mardi, 15 mai 2007

The days are just packed

Un jour férié, pour un étudiant normal, c’est un jour comme les autres.

 

Sous la torture (privation répétée de mauvaise musique, interdiction de s’habiller autrement qu’en Petit bateau), un étudiant lambda vous avouera qu’il fait bien, chaque semaine (et en dehors du week-end), au bas mot une ou deux grasses matinées supplémentaires, parce que les avant-veilles qui en sont à l’origine ont été suffisamment riches en événements (ou en bière) pour qu’au matin, le damoiseau, ou la damoiselle, ou les deux en même temps (et, selon la quantité de bière susmentionnée, il n’est pas rare que les deux se retrouvent dans le même lit ou, s’il n’y a pas de lit, disons, dans une certaine connivence horizontale), n’aient pas le courage de se lever lorsque le réveil claironne à 6h.52, ou éteignent sans ménagement la radio, automatiquement mise en route lorsque la voix assurée de Nicolas Demorand annonce : « Vous écoutez France-Inter, il est sept heures. Les informations par Machin Truc (ou Machine Bidule, d’ailleurs). »

 

Voilà pour l’étudiant lambda, celui qui n’a ni stage (comme moi) ni travail à mi-temps (comme moi) pendant qu’il a encore cours (comme moi, mais plus pour très longtemps).

L’étudiant lambda, le jour férié, donc, se lève vers dix ou onze heures, si tout va bien, c'est-à-dire, si son cycle de sommeil est normalement réglé sur sept ou huit heures.

Moi, le matin du 8 mai, je me suis levé vers huit heures, seul. Alors oui, je vous entends dire « ouais ouais, c’est ça, trop on y croit. » Ben si. Parce que je suis biologiquement programmé pour nier la grasse matinée (encore qu’avec quelques efforts, je ne nie pas toujours, hein).

Et j’ai fait ce que je fais quand j’ai un long et magnifique moment de libre, seul. J’ai écrit. Dans les Débordements temporels, une dizaine de pages ; première partie, troisième partie, annexes. J’ai redimensionné des photos. J’ai rangé. Fait un brin de ménage. Ecouté la radio. Mangé des rognons, avec de la mâche.

 

L’étudiant est, en période d’examens, assez comparable à un rognon : s’il est mal préparé, il ne donne rien de bon. Et pour faire cuire des rognons ou passer un examen sans préparation, il y a des trucs.

Vos rognons ont encore le goût de l’urine qu’ils ont filtré lorsqu’ils fonctionnaient ? Mettez de l’oignon, faites réduire du vinaigre. L’étudiant a goût d’urine aussi ? C’est donc un répugnant personnage, et d’ailleurs, vous entretenez avec lui des rapports qui ne sont plus strictement universitaires. Mais bref. L’étudiant mal préparé, selon un procédé analogue, noiera le poisson (ou le rognon, comme vous voulez) sous une montagne d’arguments spécieux (les oignons) arrosés d’arguties pompeuses (de la crème à 18%).

 

C’est finalement ce qui s’est produit, jeudi, lors de mon partiel de droit de la propriété privée : je n’avais pas besoin des trois heures proposées pour disserter sur un sujet aussi captivant que « le statut juridique de l’animal ». Fort de mon Code civil, j’ai tiré toute sa substantifique moelle de l’article 500… Attendez, 558… 552… 528 ptêtre… Enfin, je ne sais plus, mais bref, d’un de ces articles qui stipule que l’animal est un bien meuble.

J’ai ensuite disserté sur les pauvres militantes de l’association américaine PETA (leur SPA, mais façon échappée de gaz intestinaux à l’imparfait) qui se font sortir des défilés de haute couture (lorsqu’elles tentent de monter sur des podiums pour protester contre l’emploi des fourrures) par des gros agents de sécurité qui se considèrent sur un terrain football américain, dans leur poste de linebacker :

Action 1 : le running back de l’équipe adverse (la fille de chez PETA) se lève de son siège alors que le défilé est commencé. Elle commence d’avancer dans les lignes adverses.

Action 2 : elle passe le premier rideau des defensive ends (les autres spectatrices du défilé) et des denfesive tackles (les photographes et journalistes).

Action 3 : le linebacker du second rideau défensif (notre aimable responsable du service d’ordre), un mètre quatre-vingt-treize, cent dix kilos,  remarque l’offensive et court dans la direction opposée à celle de la fille de chez PETA, qui est toute nu sous son manteau, parce que c’est leur marque de revendication.

Action 4 : grâce à sa position reculée, le linebacker est sont le mieux placé pour plaquer la running back, qui est sur le point d’être tout à fait à poil.

Action 5 : la running back, sous l’effet de la poussée, recule de sept mètres, pendant que les defensive ends qui ont assisté à la scène commencent : « har har har ce qu’elle s’est pris dans la tronche ! » 

Action 5 : les cornerbacks et les safeties (les collègues en troisième ligne du linebacker) évacuent la donzelle. Le défilé continue comme si rien ne s’était passé. L’honneur de la mode est sauf.

 

            Oh et puis, comme je ne suis pas à une anecdote près, j’ai agrémenté ma copie en rappelant les faits de gloire de certains animaux qui leur ont valu une Dickin' Medal

 

*

 

Il y a les « mini-succès ». Un peu comme les mini-friandises, qui calme notre gourmandise juste assez pour la frustrer davantage, ou les mini-légumes, qui calent une petite faim mais alors, vraiment toute petite.

Mini-succès donc vendredi 11, lorsqu’aux alentours de 11h.30, mon directeur de stage (qui n’est autre que le grand patron du Développement Culturel de Clermont Communauté, que je surnomme Herr RrrrRr, pour le plaisir des allitérations de ses initiales), m’annonce, en lisant une de mes productions écrites sur les fouilles archéologiques préventives :

« J*, c’est exactement ce que je voulais. »

…Juste après avoir déclaré, quelques minutes plus tôt, en désignant ledit document :

« Vous savez que ça, vous pourriez bien le vendre. »

(Genre, tout le reste qui n’est pas ça, c’est de la m… ça ne vaut pas grand-chose.  Oh bon, allez, je plaisante, tout le monde n’est pas sensé connaître le futur succès interstellaire que seront les Fragments.)

 

            Comme finalement, le week-end s’annonçait bien, j’ai décidé d’aller voir ailleurs si j’y étais, et donc, je confirme, j’y étais –  à Grenoble. Je suis allé bousculer l’emploi du temps tranquille (voire, morne) de Jtf pour visiter cette jolie ville, au sujet de laquelle je n’ai cessé de m’exclamer : « Oh ! Ah ! Oh !... Toutes ces montagnes !... » Jolie ville donc, que nous avons joyeusement parcourue, pour visiter mais surtout, pour trouver un restaurant. Après un repas pantagruélique, copieusement arrosé, il a s’agit de rentrer chez lui pour se changer, pour ensuite aller faire les belles-de-nuit dans quelque lieu interlope (bof). Entre-temps, j'ai appelé Pierre, puisqu’il faisait partie des 3 077 000 téléspectateurs de l’Eurovision ; j’étais donc certain d’avoir les résultats de la France, dont l’antépénultième résultat ne m’a pas plus déconfit que ça. (A propos, Pierre, mes excuses pour nos discours particulièrement peu sobres, mais enfin, je crois me souvenir qu’on a quand même bien rigolé).

Dimanche matin nous nous somme levés la tête un peu lourde, lourdeur dûe notamment au Beaumes-de-Venise et autres boissons, mais que nous avons dissoute dans un grand verre d’eau qui pique le nez à cause du cachet qui fait pshitt.

 

Le teint frais, nous sommes allés au musée de l’ancien évêché, tout à fait remarquable, pour voir notamment l’expo temporaire consacrée à Henriette Gröll. Temporaire et finalement, un peu décevante – alors, séance de rattrapage au musée de la ville qui proposait lui une expo sur Juan Muñoz, Munõz… M… Attendez, non, Muñoz, oui, c’est ça. Un sculpteur-dessinateur-peintre, bref un artiste moderne qui sait tout et rien faire, et qui en fait profiter le reste du monde (n’ayons pas peur d’ériger quelques stéréotypes). Néanmoins, quelques œuvres m’ont marqué, et je ne crains pas de dire que j’ai apprécié certaines autres.

 

Puis nous avons déjeuné léger, disserter sur l’état du monde du point de vue en se demandant ce qu’en diraient Locke et Hume, s’ils avaient été vivants. Nan, bon, ok, on s’est contenté de commenter la décoration du restaurant et son menu.

Et puis il m’a bien fallu rentrer, parce que lundi matin, hop, stage.

 

 

Alors voilà, la semaine a commencé, hein.

 

J*

 

 

P.-Sc. : The days are just packed est le titre d’un album de Calvin & Hobbes, par Bill Watterson. En titrant ainsi je m’apprêtais surtout à parler de l’élection présidentielle et de notre volonté, à J~ et moi, de quitter ce pays qui sait être si déplaisant parfois. Destinations prévues : Rome et Berlin.

D’autres idées ?