mardi, 06 mars 2007

Dernier jambon-beurre à Carnac

Voilà qui pourrait être le titre d'un film dégoulinant de mièvrerie et dont l'action se situerait dans « l'aisselle de la Bretagne », pour reprendre la localisation proposée par Pauline, aisselle donc propice à de romanesques idylles ou plutôt, des ker-idylles, si on veut le dire avec l'accent.


Mais commençons par le commencement.

J'étais ce week-end invité chez Maud à fêter son anniversaire avec d'autres gens (et parmi eux, dix personnes de ma promo). Je suis d'abord passé par Paris en me disant que finalement, quitte à me taper sept ou huit heures de train, autant se promener. Réceptionné un peu plus haut, dans l'Oise, par J. (encore un), nous sommes allés du côté de Pierrefonds, pour visiter la vision bien particulière qu'avait Viollet-Leduc du Moyen-Âge ; puis vers Saint-Jean-aux-Bois, donner un oeil à son abbatiale du XIIème siècle, ses allées proprettes, ses cholies maisons bien entretenues, son énorme chêne dont on estime l'âge à 750 ans. Le soir, une tartiflette a eu raison de mon appétit en l'assommant d'un coup de reblochon ; et tout ceci invitait à une somnolence réparatrice nocturne alors hop, dodo. Le lendemain, direction Auray, en TGV bien sûr ; à Auray, correspondance pour Carnac mais hélas, pas de train. Pas un maigre TER, ni même un wagon à bestiaux pour m'y transporter. La solution, c'est le car ! Le car m'a plongé dans l'ambiance des années 60, 1860. L'élan ferroviaire de la révolution industrielle s'est arrêté aux portes du Morbihan, me donnant l'impression, dans ce car, d'interrompre une étude anthropologique sur l'eugénisme breton (trois générations de consanguins, ça vous repeuple un village).

Que dire, d'ailleurs, des villages bretons ? Il existe, j'en suis maintenant convaincu, une règle tacite d'urbanisme selon laquelle les Bretons vivent dans des toits. C'est à dire des maisons avec une hauteur de murs minime, et un toit très haut et très pointu. Et de la tuile, de la tuile partout. Quand le Breton n'a plus de peinture blanche pour ses murets, ou de bleue pour les volets de ses meurtrières (ben oui, on a les fenêtres qu'on mérite), il cloue de l'ardoise. Partout, dans tous les sens. D'ailleurs, au moment où la France passait à l'euro, la Bretagne revenait à sa monnaie ancestrale : la tuile.

Mais bref, cessons d'être mauvaise langue.


Maud m'a donc accueilli à Carnac, et j'ai retrouvé plus tard les gens susmentionnés avec lesquels je suis allé faire un tour de plage, voir les vagues s'écraser, dans un bruit sourd, contre les hautes falaises escarpées. Voilà qui donne envie d'écrire des choses guillerettes dans le plus esprit de Chateaubriand, sur le sens de la vie et surtout, du désespoir, que les autochtones noient dans le cidre – car en plus du chou et de la tuile, le Breton cultive la pomme.

Et quand le vint le soir et qu'un ciel flamboie, le rouge et le noir ne s'épousent-ils pas ?, nous sommes rentrés sur le lieu de la fête qui devait se tenir un peu plus tard. C'était costumé. Ce moment fut rapidement balayé de ma mémoire, le temps de faire quelques photos dont certains se souviendront, dans un moment de honte, en prétextant une ivresse passagère. Je suis pour ma part certain que personne n'a réussi à me prendre en photo avec un immense sombrero orange.

Balayé de ma mémoire, vous dis-je.

Et finalement, je dois avouer que j'ai fait peu d'efforts d'intégration avec les autres invités ; j'étais surtout focalisé par les chips et le martini et, plus tard, les vodka-pomme (bien sûr, pomme) que me servait Marie, dite pour l'occasion Fumée Joyeuse, puisqu'elle était déguisée en Indienne (enfin, en amérindienne pour être plus précis). Un peu plus tard, nous (quelques camarades et moi-même) sommes partis dîner de sandwiches jambon-beurre (ou viande des Grisons-beurre, pour les veinards) au bord de la mer, ce qui aurait été particulièrement romantique si un vent glacial ne nous avait pas transpercé les os. Plus tard encore, je me suis calé et endormi sur le siège passager d'une voiture et me suis rapidement endormi ; plus tard rejoint par Mélanie qui a occupé la banquette arrière.


Le lendemain matin, éveil tôt. Vers neuf heures nous avons reproduit l'expérience jambon-beurre avec le pain et le jambon qui restait... Dernier-jambon beurre à Carnac, donc, dans une atmosphère chargée d'une lourde odeur d'alcool, ou de vomi, peut-être.


Il n'était pas question d'attendre que les autres se réveillassent pour nous-même nous agiter. Mélanie et moi avons donc pris notre courage à deux mains, ou plutôt, nos jambes à notre cou pour quitter cet endroit maudit aux accents lovecraftiens. (N'oubliez pas, quand vous parlez d'un endroit auquel vous associez Lovecraft, de dire qu'il est maudit.) Après une petite demi-heure de marche, nous sommes arrivés dans le centre-ville-bourg de Carnac où, dans un salon de thé (si), on nous a servi un petit déjeuner en attendant que le musée ouvre. Alors oui, voilà, nous avons visité le musée de la préhistoire de Carnac.

Etonnant, finalement. Si l'on passe toutes les explications sur leurs saletés de cailloux alignés, le musée dispose d'un riche fonds, qui couvre 35000 ans de préhistoire bretonne. Moquerie à part, je peux dire désormais que j'en sais plus sur le Würm et ses conséquences sur la population des mammifères en Bretagne que la semaine dernière.


Tout ceci s'est conclu par un retour en voiture pour le moins épique – car oui, finalement, j'ai laissé tomber l'hypothèse du train. Cela donnerait lieu à un récit pour le moins passionnant mais voilà, j'ai bien trop parlé de la Bretagne et du coup, je commence à ker-reprendre leur accent à la con.


J*


P.-Sc. : mon but n'était pas d'être désagréable avec nos amis les Bretons. A l'instar de celle des Basques et des Corses, je crois fermement en leur indépendance. Vite.