhensible). Les Florentins parlent en aspirant les C, le son [k], ainsi ils diront « ‘o‘a-‘ola » pour « coca-cola », « ‘asa » (maison), « do’umento » (carte d’identité), ce qui donne une prononciation très élégante.

Mais bref.

Je vais peu parler des Offices car, comme toujours, c’est difficile d’évoquer des peintures ou des sculptures sans en avoir une reproduction sous les yeux. C’était juste époustouflant. J’ai vu presque tout ce qui me donnait envie, alors que je lisais des ouvrages d’histoire de l’Art, d’aller à Florence ou me faisait regretter de n’y être pas encore allé.

            Bien sûr, c’est un musée énorme, et il m’aurait tout de même fallu beaucoup plus de temps pour m’arrêter vraiment et apprécier, plus de quelques minutes, les chefs-d’œuvre qui y sont exposés.

 

            Toutefois l’heure du départ avançait et, vers cinq heures et demie, j’avais vu le principal. J’ai tout de même refait un grand tour, puis j’ai retrouvé Adeline qui achetait des cartes postales ; évidemment je ne suis pas reparti sans le catalogue, puis nous avons rejoint Sandra et Arnaud qui somnolaient paisiblement sur une petite place aménagée à la sortie du musée.

 

Après un dernier petit tour dans le centre ville, nous avons rejoint la gare où nous attendait notre train et, vers 22h.30, nous sommes arrivés à Rome après un voyage sans encombre.

            Encore une fois je mets en ligne cet article un samedi, pour la bonne raison qu’après une grasse matinée bien méritée, j’ai passé un bon moment à renommer mes photos et à écrire ! J’ai eu la Reine-Mère au téléphone, qui s’est cassé une patte arrière, mais dont la mémoire toujours alerte lui a fait me demander si, à Florence, j’avais embrassé le sanglier de bronze de la fontaine du « porcellino », de Pietro Tacca, ce qui serait selon elle une coutume. Ben non, mais je l’ai vu, au moins.

 

Dimanche devrait être très peu productif !

 

Plus qu’une semaine…

 

J*