mardi, 23 décembre 2008
Seul contre tout
Ouvrir un numéro de Science et Vie m’émerveille et me terrifie à la fois, et finit par me décourager. M’émerveille parce que j’y apprends toujours une foule de choses (que je répète très vite juste le temps de donner l’impression que je suis garçon éminemment cultivé, puis que j’oublie très vite) ; me terrifie, parce que les hypothèses qu’émettent les rédacteurs sur les suites à envisager à des progrès spectaculaires sont parfois alarmistes, d’autres fois inquiétantes, et d’autres encore, pleines d’espoir – mais toujours, inspiratrices. Et c’est bien ce qui finit par me décourager : comment mesurer mon imagination, comment lui donner corps valablement (principalement par l’écriture, en ce qui me concerne), lorsque je lis des articles qui entrevoient déjà pour un avenir proche ce que je fais découvrir à mes héros dans un avenir lointain ? (Je parle de mon nouveau roman, que je ne finirais jamais d’écrire ; j’ai toujours plus d’idées, toujours moins de temps, et sans cesse d’autres écrits à produire pour une poignée de personnes intéressées de loin – je ne parle pas de vous, amis lecteurs, mais plutôt des pontes de notre cher système universitaire qui pense que tout étudiant est en mesure de fournir cent cinquante pages de recherches par an.)
Au lieu de me plaindre, je ferai mieux d’écrire autre chose ailleurs, me diriez-vous. —J’en conviens. (J’adore utiliser ce tiret énorme, je crois qu’il sert surtout à citer un locuteur à l’écrit dans les règles typographiques anglo-saxonnes. Exemple :
“Style is a special case of technique.” —Philip Glass)
Notez une nouvelle fois ma tendance à la digression, qui me sert en outre d’élégante transition. Evoquons un nouveau cd sorti à la gloire de Philip Glass, tellement récent que même iTunes n’arrive pas à le taguer : Philip Glass Soundtracks, par Michael Riesman. Ce cd suit la voie précédemment empruntée par ce même Riesman qui, quand il s’ennuie, transpose pour piano des partitions pour orchestre. S’il a plus ou moins surfé sur la vague du succès de The Hours – dont la BO pour orchestre a vraiment cartonné – l’album de la transposition de Dracula (la version de 1931 par Browning a fait l’objet d’une re-sortie anniversaire avec une nouvelle bande-son, donc composée par Philip Glass et d’ailleurs, formidablement interprétée par le Kronos Quartet) est une vraie réussite. Partant de là, Riesman s’est dit qu’il pouvait le faire avec toutes les autres BO de Glass, sauf que voilà, c’est un demi-succès. (C’est mon avis, mais je vais bien sûr le développer une fois cette parenthèse fermée.)
Déjà, reprendre en « tout piano » des BO dans lesquelles intervenait déjà un piano (ou un clavier voisin) me semble un peu léger (le thème d’Helen dans Candyman, par exemple, est en trop – même qu’il soit augmentée pour l’occasion ; le thème de The Fog of War n’a quant à lui bénéficié d’aucun apport par rapport à l’original). Et puis, quitte à reprendre des morceaux de piano pur, pourquoi avoir oublié la jolie berceuse Truman sleeps du Truman Show ? (Berceuse qui, dans le film, est jouée – fut-ce en play-back – par Philip Glass en personne… Enfin, je crois.) Ensuite, si assurément le piano permet d’avoir une autre oreille sur les compositions, il me donne parfois l’impression de dénaturer l’idée originale. Somme toute si une partition a été écrite pour une petite formation, c’est pour une raison ; et a fortiori si l’a été pour un orchestre. Exunt, le Closing de Mishima[1] ; le I knew her de Notes on a Scandal ; le final de The Illusionist…
Il y a bien sûr des vrais morceaux de bravoure, comme Primacy of Numbers (Naqoyqatsi) qui est étourdissant (qui rappelle la technique absolument parfaite qu’il faut avoir pour l’adaptation de la Danse de la scène 3 de l’acte II d’Akhnaten) ou A Brief History of Time Selections.
Anima Mundi et Jenipapo par exemple souffrent moins de la transcription.
Oh oui, pour répondre à la question d’une personne qui lit ce blog et qui donc, se reconnaîtra, Mishima est un film de Paul Schrader, dont le Dictionnaire snob du cinéma dit ceci : « As du scénario e réalisateur occasionnel chéri des snobs pour son aisance à traiter des sujets brutaux et sordide. » Schrader a écrit deux pour Scorsese (Taxi Driver, La dernière tentation du Christ) ainsi que American Gigolo ou encore Hardcore. « Il a aussi réalisé, de façon incongrue, la comédie musicale pour boutonneux Light of Day […]. Son film de 1985, Mishima, très peu vu, sur la vie du grand romancier japonais qui s’est suicidé, est l’objet d’une célèbre querelle snob. » […] « [Robert Towne] se dispute avec Paul Schrader le statut de scénariste le plus souvent gratifié du statut d’auteur. »
D’ailleurs, ce même dictionnaire rapporte, à la définition de Code Hays, la « multitude d’équivoques et d’allusions que les scénaristes et réalisateurs inventèrent dans les années 1940 et 1950 afin de contourner le code (par exemple la fameuse réplique de Lauren Bacall à Humphrey Bogart dans To Have and Have Not (Le Port de l’Angoisse) : "vous savez siffler, n’est-ce pas, Steve ? Vous rapprochez les lèvres comme ça et vous soufflez") ». Et là vous vous dites, quel est le rapport avec ce qui suit ? Et bien il se trouve qu’en écoutant par hasard (mais si) la chanson Breath on me de notre adorable Britney (littéralement « respire-moi dessus » ; chacun appréciera), la demoiselle susurre : “Monogamy is the way to go / Just put your lips together and blow”. De là à dire qu’il faut y voir une allusion à la fellation comme celle de Bacall, il y a un pas à franchir. Mais je ne m’étonnerais pas que les paroliers de la demoiselle soient des petits farceurs.
Mais je ne parlais pas de Britney pour ça. Rappelez-vous, récemment je disais d’elle qu’elle était une aimable courge. Voilà une vidéo qui nous le confirmera : sur la requête d’Ellen Degeneres, les voilà toutes deux parties répandre la magie de Naaael dans les rues de LA.
A noter la phrase désormais culte d’Ellen Degeneres : « La meilleure façon de répandre l’esprit de Noël : les danses, les chants et le vandalisme ».
Voilà, c’est tout. Je pensais faire un petit laïus sur les cadeaux que je voudrais (ou pas), mais je dois aller me doucher.

Joyeux Nael !
J*
[1] Se reporter, pour l’occasion, aux Philip Glass Complete String Quartets récemment formidablement enregistrés par le Smith Quartet (chez Signum Classics).
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