lundi, 18 mai 2009

Anges et Démons et Merveilles. Ou pas

 

Mes lecteurs les plus anciens et les plus fidèles (c’est-à-dire principalement Mum, Jtf et Did***) se rappellent peut-être d’un ancien article dans lequel je tapais sur le premier volet du Monde de Narnia (c’est par ici).

Que mes lecteurs passés et actuels se rassurent : s’ils pensaient avoir vu le plus mauvais film du monde avec Narnia (et sa suite), qu’ils aillent voir (ou plutôt, qu’ils le téléchargent illégalement) Anges et Démons, un chef-d’œuvre d’ironie et de soixante-douzième degré.

C’est donc possible : le plus mauvais film de la Création existe. A la fin on ne sait toujours pas si Dieu existe mais, si c’est le cas, Il doit avoir sacrément les boules qu’on fasse des guignolades comme ça dans Sa maison (certes, reconstituée en image de synthèses, faute d’accord de la part du Vatican pour tourner sur place – sans blague, je sais pas vous, mais moi j’imagine mal Papa Ratzinger autoriser une scène d’immolation dans la crypte de Saint Pierre de Rome). A moins, bien sûr, qu’il ne s’agisse d’une blague cosmique qui ne fasse rire que Lui (cf. le propos du Père Maxi dans South Park, « Dieu a un sens de l’humour bizarre »).

 

Que le film soit mauvais, soit. Après tout, on pouvait s’y attendre après la pantalonnade que fut Da Vinci Code. Que Tom Hanks ait renoncé à jouer convenablement depuis Philadelphia et le sur mesure Forrest Gump, passe encore (je mets de côté La guerre selon Charlie Wilson où sa performance était rehaussée par celle, conjointe, d’Amy Adams et Philip Seymour Hoffman). Que Dan Brown jouisse d’un succès populaire, j’admets péniblement (ce qui va devoir m’obliger à augmenter le nombre d’admissions dans mon top 10 des gens-qui-vendent-des-livres-sans-faire-profession-d’écrivain, où l’on retrouve Christine Angot, ou encore Marc Lévy).

MAIS QUE

sous couvert de modestes contributions culturelles et références scientifiques, le romancier l’auteur le bandit scribouillard tienne pour acquises des prémisses de commencement d’hypothèses, affirme pour sûres des théories qui ne sont pas passées au crible de l’expériences ;

QU’EN OUTRE

il se sente obligé de verser dans la plus navrante invention (ouuuh la vilaine conspiration antipapale ! Allez, la science contre la religion, paf, on déterre Copernic et Galilée) pour pallier à son manque de crédibilité tant en matière d’historien des religions que d’aspirant physicien (« oh oui tiens je vais parler du collisionneur du CERN, ça va faire bien » ; « antimatière ça claque comme mot ! ») ou d’historien de l’art (« Bernin et Raphaël, j’aime bien, m’en vais te les coller à toutes les sauces ») ;

QU’AU DEMEURANT

il verse dans la plus abêtissante, la plus ahurissante simplification de deux millénaires de christianisme pour prêter ensuite un vague propos d’intellectuel à son héros, Langdon, qui n’est au final – et j’aimerais que ce soit bien clair – qu’un gros con borné ;

 

Là, je dis non. Et même, je m’offusque.

Ce film ne fait pas que véhiculer des idées incorrectes, il diffuse également des informations fausses.

Non, on ne peut pas stocker pendant des heures des ptits bouts d’antimatière dans un thermos sur batterie : les antiatomes n’existent que l'espace d’environ 40 millionièmes de seconde, parcourant, dans le LEAR – la machine qui existant avant le LHC et qui a été la première à permettre la collision des antiprotons avec des atomes d’un élément lourd – une dizaine de mètres à une vitesse proche de celle de la lumière avant de s'annihiler au contact de la matière ordinaire. (A ce propos, Mickael, je m’excuse au sujet de l’information que je te donnai sur la vitesse de la lumière à la possibilité d’atteindre sa vitesse. Je te repréciserai ce que je voulais dire – non non, j’avais pas tort, me suis mal expliqué.)

 

Non, Bernini n’était pas le grand chambellan ou le premier ministre ou que sais-je encore des Illuminati. Pas plus que Galilée, donc. Ils avaient probablement d’autres choses à faire. Pourquoi faut-il toujours que Dan Brown adhère à des idées de sociétés secrètes, de conspirations, de fin du monde pour étayer ses dommageables idées ?

 

Non, Jean-Paul II n’est pas un pape qui a uni la science a la religion. Le premier a avoir tenté, c’est Pie XII qui, en 51, devant l’Académie pontificale des sciences, tente de faire concorder les avancées cosmologiques de l’époque (Big bang et tout ce qui s’ensuit) avec le fiat lux initial ; mais suite à une conversation avec l’abbé-physicien Georges Lemaître, il se retracte un an plus tard devant l’Union astronomique internationale.

 

Et ainsi de suite, j’en passe, notamment sur ce que le film donne à voir de Rome. La consternation qui m’habite au moment où j’écris ces lignes n’a d’égale que ma beauté – spectaculaire, donc.

 

J*

 

Le conseil lecture de Tonton Malldwight sur les sujets évoqués :

« Le big bang ; révélations sur l’origine de l'Univers » – Les Dossiers de la Recherche, trimestriel, mai 2009, n°35 (6€).

Bonnefoy (Y.), Rome, 1630, Paris, Flammarion (coll. Champs), 2001.

Klein (Y.), Les secrets de la matière racontés en famille, Paris, Plon, 2008.