dimanche, 05 novembre 2006

Le vicaire n'était pas basketteur

Deux semaines plus tard.

 

Mon onglet « blogs » comporte 28 entrées – et je ne parle pas des blogs déjà listés dans certaines communautés de blogueurs. Je présume qu’on atteint sans peine la cinquantaine.

Sur ces cinquante, je n’en lis plus qu’une petite dizaine. Même écrire le mien est par moment fastidieux, parce que je doute vraiment d’être intéressant avec des anecdotes personnelles.

 

Par exemple, lundi matin, je suis entré dans un restaurant qui informait, sur une ardoise de présentation : « bavette aux échalottes ».

« Bonjour.

-Bonjour monsieur, je peux vous renseigner ?

-Je voulais juste vous dire qu’échalote ne s’écrit qu’avec un seul t. »

La courge aurait dû bafouiller une excuse ou, à la rigueur, rougir en ricanant tout en prétendant à la faute d’inattention. (On écrit volontiers échalote comme charlotte.) Et non, elle m’a répondu :

« Et alors ? »

L’affront m’a terrassé. Je suis parti en donnant l’impression de ne pas avoir entendu – le fait est que Siouxsie bramait aimablement je ne sais plus quelle chanson dans mes oreilles.

 

Lire des blogs me prend du temps, écrire le mien aussi. Le temps, je cours toujours après, et ces derniers jours, je l’ai bien occupé.

 

 

La semaine dernière fut notamment occupée à travailler avec Maud et Pauline sur un sujet follement excitant, en matière d’autorisation d’urbanisme : les ZAC, entendez, Zones d’Aménagement Concerté. Trois heures et demie nous ont mardi dernier permis de faire un exposé clair en quatre pages, d’en constituer des annexes magnifiques (ok, un arrêt du Conseil d’Etat, ce n’est pas si magnifique, mais à un juriste ça fait toujours plaisir). Après avoir ingéré un hot-dog à grande vitesse qui calma, quelques temps, l’impression que je mourrais de faim, je suis rentré chez moi pour travailler un peu et notamment, commencer d’écrire quelques lettres (enfin, au moins une) pour trouver un stage en fin d’année. Pendant deux mois, je devrai mettre mes remarquables compétences au service d’une société ou d’un organisme qui m’exploitera tel un citoyen d’Olynthe vendu comme esclave à Philippe de Macédoine.

 

 

J’ai vu le lendemain Madonna dans le show d’Oprah Winfrey. Par moments j’ai l’impression qu’elle hausse les sourcils non seulement sous l’effet de la surprise, mais pour nous montrer que son front n’est pas plein de botox. Et Mum qui hésite encore sur le laser… Mercredi, c’est aussi le jour où j’ai été élu président de l’association de mon master. Notez bien qu’en arrivant, je détestais ma promo tout en espérant qu’elle me le rendait bien, et voilà que j’en suis le représentant. Au moins, si je dois me plaindre de quelque chose, je n’aurai à m’en prendre qu’à moi-même.

 

J’ai un nouveau voisin. Après avoir été poursuivi par les Espagnols en Italie, je retrouve Clermont et sa fourmilière de Chinois. Ming, à qui j’avais demandé un jour pourquoi les Chinois appréciaient tant Clermont, m’avait expliqué que le niveau d’études en AES (Administration Economique et Sociale) et divers IUT était le même qu’à Paris mais que la vie coûtait moins cher qu’ici. Dont acte. J’ai donc un nouveau voisin, un nouveau Ming, d’ailleurs (que c’est original), qui est tout plein de commisération, que c’en effrayant. Je l’ai trouvé un tantinet hilare cependant lorsque, hier, je lui ai ouvert la porte en peignoir et la tête enturbannée dans une serviette éponge à motifs girafe, alors qu’il venait me demander quel compteur était le mien.

 

Notez bien la transition, attention, hop, Ming = Chinois, Chinois = Laurent, Laurent = (notamment) civilisation chinoise ; civilisation chinoise = promesse de Laurent de m’emmener au Musée Guimet, j’entends, Musée des arts asiatiques. C’était fort intéressant, mais un peu juste en temps puisque bien sûr, nous y sommes arrivés tard ; il devrait donc y avoir une prochaine fois. Ça, c’était le week-end dernier. J’ai constaté dans le métro que les musées parisiens ne craignent pas la contradiction, puisque le Louvre propose des dessins de Rembrandt, tandis que le Grand Palais expose ses eaux-fortes. Il me reste encore Klein à Beaubourg, l’expo temporaire sur les portraits au Grand Palais… La FIAC… Et tout le reste. Dans le reste, j’inclus notamment l’exposition « Bêtes de scène » qui se tient jusqu’à demain au Centre national du costume de scène de Moulins, Moulins que vous situez dans l’Allier, et non pas dans ton cul – attention, ce n’est pas de la vulgarité gratuite, mais un simple rappel à un ancien article [« Moulins ? Moulins sur Allier ?  – Non, Moulins dans ton cul »].

Exposition fort intéressante donc, dont je peux difficilement vous vanter la scénographie puisque la majeure partie était exposée derrière de grandes vitrines ; mais enfin la BNF, l’Opéra de Paris et la Comédie Française avaient pour l’occasion ouvert leurs garde-robes où dorment des costumes qui approchent pour certains le demi-siècle.

C’était histoire de s’occuper un après-midi à Moulins, puisque le lendemain notre estimée professeur d’Histoire de l’Art (dont j’avais récemment critiquée la hâte à traiter des notions bicentenaires en cinq minutes) nous avaient conviés à assister, voire, à participer, à des fouilles préventives qu’elle co-dirige dans l’église de Souvigny, dans l’Allier également, et laissez mon arrière-train tranquille.

Souvigny est un site clunisien riche en vestiges d’une glorieuse époque durant laquelle le moinillon, en dehors des actions de grâce aux Saints Odilon et Mayeul, boutait le païen hors du territoire françois, voire, boutait le païen directement chez lui pour l’évangéliser comme il se doit, parce que merde, une croisade, ça se rentabilise pas en pourpre et en myrrhe. Bref, j’invente un peu là. Tout ça pour dire que Souvigny est toujours un site religieux puisque occupé par quelques Bénédictins sympathiques, dont je vous reparlerai plus bas.

 

Après une bonne nuit de sommeil chez MP, donc, qui m’accueillait avec deux camarades de promo, Marie et Julien, nous sommes arrivés jeudi matin sur les coups de neuf heures dans la charmante ville médiévale toute givrée, glagla. Les photos que j’ai prises montrent que les fouilles ont bien avancé ; ont été mises à jour, outre le tombeau de Jean de Rochefort (dit « le bâtard de Bourbons »), une quarantaine de sépultures ; soixante autres seraient encore à dégager mais le temps presse, pour des raisons administratives notamment. Bref, les fouilles, c'est rigolo, du moins si on tombe sur des gens qui vous expliquent tout bien ce qu’il faut faire, et si on se trouve sur un « carré » riche en restes du passé. En l’occurrence, ce matin-là, on venait de dégager le sommet d’un crâne couleur mimolette, qui me rappelait curieusement celui dont on s’était servi il y a quatre siècles, au Tibet, pour faire une louche de cérémonie (merci le musée Guimet). Bref, au bout du crâne, il y avait d’autres os, et puis à côté, un autre squelette et, à la fin de la journée, on a trouvé entre ces deux squelettes un troisième, tout bien rangé.

La journée fut interrompue par le déjeuner, que nous avons pris en compagnie des bénédictins susmentionnés. Le prieur n’était pas là et ça tombe bien, parce que ce n’est manifestement pas le premier pour le déconne ; il était donc remplacé par son vicaire qui nous a mis au pas :

« Les règles monastiques exigent que nous prenions le repas dans le silence, tandis qu’un d’entre nous fera la lecture. »

Lorsque le vicaire est entré, j’ai demandé à ma voisine de droite s’il y avait une équipe de basket chez les Bénédictins, parce que le vicaire, c’est un grand noir qui mesure bien deux mètres dix, vingt, et que bien sûr je ne suis jamais à un stéréotype près.

Ensuite un pote à lui nous à fait lecture de la vie de euuuuh… Marthe Robin, je crois. C’était pas très intéressant mais enfin, le repas était bon.

 

Au café je me suis fait alpaguer par le frère Joachim, qui m’a branché Michelangelo très vite, comme si j’avais la tête du mec qui connaît sa vie, son œuvre. Américain fort aimable, sympathique, très porté sur la chose (je veux dire, la Renaissance), ce qui m’a fait me demander (à l’instar du vicaire) s’il ne s’était pas trompé de vocation. Bon, bref. La journée a fini comme elle avait commencé, dans le froid, glagla, mais je me suis couché moins bête et surtout, complètement éreinté, d’autant qu’il a fallu que je remettre MP au lit puisqu’elle s’était cassé la margoulette en tentant de s’y mettre seule.

 

La semaine se termine avec la visite éclair de ma famille de Suisse, partie juste assez tôt avant que nous ne déclenchions une guerre franco-helvète portant sur la semaine de quarante-deux heures et le régime des retraites. En même temps, depuis Marignan, les Suisses la ramènent pas trop sur le plan militaire…

Que je suis chafouin, ce soir…

 

Mes parents sont partis à la fête de la pomme, dans je ne sais quelle ferme du voisinage. Mum m’a expliqué son air ravi : invitation reportée depuis quatre ans, politesse entre bons voisins, etc.

 

 

Allez, bonne nuit.

 

J*