vendredi, 08 juin 2007
Et donc juin.
L’été fond droit sur nous, comme l’oiseau de proie sur… Euh, la proie. Comme le beurre sur des nouilles chaudes. Comme le fromage d’un croque-monsieur.
Allons, avec un peu de chance, la canicule épargnera les bonnes personnes.
Que vous raconter ? Je vous écris ce jour depuis un poste privé d’une de ses fonctions principales pour garantir un travail sérieux et exécuté dans la bonne humeur : msn. Msn, non, rien, pas moyen. Webmessenger, ebuddy, meebo, amsn, et même cette bonne vieille Miranda, impossible de passer outre cette saleté de proxy et de délivrer le malheureux port 80 de son emprise.
Mais il y a pire. Car il n’y a pas que les messageries qui sont bloquées : pas moyen, non plus, d’aller sur myspace (car je corresponds beaucoup sur myspace également), et évidemment, sur gmail, mais bon ça je comprends.
Que tout cela me rend morne. Je me sens coupé du monde. Et dire qu’à une lointaine époque, on n’avait pas internet, ma bonne dame.
Mais que fais-je donc sur ce poste ?, vous demandez-vous avec circonspection. Eh bien mon stage terminé, du moins mis entre parenthèses dans l’immédiat, il me faut bien gagner mon argent de poche estival et donc, je travaille (comme d’habitude, d’ailleurs) pour un grand groupe financier français, dont je tairai le nom par respect pour le secret bancaire dont on nous rebat les oreilles à chaque nouvelle embauche.
Alors pas au guichet, hein, parce qu’il faudrait pas trop plaisanter non plus. Au siège social, là où donc il n’y a pas d’argent mais tout plein de gros dossiers avec des noms de clients, parfois célèbres, écrits dessus. En ce moment je suis au « Portefeuille », terme bien vague qui consiste, pour moi, à entrer des lignes de chiffres (numéros de compte, numéros de bordereaux, montants) dans la machine qui analyse ça comme des opérations bancaires et qui donc, vide des comptes pour en remplir d’autres. C’est du travail à la chaîne, mais confort, parce que j’ai un gros fauteuil rembourré, la clim’ et des tickets restaurant.
Tout ceci pour financer menus plaisirs et escapades variées, telle celle du week-end dernier, que tiens, voilà du boudin, je vais vous raconter.
Ainsi donc je suis parti à Lyon jeudi dernier après-midi, hop, pour le principe de la promenade, mais surtout parce que devait s’y tenir le concours de conservateur de bibliothèque… Qui a été annulé. Mais comme j’avais pris mes dispositions, je ne me sentais pas d’être bêtement inactif face au sort, alors je suis quand même parti voir le Rhône en me disant que je trouverais quoi faire sur place. Ainsi donc je ne saurai que trop vous conseiller d’aller donner un œil à la remarquable exposition qui se tient en ce moment au musée des Beaux-Arts de la ville, qui présente une exposition intitulée « Le temps de la peinture » et qui regroupe ainsi, par thèmes, des œuvres de quelques grands noms de la peinture entre 1800 et 1914.
J’ai retrouvé ensuite Christine, que je n’avais pas vue depuis un certain temps ; il a donc s’agit de nous raconter les faits les marquants de ces derniers mois. Nous sommes passés dans une célèbre librairie de Bellecour où nous avons rendu le sourire à une caissière désoeuvrée, puisqu’elle était spécialement affectée aux paquets cadeaux et que personne ne voulait la voir jouer du ruban : je lui ai donc fait emballer mon achat pour me faire un cadeau de moi à moi.
Puis j’ai retrouvé et passé la soirée avec R., que je n’avais pas vu non plus depuis un certain temps.
Et le lendemain matin, direction Grenoble, histoire d’aller taquiner un peu le Jtf. Ce fut un double surprise puisqu’en me voyant entrer dans sa boutique 1. il avait oublié que je venais, 2. une fois ce détail rappelé à sa mémoire, il n’imaginait pas que j’arrivais si tôt.
Nous avons fait quelques courses et déjeuné léger, avant de (re)partir à l’assaut du musée municipal, puisque nous n’avions pas encore vu les collections permanentes. Une nouvelle fois j’aimerais, d’ailleurs non, je vais signaler que pour un musée de Province, on trouve des collections tout à fait impressionnantes. Cependant comme j’aime « compartimenter » ma perception, nous avons mis de côté la collection contemporaine, à faire prochainement.
Et l’heure du dîner est arrivée.
Je vous avais dit récemment que je pensais mettre mes escapades façon Where are we going ? (mais si) à profit pour éventuellement vous conseiller sur où dîner (ou pas). Alors voilà, je commence.
Test : L’Epicurien
Date : 2 juin 2007
Lieu : Grenoble, Isère (1, place aux Herbes, hypercentre).
Un samedi soir, 21h.30. Nous avons dû patienter pour avoir une table, une table pour deux, s’entend. Quand même, on n’était pas un bus de retraités affamés, et certes, on aurait pu réserver, comme on aurait pu tout autant tomber sur du personnel juste assez aimable qui nous aurait donné l’impression, le temps de nous envoyer sur les roses, de se soucier un peu de nous. Mais bref.
Une demi-heure plus tard donc, après un Martini surtaxé au Xo, bar lounge (c’est-à-dire faiblement éclairé, avec de la mauvaise musique du même nom (lounge) et diffusée juste assez fort pour qu’on ne s’entende pas parler), nous sommes revenus avec la certitude d’avoir une table. Air médusé de la jeune fille qui s’était probablement imaginé que nous ne reviendrions pas, alors que nous avions prétendu le contraire (ce que font la majorité des gens, mais nous ne sommes pas la majorité des gens, qui disent « oui oui on revient » et vont dans le restaurant d’en face ou d’à côté).
Et fatalement, attente supplémentaire d’une dizaine de minutes.
Si d’une façon générale vous aimez aller au restaurant pour la convivialité des serveurs et le conseil avisé du sommelier, n’allez pas dîner à l’Epicurien. Peut-être notre serveur adhérait-il au tetrapharmakos dudit philosophe (Les dieux ne sont pas à craindre ; la mort ne donne pas de souci ; et tandis que le plaisir est facile à obtenir, la douleur est facile à supporter, ainsi que le rapporte Diogène d’Oenanda), effort tellement considérable que cela l’empêchait de sourire ou d’être aimable, passant ainsi, au final, pour une tête de con, ce qui vous en conviendrez ne pousse pas à la consommation.
Le décor évoque un mélange « campagnard fortuné » / « gloire passée d’Angleterre édouardienne », avec tout ce que cela comporte de décoration de goût incertain, de cramoisi et de boiseries apparentes.
Passons au repas.
Gammes variées de plats à la carte, exagérément facturés, au regard des trois formules disponibles et de prix raisonnables. Alors hop, menu à 25€, entrée-plat-dessert. Vous pensez prendre du vin ? Attention, la carte n’est pas avare de prix excessifs. De mémoire, il me semble qu’il n’y avait qu’une bouteille à moins de 35€, et que beaucoup d’autres avoisinaient rapidement les 80, 100 ou 120€, explosant carrément à l’approche des grands crus et du champagne.
Monsieur Tête-de-Con nous a servi un repas finalement très satisfaisant. J’avais en entrée une salade qui, malgré son nom à rallonge, était fort simple, mais savoureuse et bien dosée (l’ingestion régulière et répétée de substances alcoolisées ne m’a pas permis pas de me rappeler précisément ce qui la composait, j’en garde simplement un bon souvenir gustatif). Jtf quant à lui s’est régalé d’un velouté d’asperges, simple, efficace.
Le plat : quenelle de brochet, servie avec des pois mange-tout et de la polenta. De nouveau bonne surprise, même si la quenelle ne comportait peut-être pas que du brochet. Jtf avait lui choisi un onglet de bœuf dont il se satisfit, et qui était accompagné d’une monumentale portion de gratin dauphinois, très bon, duquel à deux nous ne sommes pas parvenus à bout.
Et bien sûr, dessert, pour lequel on aurait pu s’attendre à un certain relâchement. Le serveur désagréable a apporté à Jtf « un trio de crèmes brûlées » qui ne l’étaient pas tout à fait puisqu’il y avait encore le feu dessus, coquetterie de service ; et pour moi, un gâteau (truffé ?) au chocolat. Je dirais que le gâteau était trop froid et qu’il n’avait pas besoin d’être noyé sous de la crème anglaise de fabrication industrielle – mais il était bon, assez chocolaté sans être écoeurant. Une fois éteintes, Jtf a également apprécié ses crèmes, sans toutefois parvenir à les finir.
Je dirai pour amener ma conclusion qu’un restaurant qui s’appelle l’Epicurien devrait davantage coller au personnage qui l’inspire. Dioclès prétend qu’il mangeait de la verdure, du fromage à l’occasion, et qu’un verre de vin de temps en temps lui suffisait. L’Epicurien devrait donc être un restaurant végétarien où l’on sert de l’eau plate, et pas des viandes en sauce arrosées de vins coûteux. Passons. Nonobstant donc l’accueil et le service déplorables, et l’aberrante carte des vins, ce qui nous fut servis était très convenable au goût, bien proportionné en quantité et agréable à l’œil.
Après tout ceci, nous avions plusieurs possibilités. Aller nous écrouler sous un arbre et envisager de nouvelles hypothèses pour rediscuter des supercordes, déclamer des vers de Keats, nous alcooliser davantage dans quelque lieu de perdition, aller dormir parce que quand même.
Après tergiversations, nous avons opté pour la solution « aller dormir parce que quand même ». Nous avons tenté un bref passage par un lieu qui, en plus de l’alcool et de la perdition, propose une piste de danse (c’est beaucoup de mots pour dire « boîte de nuit » ou « disco », à l’allemande), et puis Jtf ayant circonspectement (création d’un adverbe dans la foulée, hop) considéré les gens qui y entraient, a déclaré que bof, non, alors dodo.
Car il nous fallait bien dormir pour affronter la journée du lendemain.
Il avait été question la veille déjà d’aller se promener vers je ne sais quels lacs environnants, et finalement, l’humidité climatique nous en avait empêchés. Comme il était un peu tard pour y songer le dimanche matin, nous sommes allés voir un autre musée local, le Musée dauphinois, placé sur les hauteurs de la ville, installé dans un ancien couvent (Sainte-Marie d’en haut) qui fut par suite prison, abris d’exilés, etc. Nous avons eu la surprise de découvrir la chapelle baroque, avant d’être pour le moins stupéfaits par une des expositions temporaires qui a lieu en ce moment : Êtres fantastiques. Quand je dis « stupéfaits », j’aurais pu écrire « consternés » ; car sur un sujet déjà difficile – les traditions orales, patrimoine immatériel, n’ont pas toutes la chance d’être défendues par des Henri Pourrat – la muséographie plonge le visiteur dans un méandre d’interrogations. Dans une grande vitrine, un ordinateur (posé à coté d’un clairon et d’une fourche) était supposé nous donner la dimension « actuelle » de la diffusion des légendes, grâce à internet (sauf qu’avec ledit Amstrad, on doit pas aller très loin). Passons sur l’amoncellement d’objets publicitaires, produits Disney dérivés, censés nous démontrer que les « êtres fantastiques » sont toujours présents dans notre cher XXIème siècle.
Bref, une exposition assez déplaisante – en même temps, qui suis-je pour critiquer ?, pouvez-vous vous interroger avec raison. Ma dernière expérience de la muséographie remonte à l’année dernière et a consisté à suspendre à des fils des dessins d’enfants de l’école française de Rome – et c’est dommage, car on sent derrière cette accumulation de sources (car oui, vidéos, photos, audios, tout les media y passent) un certain investissement, qui au moins aura donné lieu à un catalogue pour sa part plutôt réussi.
A propos de la « littérature » qu’on trouve au sujet des hauts lieux susmentionnés, remarquons une magnifique redite :
Dans la préface d’un opuscule consacré à Sainte-Marie d’en Haut, originalement intitulé Sainte-Marie d’en Haut et daté de 1988 (c’est dire si on se renouvelle), le maire de Grenoble de l’époque, un certain Alain Carignon – rien que ça, c’est drôle, quand on sait qu’après une condamnation à cinq ans de prison et à cinq ans d'inéligibilité dans une affaire de pot-de-vins en 1996, il se présente aux législatives en Isère – écrit ceci : « il est des préjugés tenaces. Il en est un véhiculé de longe date selon lequel Grenoble […] serait affligé d’une infirmité : l’absence d’un véritable patrimoine architectural. »
Et dans la préface d’une publication de 2005 du Dauphiné, au demeurant complète et fort détaillée, le conservateur Jean Guibal, qui dirige la conservation du patrimoine de l’Isère au Conseil général, écrit quant à lui : « On a souvent dit de Grenoble qu’elle était une ville sans histoire, et surtout sans patrimoine. »
Tout ça pour dire le contraire, au final.
*
Nous avons déjeuné rapidement dans un endroit que je vous conseille d’éviter, Le Privilège, et avons commencé l’après-midi par une sieste expresse après que Jtf m’eut abreuvé de clips de Björk que, dans une bienheureuse ignorance, j’avais ignorés jusque là. (Allez, je plaisante, j’ai plutôt apprécié la séance.)
Puis j’ai repris le train, retour à Clermont. J’ai eu le plaisir de discuter avec un charmant jeun homme, dans la correspondance Grenoble/Lyon. Stanislas, si tu lis ceci, bonjour, et à bientôt, qui sait ?...
J*
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